‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 31 sur 133 · I. La splendeur de l'Unité · texte numérisé non relu

I. La splendeur de l'Unité

Regardez l'Église pendant les quatre ou cinq premiers siècles de son histoire. Elle vous apparaît toute jeune, et déjà parfaitement organisée. Elle est sortie vivante du cœur de Jésus-Christ, son fondateur, et dès le lendemain de sa naissance elle pos-

sède ce qui est l'essence de toute société qui veut vivre :

V Unité gouvernementale . Elle a un chei qui commande souverainement et qui est obéi universellement : c'est Pierre, et ses successeurs légitimes, les Papes. Le monde catholique des premiers siècles est partagé en cinq grands sièges : Rome, Antioclie, Alexandrie, Jérusalem et Gonstantinople. Mais l'évêque de Home est le chef reconnu de tous, et même les patriarches qui gouvernent les Eglises de l'Orient lui notifient leur élévation et obtiennent de lui des lettres de confirmation et de communion. Dès ces temps reculés nous voyons se dessiner toute la hiérarchie catholique : le Pape, les Patriarches, les Primats, les Métropolitains, les Evêques, les Archiprètres, les Archidiacres, les Diacres, tes primaties, les métropoles, les diocèses et les paroisses. Au ive siècle l'Eglise est debout avec tous ses membres; les appareils de sa vie sociale sont visibles et agissants ; son unité gouvernementale fonctionne et resplendit au milieu d'un monde qui se décompose et s'affaisse. Et au-dessus de ce vieux monde livré depuis quarante siècles aux vaines disputes de la philosophie et aux superstitions les plus abjectes, l'Eglise organisée élève sa voix puissante comme la foudre et harmonieuse comme un concert. Elle possède avec l'unité gouvernementale

L'Unité doctrinale. Les Apôtres, avant de se partager le monde, ont rédigé en commun le symbole

de la foi chrétienne ; ils ont condensé en douze articles toutes les vérités qu'il faut croire, et portés par eux ces lingots d'or vont enrichir le monde nouveau. Une controverse vient-elle à naître sur la valeur des préceptes mosaïques? Le prince des Apôtres, Pierre, accourt de Rome à Jérusalem pour se concerter avec le corps apostolique et donner à la décision de l'assemblée le poids de son autorité suprême. Il préside le concile, il écoute les avis, il prend le dernier la parole et prononce sous l'action de l'Esprit-Saint un jugement auquel l'assemblée souscrit d'une voix unanime. Plus tard l'hérésiarque Arius attaque sournoisement le dogme fondamental delà divinité du Christ. Les évoques se réunissent à Nicée, dressent une profession de foi qui devient la formule ordinaire de la catholicité. Ce symbole de Nicée a traversé les siècles, vous le chanterez tout à l'heure, et vous attesterez par là que l'unité doctrinale est. dans l'Eglise la réalité d'aujourd'hui et la réalité d'hier. Dans les premiers siècles comme à la fin du xix' siècle l'Eglise possédait l'unité gouvernementale etl'unité doctrinale. Quedirais-je encore ? Elle possédait:

L'Unité vitale. La même grâce circulait dans toutes les âmes; la même prière coulait sur toutes les lèvres ; les mêmes sacrements étaient reçus par tous les fidèles. Le sacrifice de. la messe est offert dans les ombres des catacombes et dans la lumière des basiliques constantiniennes. Nos fêtes et nos

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chants sacrés datent des premiers siècles, et dans nos archives les plus anciennes, dans les écrits et les monuments du siècle apostolique, nous retrouvons le culte de la Sainte Vierge et des saints, le culte des reliques et le culte des morts. — Et à quelle source s'alimente la vie si fervente et si pure des premiers chrétiens? Gomme aujourd'hui, à la source creusée par le Christ, aux sacrements. Dans les périodes de persécution, on communie tous les jours ; au ive siècle, au moins- tous les dimanches. Les diacres allaient porter la sainte Eucharistie aux absents, aux malades, aux chrétiens enfermés dans les cachots. Je ne puis pas tout vous dire, Messieurs. Je n'ai que le temps de vous donner quelques indications générales. Compulsez vous-mêmes, si vous le voulez, l'histoire de nos origines, et vous verrez qu'en ces commencements de l'époque catholique toutes les volontés obéissent aux mêmes chefs, toutes les intelligences adhèrent à la même doctrine, toutes les âmes participent à la même vie surnaturelle. L'Unité resplendit au front de l'Eglise primitive. J'y aperçois une seconde auréole :

IL La. splendeur du talent.

A entendre les ennemis de l'Eglise, nous sommes des ignorantins, des obscurantistes ; volontiers ils s'attribuent le monopole du savoir et du génie, et

ils nous décernent généreusement des brevets d'incapacité et d'ineptie. Je serai plus équitable, et, m'appuyant sur les témoignages authentiques du passé, je dirai que les défenseurs de la foi ont été pour le moins aussi intelligents que les partisans de l'erreur.

Dès le 11e et le me siècle, nous voyons apparaître dans l'Église des écrivains et des apologistes de première force. Contre la persécution se dressent Justin, Tatien, Athénagore, et celui que Bossuet appelle toujours le grand Tertullien. Contre les hérésies se dressent saint Irénée, Origène, Cyprien; contre le philosophisme païen., Minucius Félix, Clément d'Alexandrie, Arnobe et Lactance à qui son talent littéraire a fait décerner le nom deCicéron chrétien.

Puis nous arrivons au ive siècle qu'on a appelé le grand siècle des Pères de l'Eglise, et nous assistons à une floraison prodigieuse d'esprits véritablement supérieurs. Ne citons que quelques noms parmi les plus illustres : Athanase, Ephrem, Cyrille de Jérusalem, Basile, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome à qui son éloquence valut le surnom de bouche d'or. Et puis saint Hilaire de Poitiers, saint Ambroise de Milan, saint Jérôme et saint Augustin. Cette période du ive siècle est si splendide qu'elle a fixé l'attention des hommes les plus cultivés de notre génération. Si quelques-uns de vous, Messieurs, en avaient le temps, ils liraient avec

fruit sur ce sujet les Césars de M. de Champagny, le livre magistral du prince de Broglie sur l'Eglise et l'Empire romain du rve siècle, et eniin les Etudes sur les Pères de l'Église de M. Villernain. « Le ive siècle, écrit Villernain, est la grande époque de l'Église primitive et l'âge d'or de la littérature chrétienne. Dans l'ordre social, c'est alors que l'Église se fonda et devint une puissance publique ; dans l'éloquenee et les lettres, c'est alors qu'elle produisit ces sublimes et brillants génies qui n'ont eu de rivaux que parmi les orateurs sacrés de la France du xvnc siècle. Que de grands hommes en effet, que d'orateurs éminents ont rempli l'intervalle d'Athanase à saint Augustin ! Quel prodigieux mouvement d'esprit dans tout le monde romain ! Que de talent dépensé dans de mystiques débats! quel pouvoir exercé sur la croyance des hommes ! quelle transformation de la société tout entière, à la voix de cette religion qui passe des catacombes sur le trône des Césars!)) Je vous ai parlé, Messieurs, de Julien l'Apostat qui ^vait rêvé de nous condamner au silence et à l'ignorance en fermant nos écoles et en nous proscrivant des Académies. L'Église a répondu à ce rêve tyrannique par une explosion miraculeuse d'éloquence et de génie, et les derniers tenants du paganisme furent frappés de stupeur et d'impuissance quand ils virent étinceler au front de l'Église primitive la splendeur de l'unité, la splendeur du talent.

LES COMBATS DB L'ÉGLISE PRIMITIVE loi

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