I. A Rome
Après un séjour d'environ sept années à An-
tioche, Pierre, le prince des Apôtres et le chef de l'Église, transporte son siège pontifical dans la capitale de l'Empire. C'était en l'an 42, sous le règne de Claude. Ses premières prédications eurent peu de succès. Découragé, l'Apôtre songeait à quitter la Ville Eternelle. Il sortait par une des portes de Rome, quand il rencontra le Sauveur portant sa croix : « Maître, où allez-vous? » lui demanda-t-il. « Je vais à Rome, lui répondit Jésus, pour y être crucifié une seconde fois. » Pierre comprit qu'il devait rester à son poste, et y mourir de la même mort que son maitre. Et en effet pendant vingt-cinq ans, il occupe le siège de Rome.
Nous le voyons en relations avec Pudens, sénateur romain, de la famille de Cornélius, et bientôt le sénateur converti lui offre son palais qui devint à Rome la première Eglise chrétienne. De proche en proche, le christianisme se répand dans le patriciat, dans les familles Cornelia, Pomponia, Cœcilia, Sergia, Flavia. L'aristocratie romaine donne ses fils et ses filles à la foi du Christ; le Sénat ouvre à la religion nouvelle son inaccessible enceinte; la cour impériale se remplit de chrétiens, et la famille des Empereurs en compte dans ses rangs.
Et, en même temps qu'elle gagne dans la haute classe de si illustres adhésions, l'Église s'adresse à la classe moyenne et au peuple où elle recrute des fidèles par milliers. Les historiens profanes, Tacite
et Suétone, nous le disent expressément. En l'année 64, Finfâme Néron, pour jouir du spectacle d'un grand incendie, avait mis le feu à Rome. Rome s'indigne, le tyran tremble pour sa popularité. Mais, afin de détourner l'attention du peuple, il s'en prend aux chrétiens. Ecoutez cette parole de Tacite écrite trente ans seulement après la mort de Jésus-Christ : « Une multitude immense de chrétiens fut convaincue non pas du crime d'incendie, mais d'être en butte à la haine du genre humain. » Texte effroyable et précieux tout ensemble, Messieurs, car, en même temps qu'il témoigne de l'inique frivolité des lettrés païens à l'égard des chrétiens, il atteste irréfutablement la merveilleuse extension du christianisme à Rome, dans la capitale même de l'univers, dès le début de la prédication apostolique.
D'ailleurs le fait seul d'avoir creusé, bâti, habité toute une Rome souterraine, d'avoir construit les catacombes, suppose un peuple entier d'ouvriers et de martyrs. Allez voir à Rome l'Eglise primitive couchée dans la tombe et immortalisée dans ses sépultures. Comptez, si vous le pouvez, les innom brables loculi des catacombes^ et vous reconnaîtrez avec tous les historiens sérieux que, dès le siècle apostolique, les chrétiens formaient à Rome une immense multitude. Vous constaterez que ce furent de rudes travailleurs que les premiers Papes, Pierre et ses successeurs, Lin, Clément, Clet et
Anaclet. L'Eglise s'implante à Rome, et de là elle rayonne