‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 52 sur 133 · I. Othon · texte numérisé non relu

I. Othon

Le ixe et le xe siècle ont été des époques de décadence. Le xie siècle est une époque de relèvement et de résurrection. De grands Papes siègent sur le trône de saint Pierre : Sylvestre II, un français, un savant, un saint, saint Léon IX, Grégoire VII, Urbain II. En France, la race des Carlo vingiens s'éteint dans l'impuissance, et les Capétiens arrivent au pouvoir. En Espagne le roi Ferdinand lutte contre les musulmans avec le héros Rodrigue surnommé le Cid. En Angleterre, Guillaume le Conquérant posait un pied vainqueur sur le rivage en s'écriant : « Terre, tu m'appartiens! » Puis, sous les plis belliqueux de l'étendard donné par le pape Alexandre II, les Normands en prières s'élançaient sur le champ de bataille ; la plaine d'Hastings buvait

le sang des Saxons, et le roi Harold, tombé dans la mêlée, était enterré en face de cet Océan dont il semblait garderies côtes périlleuses. En Allemagne, la dynastie des Othon illustrait la nation et préparait à la Germanie de glorieuses destinées.

Le pape Jean XII en proie aux factions qui se disputaient l'Italie appelle à son secours Othon, depuis surnommé le Grand, qui avait donné déjà des gages à la chrétienté par ses victoires sur les Barbares et par son zèle à procurer leur conversion. Othon marche triomphalement à travers l'Allemagne et l'Italie qu'il réunit sous la puissance de son sceptre. La péninsule avait trouvé un chef. Le Pape ressuscite en sa faveur l'empire d'Occident et il le couronne solennellement Empereur, le 13 février 962. L'Empire d'Occident ainsi rétabli en faveur de l'Allemagne prit le nom de Saint-Empire romain. Il devait être le protecteur de la Sainte Eglise. Othon avait juré de ne rien entreprendre contre la souveraineté pontificale, et de n'exercer aucune juridiction dans le gouvernement des Etats du Saint-Siège que s'il en était requis par le Pape. Hélas! il manqua bientôt de parole. Ses successeurs héritèrent de son trône et aussi de son ambition, et la plus grande lutte que la Papauté eut à soutenir va lui venir précisément de cet Empire qu'elle-même a fondé.

Un grand problème se pose qui renferme à lui seul toutes les destinées de l'Europe et du monde. L'Eglise sera-t-elle vassale de cet Empire allemand

qu'elle vient de ressusciter et qui veut l'opprimer sous le joug de la puissance séculière? Ou bien, en résistant à la tyrannie des Empereurs, en maintenant son iridépendance temporelle, conservera-t-elle sa pleine et entière liberté dans l'exercice de son pouvoir spirituel? C'était une question de vie ou de mort. Car, si la puissance séculière venait à triompher dans son œuvre d'asservissement, c'était la ruine du Christianisme. Si, au contraire, l'Eglise demeurait maîtresse dans son domaine, c'était tout à la fois la sécurité des trônes, le bonheur des peuples, la liberté du bien, en un mot le maintien et la prospérité de la Religion. L'heure était solennelle. Dieu suscita

Page 1