II. Décadence de la puissance musulmane
Cette décadence a eu lieu d'abord dans le golfe de Lépante en 1571, puis sous les murs de Vienne en 1683.
Le souverain le plus illustre de la Turquie a été sans contredit Soliman II le Magnifique, dont le règne s'étend entre les années 1520 et 1566. Il se
recommande à la fois par des guerres en Europe en Asie, en Afrique et par de grands travaux administratifs. Il est digne d'être mis à côté sinon audessus de ses illustres contemporains, Charles-Quint et François Ier, entre lesquels, soit hasard, soit calcul, il maintient toujours un équilibre salutaire. Après lui les Turcs déclinent avec Sélim II dont la marine fut anéantie à Lépante. A ce momentlà, Pie V était assis sur le trône de saint Pierre qu'il honorait par sa science et par ses vertus. Pour repousser Sélim II, il s'adresse à Venise et à l'Espagne qui équipent ensemble une flotte formidable contre les Turcs. Don Juan d'Autriche, fils de Charles-Quint, la commande. Il rencontre les Turcs dans le golfe de Lépante, au milieu de la mer Ionienne, entre la Grèce et la Morée. C'était le 7 octobre 1571. Les Turcs conduits par Sélim II perdent six cents pièces de canon, deux cents navires et trente mille hommes. Le Pape reçoit du Ciel une révélation de ce triomphe et il s'écrie : « Allons rendre grâces à Dieu ! » Aussitôt toutes les basiliques de Rome retentissent de Te Deum solennels, et la fête du Rosaire est instituée en mémoire de cette journée durant laquelle les vainqueurs avaient imploré Marie, étoile de la mer, dont la bannière blanche et bleue flottait au-dessus de leurs pavillons.
Après la bataille de Lépante, la plus grande qui se fût livrée depuis celle d'Actium qui, à 25 lieues
de distance, avait, seize siècles auparavant, décidé de l'empire du monde, le pape Pie V rendit sa belle àme à Dieu en disant durant se> longues souffrances : « Seigneur, augmentez mes tourments et ma patience ! »
Enfin le croissant reculait devant la croix.
Encore une défaite comme celle de Lépante, et la puissance musulmane était anéantie.
Voici Sobieski qui abat les Turcs devant Vienne en 1683. La prise de Candie par les Turcs que commandait Achmet, grand-vizir du sultan Mahomet IV, désolait la chrétienté. Les Vénitiens étaient obligés d'abandonner cette île de Crète qu'ils possédaient depuis près de cinq cents ans. Le pape Clément IX mourait de douleur à la nouvelle de cette défaite en 1669. Mais voici venir le jour d'une éclatante revanche. Mahomet IV règne encore ; il dit avec insolence : « Bientôt mon cheval ira manger l'avoine sur l'autel de Saint-Pierre de Rome. » Il dit, et son vizir Kara-Moustapha, successeur d'Achmet, se met en marche contre l'Autriche en avril 1683. Le pape Innocent XI ordonne des prières publiques ; il prie lui-même, il veille, il agit. Il envoie cent mille écus à l'empereur Léopold Ier, cent mille écus au roi de Pologne Jean Sobieski dont la valeur a deux fois déjà sauvé son royaume.
Le Pape fait aussi appel à la France chrétienne. Mais la raison politique l'emporte sur la raison re-
ligieuse. Louis XIV ne bouge pas. La France, toute glorieuse qu'elle est, commence à manquer à sa vocation. Cela lui portera malheur.
Cependant les Turcs victorieux des Autrichiens allaient s'emparer de Vienne qui, depuis quarantecinq jours, avait subi dix-huit assauts. Les flammes dévoraient couvents et églises ; les faubourgs incendiés formaient une ceinture de feu à la ville désespérée. Tout était perdu. Non. Le grand Sobieski approchait à la tête de vingt mille soldats, braves et religieux comme lui.
C'était le 12 septembre 1683. Le nonce du Pape célébra la messe que le roi servit les bras en croix; puis il arma son jeune fils chevalier au pied de l'autel.
Le soleil levant vit les prières du chrétien, le soleil couchant vit la victoire du héros.
Sobieski fit présent au Pape des drapeaux pris à l'ennemi avec ces mots célèbres : « Je suis venu, j'ai vu, Dieu a vaincu ! » Jules César, oubliant le ciel, avait dit : « J'ai vaincu! » Mais le César appartenait aux gloires de Rome païenne, et Sobieski aux gloires de Rome chrétienne!
C'en était fait de la puissance musulmane. Après dix siècles elle était épuisée. Et l'Eglise plus jeune et plus vivante que jamais inaugurait sur les ruines de l'Islamisme de nouvelles et impérissables destinées!
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SEPTIÈME CONFÉRENCE
L'Église et Charlemagne
Messieurs,
Nous avons vu l'Eglise en face des Barbares, puis en face des Musulmans, et, devançant la suite des temps, nous avons étudié les croisades et assisté à l'apogée et à la décadence de l'Islamisme. Revenons aujourd'hui en arrière, et reprenons l'histoire des combats de l'Eglise à Charlemagne,
Charlemagne, un homme providentiel, grand par les armes, par le génie et par la foi, choisi de Dieu pour relier dans l'unité les nations à peine formées de la nouvelle Europe. Ce prince, dont la grandeur semble avoir pénétré le nom, mit à son apogée la gloire de la monarchie franque et fut avec Pépin le vrai fondateur de la souveraineté pontilîcale. Une triple gloire brille au front de Charlemagne et étincelle à toutes les pages de sa vie : la gloire de l'épée, la gloirp des lettres, la gloire de la foi.
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