III. Charlemagne est grand par les œuvres de sa foi
Toute sa vie pourrait se résumer en ceci : propager l'Evangile et défendre l'Eglise. Il a été d'abord le missionnaire de l'Évangile. Que veut-il quand il porte ses armes en Italie, en Espagne, en Allemagne, que veut-il sinon réduire à l'impuissance les ennemis du Christ et les convertir ? Il est le serviteur de l'idée chrétienne. Vainqueur des Saxons, il leur donne des prêtres et il institue au milieu des provinces conquises huit évêchés. Il fait la même chose en Hongrie. Partout où il porte ses armes victorieuses, ses conquêtes deviennent celles du Christianisme. Le roi franc était un homme intelligent autant que brave, et il ne comprenait pas que l'on pût essayer de civiliser un peuple sans lui donner une croyance et un culte. Et à l'intérieur
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de son immense empire que fait-il encore sinon implanter, accréditer l'Evangile par ses célèbres capitulaires qui ont surtout pour but la célébration des dimanches, l'expulsion des vices, la réformation des abus et la sanctification du corps sacerdotal? Saluez, Messieurs, en Charlemagne l'œuvre religieuse et apostolique plus haute que les expéditions militaires et que la culture intellectuelle. Saluez le millionnaire de l'Evangile.
Et parce que le sort de l'Evangile a été confié ici-bas à la garde de Pierre et de ses successeurs, saluez en Charlemagne le défenseur de la Papauté. Par Clovis nous avions vaincu l'arianisme. Par Charles-Martel nous avions repoussé le Mahoniétisme. Par Charlemagne nous avons donné un trône au pontificat et assuré l'indépendance territoriale de la Papauté. Déjà Pépin le Bref avait commencé cette œuvre. Charlemagne l'achève. Il repousse les Lombards, et, plaçant sa large épée sur la Ville Eternelle, il dit : « Ce point n'est plus à l'homme, il est à Dieu, il est à l'Eglise, il est au Pape! » Désormais le Souverain Pontife prend une place incontestée parmi les ressorts du monde. Le Pape ne sera plus ni sujet indépendant par le martyre, ni seigneur équivoque par l'ascendant niorr1, ni tuteur du peuple par la nécessité. Il devient souverain d'un territoire assez grand pour la liberté, trop petit pour la domination. Et certes vous trouverez difficilement dans l'histoire un jour plus grand que
celui où le vainqueur des Sarrasins, des Saxons et des Lombards, à genoux sur les marches de Saint- Pierre de Rome, Le diadème en tête et la main sur l'Evangile, prononça, aux pied- du pape Léon III qui venait de le couronner Empereur, le serment suivant : « Au nom du Christ, devant Dieu et le bienheureux Pierre, je jure et promets que je serai le protecteur et le défenseur de la sainte Église romaine, et que je l'aiderai de mon bras, autant que je le saurai et le pourrai ! » C'était le 25 décembre 800. A cette date unique dans l'histoire, la chrétienté est définitivement fondée.
Saluezdans Charlemagne l'union sincère etféconde de l'Eglise et de l'Etat, de la puissance spirituelle et du pouvoir temporel, du sacerdoce et de l'Empire. D'un coté, le pape Léon III accompagné des évèques, des prêtres et des seigneurs romains et francs, pose sur la tète inclinée du monarque une couronne d'or et de pierreries. Il lui donne l'onction sainte, ainsi qu'au prince Louis son fils. Il le proclame Empereur d'Occident, et l'on peut dire qu'il rend à son défenseur plus encore qu'il n'a reçu. Car tout l'Occident ratifia l'œuvre du Souverain Pontife et reconnut Charlemagne pour son ehef suprême. Les Empereurs d'Orient, loin de contester, entrèrent en négociations avec le nouvel élu. On vit même le calife de Bagdad, Haroun-al-Piaschid, solliciter l'amitié de Charlemagne et lui envoyer les clefs du Saint-Sépulcre. C'est le premier titre de
protectorat séculaire de la France sur les Lieux Saints. Et en même temps que le Pape dresse à Charlemagne le piédestal qui l'élève au sommet de l'Europe et du monde, de son côté l'empereur Charlemagne comprend la grandeur de son rôle et en accepte les devoirs et les responsabilités. Il mit dans la main désarmée du Pape sa main puissante et loyale, et il dit : « Que la chaire de Rome soit notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. » Il n'était point de ceux qui veulent séparer l'Eglise de l'État; il ne croyait pas que le cléricalisme fût l'ennemi; il pensait, au contraire, que l'union fait la force et que la paix vaut mieux que la guerre. Et les splendeurs de son règne montrent suffisamment qu'il avait raison, et que l'alliance du sacerdoce et de l'Empire contribue à la grandeur des nations, au bonheur des peuples, non moins qu'à l'autorité des Pontifes et des Souverains. Ainsi fut constituée l'Europe chrétienne avec le Pape et l'Empereur, ces deux moitiés de Dieu. Le Pape était au faite de la hiérarchie sociale ; il nommait l'Empereur et le sacrait ; il l'associait à son œuvre et en faisait en quelque sorte l'Evèque du dehors. L'Empereur acceptait et faisait siennes les lois de l'Église. Et cet accord des deux puissances procurait également le respect de l'Église et de l'État, le maintien et l'exécution des lois, le bien commun des peuples et de la société. Après la mort de son ami le pape Adrien, Charlemagne écrivait ces ton-
chantes paroles : « Je pleure sur toi, ô Père bienaimé ! Je veux unir sur ta tombe nos noms et nos titres : Charles et Adrien, moi le Roi, toi le Père ! » Depuis Charlemagne, Messieurs, nous avons changé tout cela. Y avons-nous beaucoup gagné ? Je me permets d'en douter.
— Gharlemagne allait mourir. Il se fit administrer le saint viatique par Hildebold, archevêque de Cologne. Puis, faisant le signe de la croix sur son front royal, il dit : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. » Et il expira paisiblement le 28 janvier de l'année 814. Il fut enterré à Aix-la- Chapelle. Il est donné à bien peu d'hommes d'avoir une vie aussi mouvementée et aussi glorieuse que celle de Gharlemagne. Mais je vous souhaite à tous et j'ambitionne pour moi-même une mort aussi sereine et aussi chrétienne. La vie, Messieurs, se reflète dans la mort. Vivons pour Dieu, et notre mort sera le soir d'un beau jour et l'aurore d'un printemps éternel!
Amen l
HUITIEME CONFERENCE
L'Église et le schisme grec
Messieurs,
L'Eglise après trois siècles de persécution avait rencontré sur son chemin le grand Constantin. Puis les Barbares avaient envahi l'Empire romain, et après les Barbares, les Musulmans avaient saccagé l'Europe chrétienne. L'Eglise ayant fait face à un redoutable ennemi avait le droit de se reposer un peu. Elle rencontra Charlemagne, elle le sacra Empereur d'Occident, et elle s'abrita derrière celle vaillante épée, préposée à la garde de la chrétienté. Mais pendant ce temps-là que devenait l'Orient? Hélas! l'Orient était en pleine décadence : il nous faut étudier aujourd'hui les origines, la consommalion et les suites du schisme grec.