‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 19 sur 133 · III. Les rhéteurs procèdent par le rire · texte numérisé non relu

III. Les rhéteurs procèdent par le rire

Le rire est une force considérable : avec le rire on tue les plus puissantes comme les plus saintes choses. Quand un rire moqueur circule au milieu d'un peuple, et le remplit de ses échos meurtriers, on peut voir les timides qui se cachent, les ambitieux qui abdiquent, les braves eux-mêmes qui baissent le front et qui semblent demander pardon aux hommes d'appartenir à Dieu. Les rhéteurs du paganisme organisèrent dans les premiers siècles la conjuration du rire, dont le siècle de Voltaire nous a donné la formidable reproduction. Entendez Celse qui s'écrie en parlant du christianisme : « Quelle religion ! Ce sont des cardeurs de laine, des cordonniers et des foulons, les plus ignorants, les plus grossiers des hommes qui s'en font les hérauts! Ce sont des enfants et des femmes qui en fournissent

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le premier contingent! » Voilà la note que donnent les beaux esprits, les intellectuels, les directeurs officiels de l'opinion. Ils présentent les chrétiens comme des êtres plus ridicules encore que malfaisants, plus risibles qu'odieux. Les chrétiens sont plaisantes, bafoués, vilipendés par la parole, par la plume, par la caricature, par le théâtre, par les lettrés, et par le peuple qui répercute les lettrés. Plus ça change, et plus c'est la même chose, Messieurs, et vous pouvez remarquer qu'aujourd'hui encore les ennemis de l'Eglise, pour la confondre, n'ont pas d'autres arguments que celui du rire; ils ne raisonnent pas, ils se moquent. La méthode n'est pas nouvelle; elle date des origines mêmes du christianisme. Aujourd'hui, comme au commencement, on essaie de nous déshonorer par la calomnie et de nous ridiculiser par le rire. Aujourd'hui, comme au commencement, on essaie aussi de nous réduire à l'impuissance par l'oppression.

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