II. L'Église à la fin du XVIIP siècle
Jamais peut-être l'Eglise ne s'était trouvée dans une pareille extrémité. L'impiété pouvait croire que c'en était fait de lareligion. Si, commele disent ses ennemis, l'Eglise n'est qu'une institution humaine qui a pour unique appui la politique des rois, c'en est fait de l'Eglise, car la royauté vient de s'abimer sous l'échafaud dans le sang de Louis XVI. Si le pouvoir de l'Eglise n'est que l'usurpation d'un sacerdoce enrichi d'âge en âge par la piété des peuples, c'en est fait de l'Eglise, car tout ce qu'elle tient des hommes lui a été ravi. Si le chef de l'Eglise n'est qu'un pasteur mercenaire, ou le gardien endormi d'un vieux système de superstition et d'erreur perpétué de génération en génération par l'effet de l'ignorance ou par l'entraînement de la coutume, c'en est fait de
l'Eglise, car il n'y a plus de Pape, Rome est aux mains de la France, le Sacré Collège est en fuite, tout est bien fini.
Halte-là! La Providence veillait, et, pour sauver son Eglise, elle fait signe à l'Angleterre, à l'Autriche, à la Russie et à la Turquie. A peine le vieux pape Pie VI avait-il été enlevé de Rome, que l'Angleterre suscitait une coalition contre la France.
Une alliance se concluait entre l'Autriche, la Russie et le grand Turc irrité de ce que les Français avaient envahi l'Egypte, province de son Empire . De là une armée formidable de Cosaques et de Tartares commandés par Souvarow se jette sur l'Italie et en expulse les Français, malgré la valeur de Macdonald et de Moreau. C'est alors que se fait l'élection de Pie VII. L'Angleterre, l'Autriche, la Russie, la Turquie même montent la garde à la porte du conclave, afin que tout s'y passe avec une paisible lenteur. L'opération terminée, la sentinelle se retirait, et la scène changeait. Six mois donc après le 18 Brumaire, le 14 mai 1800, à l'ouverture même du xixe siècle, 34 cardinaux réunis en conclave à Venise portaient au souverain pontificat le pape Pie VII, lequel, quelques mois plus tard, entrait triomphalement à Rome sous la triple protection de l'Angleterre hérétique, de la schismatique Russie et des Turcs infidèles. C'était tout simplement merveilleux et absolument contraire à toutes les prévisions humaines.
Voilà le xviii6 siècle fini, et le xixe commence.
LES COMBATS DE L'ÉGLISE DANS LES TEMPS MODERNES i07
La France et L'Eglise ont chacune leur chef. Bonaparte à Paris tient en mains les affaires politiques, et Pie VII à Rome tient en mains les affaires religieuses. Ces deux hommes vont se rencontrer, et par eux l'Eglise et la France vont se donner le baiser de paix et de réconciliation.