I. Le Pape Alexandre III et Frédéric-Barberousse
Frédéric-Barberousse personnifie parfaitement le
combats db l'église. — 4"
césarisme allemand. Il parle plutôt comme Attila que comme un empereur chrétien, et il agit comme il parle. Il est la terreur des grands vassaux d'Allemagne et d'Italie; il prend les villes parla famine ; il impose son joug aux évoques comme aux laïques, aux riches comme aux pauvres ; il s'adjuge duchés, comtés, marquisats, consulats, les monnaies, les impôts, les moulins, les pèches, les ports, les fleuves, enfin tout ce qu'on appelait alors les droits régaliens. Ce n'est pas un roi, c'est un brigand couronné. Du haut de ses tours et de ses donjons crénelés, il personnifie, au cœur de la vieille Allemagne, le despote du moyen âge. Toute la suzeraineté féodale résidait en lui et il rêvait la domination universelle.
Rome était un obstacle à l'exécution de son dessein. Il résolut de porter contre Rome les premiers coups. Adrien IV, anglais d'origine, était alors assis sur le trône de saint Pierre. Frédéric-Rarberousse fut vaincu par la fermeté d'Adrien IV : on vit le superbe monarque tenir l'étrier du Pape pour monter à cheval et marcher dans cette humble attitude, l'espace d'un jet de pierre, selon l'usage du temps, hommage de respect filial que les Othon et les Charlemagne n'avaient pas refusé au successeur de l'Apôtre. Mais Adrien IV ne vécut que cinq ans sous la tiare. Et bientôt débarrassé de ce puissant rival, Frédéric-Barberousse se remit à l'exécution de ses rêves despotiques.
Il se fait proclamera la diète de Rocaglia l'unique dominateur du monde, et à la place d'Adrien IV il fait nommer un antipape Victor IV. Le pape légitimement élu, Alexandre III, est contraint de s'exiler. Il fuit, mais en véritable triomphateur. La France lui ouvre ses portes; il y entre au bruit des cloches émues, et l'on voit, touchant spectacle ! les rois de France et d'Angleterre tenir humblement la bride du cheval qui le porte en exil. Ce fut durant ce voyage qu'Alexandre III posa les fondements de Notre-Dame de Paris.
Le Pontife exilé intéresse à sa cause la France, l'Angleterre et l'Espagne et provoque en Italie la ligue des villes Lombardes contre la domination allemande. Cependant Frédéric-Barberousse s'empare de Rome, brûle la basilique des saints apôtres, assiège Alexandrie et se fait battre à Lignano. Obligé de fuir en Bourgogne, il envoya demander la paix et l'obtint parle traité de Venise. L'Empereur reconnaissait ses torts envers l'Église, tenait Alexandre III pour le Pape légitime et renonçait après quinze ans de lutte à la possession des biens que la comtesse Mathilde avait légués au Saint-Siège. Rome avait encore une fois reconquis son indépendance, et l'Italie sa liberté. Frédéric- Barberousse abjurant ses erreurs, jetant son manteau royal aux genoux d'Alexandre III, se prosternant dans la poussière et baisant les pieds du successeur de saint Pierre, c'était le triomphe du droit
sur la force, l'exaltation de la Papauté, l'affranchissement du sacerdoce.
Alexandre III avait vaincu le plus terrible des empereurs d'Allemagne, trois antipapes, les schismes, les armées. L'Italie l'avait proclamé le défenseur de ses libertés, et les Lombards avaient élevé, pour leur servir de rempart, une ville nommée Alexandrie, du nom de leur protecteur. Venise, sa fille bien-aimée, qui avait partagé ses périls et pris part à ses triomphes, reçut des marques de sa faveur paternelle; la fête célèbre du mariage du Doge avec l'Adriatique date de ce Pontife, qui donna lui-même et bénit l'anneau d'or jeté à la mer par ce magistrat. Sur son passage, les trompettes d'argent résonnent; le parasol soyeux se déploie sur sa tête ; les coussins de velours et les cierges blancs sont portés devant lui, et la foule applaudit à cette cérémonie annuelle.
Cependant Alexandre III n'affirma pas sa puissance seulement en Italie et en Allemagne. Voyonsle sur un autre théâtre.