I. Les origines du schisme grec
La rupture de l'Eglise grecque avec Rome, centre
de l'unité catholique, n'a pus été un l'ait subit. Une longue préparation a amené graduellement cette catastrophe. Après les jours heureux qui entendirent les Basile et les Chrysostome, nous voyons peu à peu les ténèbres descendre sur cette contrée fameuse où Dieu avait placé le berceau de la foi.
Les Patriarches et les Empereurs de Constantinople concourent ensemble à cette œuvre néfaste. Jean le Jeûneur, évèque de Constantinople en 583, usurpe le titre de patriarche œcuménique. Quoique les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem eussent sur celui de Constantinople une antiquité incomparable, les Evoques de la ville impériale n'en prétendaient pas moins que leur siège devait jouir des mêmes privilèges que celui de l'ancienne Home et être aussi grand que lui dans les affaires ecclésiastiques, quoique ayant le second rang. Bientôt celui qui se reconnaissait comme inférieur au Pape aspira à marcher son égal. La corruption gagna les âmes amollies; l'ambition s'empara des âmes encore fortes ; l'Empereur fit briller aux yeux des prélats les avantages de l'indépendance spirituelle, tandis que les légistes du Bas-Empire développaient devant l'Empereur, avec la gravité souple qui distingue les Grecs, les théories du pouvoir absolu, et donnaient au prince lui-même l'espoir de régner bientôt sur les consciences comme sur les biens de ses sujets. Arrogantsjusqu'à l'insulte vis-à-vis du Pape,
parce que le Pape était loin et qu'il était faible, serviles jusqu'à l'abjection à l'égard de l'Empereur, parce que l'Empereur était fort et qu'il était près d'eux, ces misérables théologiens toujours en révolte contre l'autorité spirituelle, toujours en adoration devant l'autorité temporelle essayèrent dès le ixe siècle de se séparer de l'unité.
Le patriarche Pholius fut l'instrument de cette première tentative de schisme (858). Un indigne Empereur, Michel l'Ivrogne, occupait le trône, dominé par un favori astucieux et savant, mais fourbe et dissolu, qui était son oncle et s'appelait Bardas. Un très digne évêque, Ignace, était patriarche de Constantinople. Il eut la fermeté de refuser à Bardas la communion ecclésiastique ; on le chassa de son siège, et Photius y monta. « C'était, dit Fleury, le plus grand esprit et le plus savant homme de son siècle, et tout à la fois le plus parfait hypocrite, agissant en scélérat et parlant en saint. » Six jours avaient suffi pour le faire passer du rang de premier écuyer de l'Empereur à celui de premier patriarche de l'Orient. Vainement le pape Nicolas Ier proteste contre son intrusion et rétablit sur le siège de Constantinople le légitime évêque, Ignace. Photius reste le maître de la situation et excommunie le pape saint Nicolas dans un prétendu Concile dont il falsifie toutes les pièces. Sur ces entrefaites, l'Empereur Michel est détrôné
et tué par Basile qui, à peine intronisé, s'empresse de chasser Photius et de rétablir saint Ignace sur son siège patriarcal. Le huitième Concile œcuménique, convoqué par le pape Adrien II, se réunit à Constantinople et affirme solennellement la primauté de l'Eglise romaine, et condamne le schisme de Photius. Tout va rentrer dans l'ordre. Non. Sept ans après, à la mort de saint Ignace, Photius redevient puissant à la Cour et de sa propre autorité se réinstalle sur le siège patriarcal. Par amour de la paix, le pape Jean VIII veut bien ratifier son élévation. C'en est fait de l'Eglise d'Orient. Photius recommence ses ruses et ses envahissements. Il corrompt les légats du Saint-Siège, falsifie les lettres pontificales, réunit sous sa propre présidence un conciliabule vendu, et enfin, quand Rome l'a de nouveau condamné, il rompt ouvertement avec Rome, et, bientôt chassé de son siège par un nouvel Empereur, Léon le Philosophe, il s'en va mourir dans le monastère où il avait été exilé en Arménie (891). Le schisme grec est commencé. Voyons-le se consommer.