‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 35 sur 133 · I. L'installation des Francs · texte numérisé non relu

I. L'installation des Francs

Les Francs étaient une confédération de peuples établis entre le Rhin et le ^Yéser, et plus que toutes les autres races barbares ils avaient le goût de la liberté et la passion de l'indépendance. Nourris et élevés dans les forêts ils se réunissaient en assemblées générales pour discuter les questions de paix et de guerre. Ils se battaient quelquefois disposés en triangle, le plus souvent sans ordre, toujours avec une impétuosité incroyable. Leur arme favorite était la francisque, ou hache à deux tranchants, et la framée, massue armée de fer.

Sous la conduite de leurs premiers chefs, Pharamond, Clodion, Mérovée et Childéric, ils cherchent à s'établir dans les Gaules, et là que trouvent-ils? D'abord un sol parfaitement disposé pour servir de berceau à un grand peuple, et puis deux sangs déjà fondus en un seul, le sang gaulois et le sang romain ; l'élément gaulois, c'est-à-dire quelque chose de gai. de vif, de léger, de malicieux, de railleur, ce qu'on a si bien nommé le sel gaulois, l'alouette

gauloise, le sel qui pique et l'alouette qui monte en chantant dans la lumière; l'élément romain, c'est-à-dire la solidité, le bon sens, la droiture, la clarté, ce qui a fait notre grande et belle langue française et nos codes, nos grands écrivains et nos grands magistrats.

Voyez- vous, Messieurs, l'origine de la France? Dans notre berceau, nous trouvons harmonieusement fondues l'impétuosité du Barbare, la malice du Gaulois et la gravité du Romain. Cependant, si rares et si précieuses que fussent toutes ces qualités pour composer un grand peuple, il y manquait quelque chose, comme dit excellemment Mer Bougaud. Il y manquait la bonté qui achève tous les autres dons et la générosité chevaleresque qui les fait valoir au profit de l'humanité. Il y manquait l'amour des petits, des faibles, des vaincus, des victimes, et le vif sentiment de l'honneur, de la justice et du droit. Il y manquait ce je ne sais quoi de supérieur et d'exquis qui arrête l'impétuosité du Barbare, qui tempère la malice du Gaulois, qui attendrit la raideur du Romain. Il y manquait le sang du Calvaire, l'amour de Celui qui est mort d'amour pour le genre humain. Il y manquait l'Eglise de Jésus-Christ, si bien faite pour comprendre la France, pour la compléter et la transfigurer. La France, au berceau, attendait l'Eglise, sa mère. Contemplons cette première et ravissante rencontre de l'Eglise et de la France, sa fille aînée.

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