‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 43 sur 133 · III. Les résultats des Croisades · texte numérisé non relu

III. Les résultats des Croisades

Au point de vue religieux, d'abord, les Croisades ont élevé à sa plus grande hauteur la puissance pontificale qui en eut l'idée et la direction. Sans doute l'Église n'est point parvenue à reconquérir ni l'unité catholique à Constantinople, ni la possession des lieux saints ; mais par les Croisades elle a maintenu dans la conscience et au cœur des peuples chrétiens l'héroïsme de la foi et le pur dévouement pour le Christ et pour sa cause.

Au point de vue politique, les Croisades n'ont point été non plus inutiles. En dirigeant vers la Terre Sainte des armées innombrables de chevaliers chrétiens, elles ont fait cesser les guerres féodales ; elles ont contribué à l'affaiblissement de la féodalité par la mort de plusieurs de ses membres et par l'aliénation de nombreux domaines achetés ou confisqués par les rois; elles ont contribué aux

progrès de la royauté tendant à devenir de plus en plus le pouvoir suprême du pays ; elles ont contribué à la naissance et à l'agrandissement du tiers état par les communes affranchies, à la formation enfin de l'unité nationale sous l'autorité souveraine d'une monarchie universellement respectée.

Au point de vue industriel et commercial, les Croisades ont fait passer en Europe les produits de l'Asie : mûriers, blés de Turquie, canne à sucre, draps, dentelles, étoffes de soie, cuirs, armes, orfèvrerie. Elles ont ouvert au commerce de l'Occident les routes de l'Asie, et donné à l'art nautique une extension considérable.

Au point de vue littéraire et scientifique, elles ont inspiré la poésie naissante, créé les armoiries et la science du blason. L'Université et les Ordres mendiants chargés de propager l'instruction datent de cette époque. Nos pères ont rapporté de Jérusalem et de Constantinople des trésors de science, le goût des lettres et des arts, et tout un ensemble de civilisation dont s'est enrichie la période du moyen âge, pour les transmettre à notre siècle oublieux.

En résumé, au point de vue de la civilisation générale, les Croisades ont exercé une influence énorme. On a dit d'elles : chacune a échoué, toutes ont réussi. Elles ont réussi en effet à rallier tous les peuples autour de la Papauté, à mettre lin aux querelles particulières et à centraliser les éléments

des nations autour d'un pouvoir unique, à ouvrir vers l'Orient des voies à la navigation, à doter l'Occident des inventions, des sciences, des arts, des produits d'un autre monde. Elles ont réussi surtout à préserver l'Europe de l'invasion musulmane. Et ce n'est pas rien, cela. Quand les croisés partaient pour l'Asie, il s'agissait non seulement de délivrer le tombeau sacré de Jésus-Christ, mais encore de savoir qui devait l'emporter sur la terre, ou d'un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l'ignorance, au despotisme, à l'esclavage; pu d'un culte qui a aboli la servitude et fait éclore toute science et toute vertu. Voyons, aimeriez-vous mieux être disciples de Mahomet que disciples de Jésus-Christ? Eh bien, sans les Croisades nous serions Turcs et Musulmans. Bénissons les Croisés nos ancêtres, Messieurs, qui en sauvant la foi ont sauvé la civilisation !

Les Croisés sont nos ancêtres. Il m'est doux de vous faire remarquer la part prépondérante de la France dans ce grand événement. Quand la Providence veut qu'une idée embrase le monde, elle l'allume dans l'âme d'un Français. Qui prêche les croisades avec tout l'ascendant de l'éloquence et de la sainteté? Un pape français Urbain II, un pèlerin français Pierre l'Ermite, un apôtre français, la gloire de sa nation et de toute l'Eglise, saint Bernard. Qui illustre les croisades à force de courage,

d'abnégation et de gloire? Toujours des Français. Godefroi de Bouillon les inaugure, saint Louis les termine, et les grands coups d'épée qui les signalent pendant deux siècles à Jérusalem, à Antioche, à Tibériade, à La Massoure attestent sur tous les champs de bataille le cœur, la main, la foi de la nation française. Et, si nous avons beaucoup souffert, nous avons aussi beaucoup gagné aux croisades. De ces expéditions date, le réveil social qui correspond au nom de saint Louis. Les splendeurs de notre xme siècle ont été la compensation de nos efforts et de notre sang répandu. Et puis nous avons conquis en Orient une influence et un prestige non encore effacés ; notre nom y est resté le synonyme de la loyauté et de la bravoure, et aujourd'hui encore, après tant de siècles écoulés, on y retrouve toujours vivant le souvenir du roi saint Louis et des Francs. Les croisés sont nos ancêtres. Noblesse oblige.

Restons dignes de nos ancêtres. En 1849, à la tribune française, Montalembert répondant à Victor Hugo disait : « Nous sommes les fils des Croisés, et les fils des Croisés ne reculeront pas devant les fils de Voltaire ! » Certes, depuis quarante ans, les fils des Croisés ont eu à soutenir de rudes batailles. et plus que jamais aujourd'hui ils ont le devoir de lutter contre l'impiété et de défendre la foi. Quils ne se découragent pas. Je sais que les fils de Voltaire ont ravagé i'àme de notre pauvre peuple.

Mais, fils des Croisés, ouvrons la Croisade du salut public, et ce monde qui nous a échappé sera reconquis à la longue, eussions-nous comme nos pères perdu cent batailles et mordu cent fois la poussière. Les Croisades ont duré deux cents ans. Travaillons comme ont travaillé nos ancêtres pour Dieu, pour Jésus-Christ et pour l'Eglise, et, comme eux, en sauvant la foi nous sauverons la civilisation; en assurant le règne de l'Evangile, nous préparerons le prestige et la résurrection de la patrie !

A men !

SIXIÈME CONFÉRENCE

L'Église et les Musulmans

(suite)

Page 1