‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 29 sur 133 · II. Elle est favorisée et protégée · texte numérisé non relu

II. Elle est favorisée et protégée

Elle monte en quelque sorte sur le trône avec le grand Constantin.

Constantin ne persécute pas les païens; mais il déclare le paganisme une erreur détestable et impie.

Il protège la papauté et offre au pape Miltiade le palais de Latran près duquel s'élève la basilique du Saint-Sauveur. Il érige dans Rome l'église des Saints-Apotres, et de toutes parts dans l'Empire des basiliques dites Gonstantiniennes qu'il dote de revenus opulents. Il exempte les prêtres du service militaire et de toute charge municipale. Il rend obligatoire le repos dominical dans tout l'Empire. En mémoire du Sauveur, il abolit le supplice de la Croix. Il fait resplendir ce signe sacré sur son diadème et sur le Capitole. Sa mère, sainte Hélène, entreprend le voyage des Saints Lieux, retrouve la vraie Croix, en rapporte à Rome une partie notable, et Constantin, pour abriter cette précieuse relique, bâtit l'église de Sainte-Croix de Jérusalem.

Certes Constantin commit plus d'une faute. Il portait dans son àme le vieux levain du paganisme ; il ne sut pas assez se défendre des intrigues des courtisans, présent le plus funeste que puisse faire aux rois la colère céleste, et il en vint même un jour jusqu'à persécuter Athanase, l'illustre défenseur de la foi, le glorieux patriarche d'Alexandrie, qui s'opposait comme un mur d'airain aux cabales d'Arius. Mais, Messieurs, quand on juge un homme, il faut, sans négliger les détails, embrasser l'ensemble de sa physionomie et de ses actes; or, dans l'ensemble de sa vie et de sa personne, Constantin nous apparaît chrétien, protégeant la religion, donnant l'exemple de la piété, écoutant avec docilité

les enseignements des évêques, honorant Dieu publiquement dans son palais où il avait fait bâtir un oratoire. Voyez-le en particulier au Concile de Nicée en l'année 325. Trois cent dix-huit évêques sont là présents, illustres vieillards, couronnés de vertus encore plus que de cheveux blancs. Ils viennent des solitudes de la Thébaïde, des extrémités de l'Empire, proclamer contre Arius la divinité de Celui pour qui ils avaient répandu leur sang. Constantin apparaît au milieu d'eux sous son manteau de pourpre et de pierreries. Les Pères se lèvent afin de saluer en sa personne le Libérateur de l'Eglise. Et lui. empereur, se tient debout et ne s'asseoit sous le dais qu'après avoir fait rendre à Dieu des actions de grâces solennelles.

Ce jour-là, Messieurs, marque dans l'histoire : c'est la première rencontre de l'Eglise et de l'Etat, de l'Eglise personnifiée dans les évêques de Nicée et invitée par Constantin, chef de l'Etat, à s'asseoir avec lui au sommet des choses ; à partir de cette heure l'Eglise et l'Etat marchent la main dans la main. Parlant du sacerdoce, Constantin disait : « Vous êtes l'évêque du dedans. » Parlant de luimême et de la puissance impériale, il disait : « Je suis l'évêque du dehors. » Les lois de Constantin et le Code Justinien qui en fut la suite sont des monuments précieux de l'union des deux pouvoirs. Les lois ecclésiastiques deviennent le plus souvent lois de l'Empire. Cet accord a fait laforcede l'Église

140 CONFÉRENCES ATX HOMMES

et des Etats pendant tout le moyen âge. On a fait un reproche à Constantin d'avoir inauguré un tel système, et à l'Eglise de l'avoir accepté, de s'y être prêtée volontiers. Le reproche n'est pas fondé. Pourquoi l'Eglise eût-elle systématiquement repoussé la main que lui tendaient les Césars, marqués au front du signe de Jésus-Christ? Et pourquoi les Césars eux-mêmes auraient-ils dédaigné le concours de cette grande puissance morale qui transformait le monde? Pourquoi entre l'Eglise et les Césars l'harmonie n'aurait-elle pas dû s'établir? Est-ce que la paix ne vaut pas mieux que la guerre? Est-ce que l'union n'est pas meilleure que la séparation? Sans doute l'union de l'Eglise et de l'Etat peut avoir des inconvénients, et elle en a eu; tout a des inconvénients sur la terre. Mais logiquement la séparation de l'Eglise et de l'Etat est une utopie, leur union est une loi fondée sur la nature même des choses. Historiquement, l'union plusieurs fois séculaire de l'Église et de l'État a produit des fruits magnifiques de civilisation. Et pratiquement comment voulez-vous séparer deux sociétés vivant sur le même territoire, ayant pour membres les mêmes individus, et nécessairement appelées à se rencontrer sur une multitude de questions mixtes. Constantin comprit qu'on ne mène pas les hommes par la division, mais par l'harmonie, et il voulut faire marcher du même pas ces deux forces indestructibles : la politique et le christianisme, la société

LES COMBATS DE L'ÉGLISE PRIMITIVE Ul

civile et la religion, l'Etat et l'Eglise. Il a fait cela, et il a bien fait. Et d'ailleurs pouvait-il agir autrement? Il ne le pouvait guère. Après les orgies de la grande Révolution, Napoléon Ier. voyant la France qui revenait à ses autels et qui rouvrait ses églises, répondit aux vœux de toute la nation en concluant le Concordat avec Pie VII; il ne fît pas l'opinion, il la ratifia. De même, après trois siècles de persécution sanglante, Constantin se trouvait en présence d'un Empire converti. Rester étranger ou hostile au christianisme, lui était chose impossible. Un seul parti était à prendre, le parti de l'alliance avec cette Eglise qui avait enfin conquis au soleil une place prépondérante et respectée de tous. Il mit donc sa main dans la main des évoques. L'Eglise est libre. L'ilglise est favorisée et protégée.

Page 1