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III. Les suites du schisme grec

1° A Constantin ople sous la main du sultan. L'Eglise grecque avait préféré le turban à la tiare. Elle fut exaucée. Les successeurs de Mahomet donnèrent la houlette aux patriarches de Gonstantinople. 0 infamie ! ô dérision ! Pauvre Eglise grecque, tu as tout perdu : ta puissance, tes génies, tes saints! Elle était peuplée de monastères florissants, et elle est devenue stérile; elle respirait le parfum des vierges, et elle exhale l'odeur de la corruption; elle a connu la liberté des enfants de Dieu, et elle souffre tous les outrages Hp la plus dure servitude.

comrats de l'église. — 16

Pauvre en idées, plus pauvre encore en hommes, elle n'a plus que de muettes traditions ; son passé la condamne, son présent la déshonore, et le regard chrétien qui cherche à pénétrer l'avenir se demande ce que deviendra la croix sur ces ruines pendantes, cette croix démantelée qui s'indigne à peine d'être protégée par les dernières ombres d'un turban avili!... Certes, il était moins difficile d'obéir au successeur de Pierre qu'à un César de Bas-Empire, surtout qu'à un sultan ! Et le schisme oriental plie la tète sous cette domination ! (Juand les pontifes de l'Eglise grecque ne peuvent point s'entendre sur le dogme ou la discipline, le sultan quitte un instant son sérail pour venir leur expliquer l'Evangile et les mettre d'accord. Et si le sultan est trop occupé, il charge un pacha d'en connaître, lequel dirime souvent les débats chrétiens selon les principes mahométans : témoin la querelle des Grecs et des Arméniens touchant la coutume de mêler de l'eau au vin du sacrifice : le Turc, appelé à la vider, déclara que le vin était un breuvage impur condamné par le Coran et que les deux parties devaient simplement prendre de l'eau pour consacrer. Chose lamentable ! la succession de saint Chrysostome est échue à des renégats dégénérés, et les descendants des pontifes qui faisaient autrefois trembler les Empereurs rampent aux pieds d'un pacha turc! En se séparant de Rome, l'Orient a tout perdu. Et maintenant, remontons un peu vers le nord et contem-

pions sur un autre théâtre les suites du schisme grec.

2° A Moscou sous la main du Czar. — Les Russes furent convertis à la foi chrétienne en 987 sous le duc Wladimir, païen farouche et sanguinaire, adouci et converti par sa femme, la pieuse Anne, sœur de l'empereur grec Basile. Les idoles furent détruites; toute la nation demanda le baptême; conduits à la foi chrétienne par des prêtres grecs, les Russes demeurèrent d'abord unis à l'Eglise romaine. L'Église russe est fille de l'Eglise d'Orient, mais son berceau fut uni à la chaire de Pierre, et les bénédictions des Papes protégèrent les jours de sa jeunesse. Elle a eu ses saints et ses martyrs, et elle porta longtemps à juste titre la qualité d'orthodoxe. Là fut baptisée sainte Olga; là prêcha saint Wladimir; ce fut en Russie que les légats, envoyés à Constantmople pour déposer le patriarche Michel Cérulaire, trouvèrent un sûr asile contre leurs persécuteurs; quand le Concile de Florence décréta l'union des Églises grecque et latine, Isidore, métropolitain de Moscou, souscrivit les actes du Concile et garda jusqu'à la fin de sa vie obéissance et fidélité au Saint-Sièue.

Mais, à mesure que la Russie s'agrandit, les Czars conçoivent le dessein de mettre sous le joug les consciences de leurs sujets. Ils se détachent d'abord de la tutelle de l'Eglise grecque et obtiennent à Moscou

l'érection d'un patriarcat, soumis à celui de Constantinople. Ce faible lien ne tarde pas à se rompre en 1660. Lechefde l'Eglise grecque abandonne tous ses droits sur la Russie, et le patriarche de Moscou, élu par son clergé, ne relève plus que de lui-même. Dès lors les pouvoirs religieux sont réunis au pied du trône entre les mains d'un seul homme. En 1702, le onzième patriarche étant mort, le Gzar refuse de lui donner un successeur. Ce Czar était Pierre le Grand. Il remplit la vacance, prend une foule de dispositions, porte des règlements sur les affaires ecclésiastiques, et après vingt ans d'intérim, quand le clergé russe, commençant à sentir la servitude, redemande l'institution du patriarcat, il se lève, se frappe la poitrine et dit d'une voix menaçante : « Voici le patriarche! » 11 fonde une Eglise nationale ne relevant que de l'autorité impériale. Il abolit le patriarcat de Moscou, lui substitue un comité ecclésiastique sous le nom de Saint-Synode et s'attribue la suprême autorité religieuse après avoir donné à la Russie une liturgie dans la langue nationale. Ce fut l'Église russe orthodoxe.

Et là, dans l'Eglise schismatique russe, c'est la servitude qui règne en maîtresse. Les Evêques obéissent à l'Empereur. Le sacerdoce est vénal. Les sacrements sont avilis. Le célibat ecclésiastique n'existe plus. L'esprit apostolique est absent. Tout obéit à une épée, dont la poignée est à Saint-Pétersbourg, et dont la pointe va jusqu'au Bosphore. Voilà

le schisme grec dans ses conséquences les plus visibles et les plus tangibles à Gonstantinople et à Saint-Pétersbourg. Voilà ce que devient un peuple quand il se sépare du centre de l'unité, de l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises.

Amen!

NEUVIÈME CONFÉRENCE

L'Église et les Empereurs d'Allemagne

1° GRÉGOIRE VII (1073 à 1085)

Messieurs,

Lorsque sur l'Océan passe un navire aux larges bords, avec ses ponts, ses mâts, ses cordages, ses drapeaux aux couleurs nationales, son équipage et ses trésors, la vie se communique aux flots paisibles ; ils portent tout un monde voyageur plein d'espérance et d'avenir. Mais, si l'orage s'élève, agite la mer, creuse sous les flots un abîme, le beau navire s'enfonce et disparaît sous les vagues écumantes ; il ne reste rien de son sillage lumineux ; tout est perdu, tout est englouti, et les ondes poussent les ondes. Ainsi du passage de Charlemagne. Il meurt et du débris de son vaste empire se forment trois royaumes : la France, l'Allemagne et l'Italie. Pendant que l'Orient tombe dans le schisme de Photius et marche à une ruine totale sous la pression des musulmans, en Occident tout décline. La Papauté elle-

même est en proie aux factions qui agitent l'Italie, et pour la première fois nous voyons apparaître sur la scène du monde l'Allemagne avec ses ambitions démesurées. La lutte s'engage et elle va durer trois siècles entre le sacerdoce et l'Empire, entre le Pape et les Empereurs d'Allemagne. Nous sommes au xie siècle, et trois noms résument les combats dr> l'Eglise à cette époque : Othon, Grégoire VII et Henri IV.

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