‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 18 sur 133 · I. Les rhéteurs s'appuient sur Je pouvoir · texte numérisé non relu

I. Les rhéteurs s'appuient sur Je pouvoir

Quand les hommes qui écrivent et qui parlent sont encouragés, appuyés et salariés parle pouvoir, quand ils sont les serviteurs du pouvoir et les satellites des Empereurs, quand leur littérature vénale et leur éloquence affamée s'abritent derrière un sabre qui les protège et les rétribue, ils exercent sur la foule et sur l'opinion une domination formidable. Malheur à une institution, à une religion qui est attaquée par de tels engins maniés par de tels agresseurs ! L'Eglise primitive a expérimenté cette situation douloureuse. Contre elle nous voyons se dresser et se liguer les orateurs, les écrivains, les intellectuels adossés, inféodés au pouvoir. Les chrétiens sont faibles, et les Empereurs sont tout-puissants. Que font les savants et les lettrés? Oh! les braves, ils se mettent du côté des forts. Ils se constituent les instruments de la tyrannie et les va-

letsduCésarisme. Ils suiventle char des Empereurs. Les Empereurs persécutent l'Église, et les rhéteurs prenant d'eux le mot d'ordre poursuivent de leurs sarcasmes et de leurs accusations lâches ceux que César fait mourir. Ils devraient, ce semble, défendre les droits de l'innocence contre les abus de la force. Non. Ils abandonnent les chrétiens qui vont au supplice, et ils aboient avec les bourreaux. Il semble étrange à Pline le Jeune d'envoyer à la mort des hommes dont tout le crime est de n'en commettre point ; mais Trajan consulté répond qu'une fois dénoncé un chrétien doit mourir, et l'homme de lettres accepte le plus naturellement du inonde cette atrocité. Les rhéteurs se mettent lâchement à la remorque des Césars, et quelquefois il arrive que ce sont les Empereurs eux-mêmes qui tiennent la plume et portent la parole. Marc-Aurèle et Julien l'Apostat parlent et écrivent comme Jamblique et Porphyre, comme Celse et Libanius. Messieurs, la plume est plus redoutable que le glaive. Voltaire a fait plus de mal que Robespierre. La plume des rhéteurs a fait plus de mal à l'Eglise primitive que le glaive des Césars. Nous allons les voir à l'œuvre.

IL Les rhéteurs Janceni la caiomnie.

Les ennemis de l'Eglise se copient les uns les autres de siècle en siècle. Au xvme siècle, Voltaire

voulant déshonorer l'Eglise par la calomnie disait à ses disciples : « Mentez, mentez; il en restera toujours quelque chose.» Le procédé n'était pas nouveau. Il venait en droite ligne des sophistes des premiers siècles. Tandis que des préfets serviles et cruels faisaient entrer dans la poitrine de nos pères la pointe de cette épée que tenaient dans leurs mains à Rome et à Nicomédie des bourreaux couronnés, le despotisme avait partout, pour avilir ses victimes, des calomniateurs publics plus serviles et plus cruels encore, qui enfermaient l'Eglise dans un cercle d'opprobres et appelaient sur sa tête le mépris du monde entier. En ce temps-là nous étions tous voleurs, brigands, assassins, homicides, parricides et infanticides. Nous buvions dans les crânes humains le sang de nos victimes, et nous mangions dans des festins mystérieux la chair des petits enfants. Pour prendre rang parmi nous, il fallait par d'horribles serments s'enchaîner à tous les crimes. En ce temps-là nous étions tous des athées, tous des ennemis de l'Empire. Si le Tibre était débordé, si la pluie cessait d'arroser la terre, si le feu du ciel descendait sur un Temple ou sur un cirque, si les armes de César succombaient dans une bataille et si les barbares ravageaient quelque partie de l'empire, c'était la faute des chrétiens, nous en répondions sur nos têtes. On trouve dans les écrivains du paganisme une interminable liste de noms injurieux et d'imputations calomnieuses

prodigués aux chrétiens. Ameutée par tous ces mensonges, la multitude rugissait de fureur autour des échafauds où l'on déchirait la chair de nos frères ; nous étions les réprouvés de l'opinion publique et les martyrs des mépris populaires; sur notre tête humiliée nous portions la couronne de l'universel opprobre. Ce n'est pas tout. En même temps qu'on nous déshonorait par la calomnie, on nous ridiculisait par le rire.

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