‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 45 sur 133 · I. Apogée de la puissance musulmane · texte numérisé non relu

I. Apogée de la puissance musulmane

Après le gigantesque effort des croisades, nous voyons la puissance musulmane un moment arrêtée dans ses projets de conquête par l'invasion des Mongols et de Tamerlan. Mais l'Islamisme restait quand même fidèle à son grand rêve, qui était l'asservissement de l'Europe. Les luttes se poursuivent incessantes, enflammées et sanglantes entre la chrétienté et les Turcs ottomans. Mahomet II, fils d'Amurat, a juré de prendre Gonstantinople aux Grecs. Le 6 avril 1453, il arrive avec une armée de trois cent mille hommes ; il met le siège devant

Constanlinople, l'entoure d'une formidable artillerie et lance ses janissaires à l'assaut des remparts. Vainement le pape Nicolas V a-t-il imploré le secours de la chrétienté; seuls les Vénitiens et les Génois se sont rendus à la prière du Pontife. A l'intérieur de la ville les habitants sont divisés et, surtout, obstinés dans le schisme. Cependant ils ont un Empereur qui est un héros, Constantin Paléologue, zélé partisan de l'union des deux Eglises. Paléologue avec une poignée de braves, — il n'a que dix mille soldats, — passe les nuits à prier, les jours à combattre. Sous des torrents de feu grégeois que les Turcs emploient comme auxiliaire, il va et vient en criant à ses soldats : « Si Constantinople périt aujourd'hui, je m'ensevelirai sous ses ruines! » Le héros fidèle à son serment, voyant les Turcs maîtres de la ville, se jette dans leurs rangs et reçoit la mort. C'était le 23 mai 1453. La ville du grand Constantin disparaissait après avoir duré 1123 ans. Quarante mille chrétiens restèrent sous ses ruines ; cinquante mille furent réduits en esclavage; d'autres purent échapper aux farouches vainqueurs et fuir vers l'Italie sur des chaloupes vénitiennes, emportant avec eux les précieuses dépouilles de la patrie, des manuscrits d'auteurs grecs, sacrés et profanes, riches trésors du passé, dérobés aux flammes et à l'ignorance des infidèles. La Grèce entrait dans Rome avec ses poètes, ses philosophes. ses artistes et ses savants. L'Orient se transplantait

en Occident. « Plutôt les Turcs que le Pape! » avaient dit les Grecs après le Concile de Florence. Leur vœu insensé était exaucé. Les Turcs étaient ies maîtres de Constantinople, et la cathédrale de Sainte-Sophie était transformée en mosquée.

C'est l'apogée de la puissance musulmane. Mahomet II, fier de sa victoire, prend le titre fastueux de « maître et souverain des deux parties du monde ». Sa domination s'étend en Europe sur la Roumanie, la Macédoine et la Grèce, la Valachie, la Moldavie et la Serbie. Il enlève les îles de l'archipel aux Vénitiens, et ses lieutenants poussent leurs incursions jusque dans l'Italie du sud. Cependant il ne peut prendre Belgrade défendue par Hunvade et par un religieux franciscain, saint Jean Capistran, et il échoue de même devant l'île de Rhodes où les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem commandés par leur grand-maître Pierre d'Aubusson lui infligent des pertes énormes. Les chevaliers tardèrent l'île de Rhodes pendant deux siècles. Ils la perdirent en 1522; mais ils l'avaient si bien défendue que le sultan Soliman s'écria, en voyant partir le grand-maître Villiers de l'Isle-Adam : « Quel dommage de chasser de sa maison un si brave chrétien! » Charles-Quint leur donna en 1530 l'île de Malte que le grand-maître Jean de la Valette défendit avec succès contre une nouvelle attaque de Soliman, en 1563. Les chevaliers restèrent à Malte jusqu'en 1798. Ils continuèrent à combattre

LES COMBATS DE L'ÉGLISE A.U MOYEN AGE 22 i

les infidèles sur terre et sur ruer, et prirent une part glorieuse à toutes les entreprises dirigées contre les ennemis du nom chrétien. Dépossédés de leurs domaines en 1798 par Bonaparte, les chevaliers se dispersèrent.

Par la prise de Constantinople en 1453,1a puissance musulmane était omnipotente. Elle tenait la clef de l'Orient, et elle ravageait l'Occident. Pendant plus d'un siècle elle fut la terreur de la chrétienté. Mais bientôt la décadence commence, et l'Empire Turc marche à grands pas vers cette ruine définitive où nous le voyons aujourd'hui se débattre misérablement. Car qu'est-ce que la Turquie aujourd'hui, sinon un cadavre qui tombe en décomposition et qui ne vit plus qu'avec la permission des puissances européennes, spécialement de l'Angleterre et de la Russie? Cent ans après la prise de Constantinople les jours mauvais s'annoncent pour les Turcs ottomans.

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