‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 53 sur 133 · II. Grégoire VIL · texte numérisé non relu

II. Grégoire VIL

Vous en avez entendu dire beaucoup de mal. J'ai l'intention de vous en dire beaucoup de bien. Laissezmoi l'évoquer du fond de sa gloire éteinte et vous le montrer tel qu'il fut.

Son origine est bien modeste. L'Eglise, cette belle démocratie, ne craint pas d'aller chercher ses élus dans les plus basses vallées de la société. Elle ne demande pas à ses ministres s'ils sont nés dans une boutique ou dans un palais. Pourvu qu'ils soient dignes de leur mission et capables de la remplir, elle les prend par la main et leur confie

les plus hautes fonctions. Le moine Hildebrand est né dans l'humble boutique d'un charpentieràSoano, village de Toscane, et dès sa plus tendre enfance il annonce ce qu'il doit être et faire un jour. Il joue avec des morceaux de bois, et de sa main inconsciente il en forme le texte d'un psaume de David qui présage sa destinée : « Il dominera d'une mer à l'autre et jusqu'aux extrémités de la terre. >> Son berceau est plein de promesses.

Et la préparation de son avenir est providentielle. Les grands hommes ne s'improvisent pas. Leur puissance est en raison directe de leur préparation. Tïildebrand accomplit sous cinq Pontifes successifs les missions délicates d'archidiacre, de chancelier et de légat. Durant vingt ans il est l'ami de la Papauté. Il est le conseiller des Papes et le précepteur des rois. Enfin, le 22 août 1073, il monte sur le trône pontifical. Messieurs, le grand danger des hommes qui arrivent au pouvoir, soit dans l'Eglise, soit dans l'État, c'est la difficulté qu'ils ont de voir le mal pour le guérir. D'un côté, ils sont tentés de croire que tout va bien, ce qui les dispense du travail, des innovations et des initiatives laborieuses. D'un autre côté, ils sont généralement entourés d'un respect servile et mal entendu qui empêche la vérité de venir jusqu'à eux. Que font les hommes de gouvernement, ceux qui sont vraiment à la hauteur de leur rôle? Ils regardent virilement la situation, et ils la regardent par eux-mêmes Ainsi fait Grégoire VII,

LES COMBATS DE L'ÉGLISE AU MOYEN AGE 2ol

dès qu'il a reçu la tiare, ce lourd fardeau qui est en même temps une gloire et une meurtrissure pour les fronts qui le portent.

Il regarde, et il voit le double mal qui ronge l'Eglise et la société. A cette vue sa grande ànie est pri-e d'une indicible douleur. « Ma vie, s'écrie-t-il, n'est qu'une agonie continuelle! » Mais, dominant la situation de la hauteur de son génie et de l'austérité de ses vertus, il se relève et il se met à l'œuvre. Mauvais prêtres et mauvais princes se dressent contre lui. Il tient tête à l'orage.

D'abord il travaille à la sanctification du clergé. Aujourd'hui, Messieurs, quand vous regardez le monde, vous pouvez vous plaindre de bien des choses, et quelquefois, saisis parle découragement, on vous entend dire : « Tout va mal ! Décidément le monde est malade ! » C'est vrai. Mais pourtant, au milieu de cette société qui se décompose ou se transforme, est-ce que le clergé par son niveau intellectuel et moral ne vous semble pas à la hauteur de son rôle? Dans l'ensemble, est-ce que les Papes, les Evêques et les prêtres, est-ce que les Ordres religieux de ce siècle ne vous présentent pas une physionomie digne de respect et de confiance? Votre clergé contemporain est intact. Au xie siècle le clergé était atteint, il était malade, il avait besoin d'une réforme, et Grégoire VII entreprit et mena à bonne fin cette réforme. C'est son premier titre de gloire.

Il fit plus. Les désordres du clergé venaient principalement de son asservissement à la puissance civile. Grégoire VII va à la racine du mal, et il soutient des luttes homériques pour l'affranchissement de l'Eglise. Presque partout en Occident, mais en Allemagne surtout, les souverains s'arrogeaient le droit de nommer aux évêchés et aux abbayes, ils donnaient à des prélats de leur choix l'investiture par la crosse et l'anneau, et, en se servant de ces deux signes religieux, la crosse et l'anneau, pour l'investiture, ils avaient l'air de conférer eux-mêmes le titre et la juridiction spirituelle. Par là les chefs de l'Eglise devenaient les obligés, les créatures, les valets du chef de l'Etat. C'était l'asservissement, donc la ruine du clergé, car on peut tout exiger d'un esclave, tout, même ce qui va contre la conscience. Grégoire VII voit le mal, et dans un concile assemblé à Rome il défend à tout prélat de recevoir l'investiture de la main d'un laïque. Aussitôt une tempête formidable se lève et mugit contre le Pontife.

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