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La, France à la fin du XVIIIe siècle

A la fin du xvme siècle la France n'en peut plus. Elle est menacée au dehors par l'Europe en armes. L'Angleterre, l'Allemagne, la Russie préparent contre elle une formidable coalition. Les Turcs même, irrités de l'invasion de l'Egypte, font cause commune avec l'Europe et s'apprêtent à chasser les Français d'Ancùne. Les pomilations italiennes, révoltées de l'impiété des Français, de leur pillage

du sanctuaire de Lorette et de leur persécution contre le Pape, accueillent les Autrichiens et les Russes comme des libérateurs. Et Souvarow, qui, en 1794, avait terrassé une dernière fois la Pologne pour qu'on pût la dépecer définitivement entre la Russie, l'Autriche et la Prusse, n'eût pas été fâché de procurer pareil sort à la France révolutionnaire.

Au dedans, la France sentait ses entrailles remuées par des conspirations, par la Vendée et les chouanneries. Les finances étaient dans un état lamentable. La République venait de faire banqueroute des deux tiers de sa dette et n'en garantissait qu'un tiers qu'on appela tiers consolidé. Avec cela la division régnait entre le Directoire et le Corps Législatif. La France inquiète et lasse d'ellemême cherchait un homme à qui elle pût se donner avec honneur. Elle ne voyait d'homme de génie et dont elle pût espérer quelque chose que parmi ses généraux. Elle pensait à Bonaparte. Mais le Directoire en était jaloux et en avait peur. Le Directoire l'avait déporté en Orient. Quand soudain, le 11 octobre 1799, le Journal de Paris publia en tête de ses colonnes l'avis suivant : « Citoyens, Bonaparte est débarqué à Fréjus ! »

Qu'était-ce que Bonaparte? C'était un général tout rayonnant de jeunesse, d'intelligence et de succès militaires. Déjà il avait à son actif deux magnifiques campagnes, dont une seule suffirait à illustrer un homme de guerre.

En Italie il avait battu les Piémontais et les

Autrichiens. Elève de l'Ecole militaire, un de ses professeurs l'avait ainsi noté : « Corse de nation et de caractère, il ira loin si les circonstances le favorisent. » Et, en effet, nommé général en chef de l'armée d'Italie à l'âge de vingt-sept ans, il disait à ses soldats : « Vous êtes nus, mal nourris. Le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Regardez ces belles contrées. Elles vous appartiennent. Vous y trouverez honneurs, gloire, richesses. » Là-dessus il descendait dans les plaines du Piémont et de la Lombardie. En une année il remportait les victoires de Montenotte, de Lodi, de Castiglione, d'Àrcole, de Rivoli ; il supprimait les Républiques de Venise et de Gênes ; il créait et organisait la République cisalpine ; il imposait la paix à l'Autriche; et, couvert des lauriers deCampo-Formio, il arrivait triomphalement à Paris. Effrayé d'une gloire qui lui portait ombrage, le Directoire charge Bonaparte de l'expédition d'Egypte, tournée censément contre l'Angleterre. Des savants, des artistes, des laboureurs s'associèrent à cette entreprise. On allait fonder une grande colonie.

En Egypte Bonaparte est vainqueur des Musulmans sur terre, et vaincu par les Anglais sur mer. Il remporte la brillante victoire des Pyramides. Le Caire lui appartient et il en fait le siège de son intelligente administration. La nouvelle de la destruction de la flotte française à Aboukir par Nelson vipnt l'y surprendre. Il se porte dans la Syrie par

où descend une armée turque. Il prend Gaza et Jaffa, culbute les Turcs au mont Thabor, échoue à Saint-Jean d'Acre devant les Anglais, revient en Egypte et jette dans la mer d'Aboukir les dix-huit mille janissaires débarqués sur la cote. Instruit à ce moment même de l'état des choses et des esprits en France, il part, précédé par le bruit de l'éclatante victoire d'Aboukir. Il laisse à Kléber le commandement de l'armée d'Egypte. Par un bonheur inoui le jeune vainqueur de l'Italie et de l'Egypte parcourt sain et sauf la Méditerranée que sillonnaient les flottes anglaises. Il débarque au golfe de Fréjus le 9 octobre 1799.

Et, porté sur les bras de la France entière, il se rend à Pari* pour y clore le xvme siècle et en commencer un autre. 11 trouve la situation que je vous ai dite, c'est-à-dire la France menacée au dehors par toute l'Europe et au dedans livrée à l'anarchie. Il s'adresse au Directoire : « Qu'avez-vous fait, ditil, de cette France que je vous ai laissée si brillante? Je vous ai laissé la paix; j'ai retrouvé la guerre. Je vous ai laissé des victoires; j'ai retrouvé des revers. Qu'avez-vous fait de cent mille Français que je connaissais tous, mes compagnons de gloire? Ils sont morts. » Là-dessus il culbute le Directoire et les deux Conseils, et il se fait nommer Consul d'abord avec deux collègues, puis pour dix ans, et enfin Consul à vie. La révolution de Brumaire était évidemment un attentat contre les lois. Mais, après de si fortes secousses et de si

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cruels déchirements, la France épuisée, sans crédit et en proie à l'anarchie, sentait le besoin d'un pouvoir central fortement constitué et exercé par une main habile. Elle pardonna beaucoup, elle pardonna tout à celui de qui elle attendait tout. C'était le 10 novembre 1799 que Bonaparte prenait en mains le Gouvernement de la France. Deux mois auparavant, le 28 août 1799, Pie VI chef de l'Eglise était mort à Valence. Où en était L'Eglise catholique?

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