III. Dans les Gaules
Les Apôtres prêchent et fondent des Eglises dans tout l'Empire, et la Gaule, qui en est devenue une portion des plus illustres et des plus cultivées, échapperait seule à leur sollicitude et à leur atteinte? Elle n'y échappa point.
D'abord saint Pierre dut traverser la Gaule, se rendant en Espagne et dans la Grande-Bretagne, et saint Paul visita les provinces méridionales de notre antique patrie.
L'Eglise d'Arles eut pour évêque Trophime envoyé par saint Pierre.
L'Eglise de Narbonne eut pour fondateur Févêque Paul, qui ne serait autre que le romain Sergius Paulus, proconsul de Chypre, converti par saint Paul.
Cinq autres hommes apostoliques furent envoyés dans les Gaules par saint Pierre : Martial à Limoges, Austremoine à Clermont, Gatien à Tours, Saturnin à Toulouse et Valère à Trêves.
Chassés par la persécution, Lazare, le ressuscité de Béthanie, et ses deux sœurs Marthe et Marie,
vinrent échouer à Marseille. Lazare fut le premier évoque de Marseille ; Marthe embauma de ses vertus le pays de Tarascon ; et Marie-Madeleine sanctifia les montagnes de la Sainte-Baume. Maximin, le compagnon de leur exil, fut le premier évoque d'Aix, et ainsi fut évangélisée la Provence.
Enfin Denis l'Aréopagite, converti par saint Paul et premier évêque d'Athènes, fut envoyé dans les Gaules par saint Pierre et saint Clément, son successeur, pour y fonder le siège épiscopal de Paris, l'ancienne Lutèce. Il y couronna sa mission par le martyre, avec les deux compagnons de son apostolat, Rustique et Eleuthère, et la colline consacrée par leur supplice s'appelle le mont des Martyrs, aujourd'hui Mont martre.
Ainsi, dès le 1" siècle on voit des évêques à Marseille, à Arles, à Vienne, à Limoges, à Narbonne, peut-être à Paris...- Dès le 11e siècle, à Lyon, à Autun, h Langres, à Besançon... Aume siècle partout. Au temps du Concile d'Arles en 314, des sièges épiscopaux remplissent la Gaule. Nos principales Eglises des Gaules sont à peu près toutes de fondation apostolique.
Sans doute les villes seulement sont évangélisées, tandis que les villages en grande partie restent ensevelis dans les cultes idolàtriques. Mais c'est la méthode habituelle de l'Eglise, méthode rationnelle et encore aujourd'hui usitée. Elle va d'abord s'établir fortement au centre, pour rayonner ensuite
sur tous les points de la circonférence. Quand le monde passait du paganisme au christianisme, l'Eglise menait ce mouvement et le faisait partir des villes, car elle savait que de là vient l'impulsion pour le bien comme pour le mal. Et aujourd'hui que notre vieux monde semble vouloir revenir du christianisme au paganisme, que fait l'Eglise? Elle agit surtout dans les villes. C'est là qu'elle verse la lumière, là qu'elle sanctifie, qu'elle groupe, qu'elle aguerrit les âmes intelligentes, les volontés droites et les cœurs vaillants, là quelle crée des foyers de vie catholique destinés à rayonner dans les sphères inférieures. L'Église primitive s'est donc d'abord établie dans les villes, à Rome, puis dans les métropoles de l'Empire, puis dans les cités principales des Gaules, et chez nous aussi