‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 58 sur 133 · II. Son action est universelle · texte numérisé non relu

II. Son action est universelle

Il jette un coup d'œil d'aigle sur le monde, el son génie dominateur entre aussitôt en activité.

L'Orient est en proie aux fureurs et aux victoires des musulmans. Il fait appel à la chrétienté, et il lance la quatrième croisade.

En Espagne, les rois d'Aragon, de Castille et de Navarre tantôt violent les lois sacrées du mariage,

et tantôt font alliance avec les infidèles. Innocent III ramène au devoir tous ces souverains, les ligue contre les musulmans, et, guidés par le Papp. les Espagnols remportent sur les Maures la célèbre victoire de Tolosa qui frappe d'un coup terrible la puissance musulmane.

Le roi d'Angleterre. Jean sans Terre, déshonore le trône par ses débauches et fait peser sur les Eglises sa détestable tyrannie. Innocent III jette l'interdit sur le royaume, excommunie le prince, délie ses sujets du serment de fidélité et prononce sa déposition. Les Anglais demandent un autre prince et choisissent Louis, fils de Philippe-Auguste. C'est alors qu'est livrée la fameuse bataille de Bouvines, où furent écrasés, entre tous, Jean sans Terre et Othon IV... bataille mémorable qui prouva, aux yeux de l'Europe, que le roi de France savait vaincre ses ennemis comme il avait su vaincre son propre cœur.

Philippe-Auguste, roi de France, avait épousé Agnès de Méranie, du vivant d'Ingeburge sa légitime épouse. Innocent III avertit, conjure, menace, et finalement excommunie le monarque et jette l'interdit sur son royaume. Philippe-Auguste s'incline, et rappelle Ingeburge. Que dites-vous, Messieurs, de cette intrépidité de l'Eglise défendant la sainteté du mariage contre la passion toute-puissante des princes? Est-ce que ce n'est pas beau? L'Eglise n'a pas deux poids et deux mesures. Elle

n'a qu'un seul et même Evangile, et elle le fait peser sur toutes les têtes, sur la tète des peuples et sur la tête des rois. Le Pape parle, et Philippe-Auguste ne le fléchirait pas même au prix d'une croisade ; il faut reprendre Ingehurge ; il faut renvoyer Agnès de Méranie. Quand les luttes du sacerdoce et de l'Empire, entreprises avec tant de courage, soutenues avec tant de persévérance, terminées avec tant d'honneur, n'auraient eu que ce résultat de sauver le contrat du madage, de faire prévaloir la loi divine sur les passions de l'homme, de venger l'honneur du droit contre les brutalités de la force, est-ce que déjà ce ne serait pas magnilique? Est-ce qu'il n'y a pas là de quoi admirer et bénir les grands Papes du moyen âge qui ont opposé aux licences royales une résistance héroïque? D'ailleurs Innocent III lutte pour le dogme non moins que pour la morale. Il sauve l'Evangile tout entier.

III. La répression de l'hérésie l'occupe autant que la répression du vice.

En même temps qu'il réduit Philippe-Auguste à l'obéissance, il dirige l'évangélisation et la répression des Albigeois, qui dévastaient le Midi de la France. Il leur envoie une légion d'apôtres, conduits par l'illustre saint Dominique, et ces hommes apostoliques combattent l'erreur avec les seules

armes de la parole, de la charité et de la prière. Oui, dites-vous, Innocent III a envoyé des apôtres aux Albigeois pour les convertir par la persuasion. Mais ne leur a-t-il pas envoyé aussi des armées pour les dompter par la force? C'est vrai. J'ai lu comme vous dans l'histoire que soixante mille hommes se réunirent sous la conduite de Simon de Montfort, ardent catholique et vaillant capitaine, qu'ils remportèrent sur les Albigeois la célèbre victoire de Muret, et qu'il y eut de part et d'autre des excès et des représailles que rien ne peut justifier. Mais : 1° ces excès et ces représailles, qui, hélas! accompagnent presque toujours les guerres civiles, Innocent III les a blâmés; et 2° les catholiques marchant à la bataille contre les bandes albigeoises étaient dans le cas de légitime défense. Les Albigeois étaient à la fois des hérétiques et des anarchistes; en même temps qu'ils attaquaient le dogme, ils bouleversaient la société et portaient partout la désolation et la ruine. Eh bien, si vous, hommes raisonnables et pacifiques de ce siècle, vous avez le droit de vous défendre contre les ennemis de la société, pourquoi vos pères du xue et du xme siècle n'auraient-ils pas eu le droit de se défendre contre les Albigeois, qui étaient les anarchistes de ce temps-là? Voyons, honnêtes gens, si des dynamiteurs veulent faire sauter vos maisons, vous trouvez bon que la loi et la police vous protègent, et, avouez-le, si vous aviez vécu du temps

d'Innocent III, vous n'auriez pas du tout été fâchés de vous appuyer sur la Papauté pour réprimer, punir et réduire à l'impuissance les Albigeois. Messieurs, nos pères avaient leurs faiblesses et leurs vices. Mais ils avaient du moins le courage de ne pas trembler devant les méchants et de se défendre contre le mal, et ils méritent à cause de cela notre admiration et notre reconnaissance. Gloire à Innocent III qui a vu d'un œil ferme les besoins du monde et qui a employé son puissant génie à maintenir les lois sacrées de la morale et de la religion en Espagne, en Angleterre, en France, dans toute la chrétienté.

IV. Il préside le quatrième Concile de Latran en l'année 1215.

(Jue n'ai-je le temps de vous le montrer concentrant dans cette assemblée œcuménique toutes les forces du catholicisme et donnant un puissant essor à la vie chrétienne universelle? Il groupe autour de sa personne plus de cinq cents métropolitains ou évoques, huit cents abbés ou prieurs de monastères, les ambassadeurs des souverains catholiques de l'Europe. Là, on traite les affaires de l'Orient. Là, les hérésies sont condamnées. Là sont dressés des décrets disciplinaires de la plus haute importance et, en particulier, le canon relatit

à la confession annuelle et à la communion pascale. Des ignorants ou des gens de mauvaise foi ont prétendu que de ce décret du quatrième Concile de Latran date l'institution de la confession auriculaire. Vous verrez cette ridicule allégation traîner dans des romans historiques, et vraiment cela est si sot et si contraire à la vérité que je ne me sens pas le courage de m'y arrêter. Il est de toute évidence que le quatrième Concile de Latran, bien loin d'instituer la confession, la suppose existante, puisqu'il se contente d'en réglementer l'usage. Passons. Et en terminant voyons

Le triomphe définitif du Sacerdoce sur l'Empire.

Le grand danger pour l'Eglise à cette époque était en Allemagne, dans l'ambition des empereurs germaniques qui aspiraient à mettre le pouvoir spirituel sous la tutelle du pouvoir civil. Innocent III, qui gouvernait le monde avec tant de sagesse et de fermeté, ne pouvait manquer d'intervenir dans les affaires d'Allemagne. Il y intervint plus d'une fois. Peu de temps avant sa mort il donna le saint Empire à Frédéric II. Qu'était-ce que Frédéric II?

C'était le plus détestable des despotes. Il est ambitieux et immoral sans mesure, et de plus incrédule et perfide. Il trompe partout et toujours, se joueindignementdes Papes, viole tous ses serments, et, comme il l'écrit effrontément, il est musulman d'esprit et de cœur. Il a vu de près les mœurs des

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Turcs, il les convoite, et de sa gorge impériale il laisse tomber un cri qui le peint tout entier : « Ah ! Saladin est bien heureux! Il n'a pas de Pape pour l'empêcher de faire ce qu'il veut! » Messieurs, voilà pourquoi le Pape a tant d'ennemis. De sa parole il condamne les débauchés et il tlétrit les tyrans. Frédéric 11 est l'homme de la tyrannie et de la débauche. Comment voulez-vous qu'il s'entende avec la Papauté? Aussi, pendant trente ans, il lutte contre quatre Pontifes différents. Grégoire IX meurt de douleur en constatant les désordres, les exactions, les violences du césarisme allemand. Mais voici Innocent IV (1243-1254), qui va réduire l'insolent empereur. Frédéric, qui a déjà assiégé trois Papes, au château Saint-Ange, s'apprête à circonvenir et à asservir le nouveau Pontife. Mais Innocent IV s'évade, se réfugie en France, arrive à Lyon, convoque un Concile universel et dépose l'empereur avec l'assentiment unanime de toute la république chrétienne. Le coupable se débat en vain pendant cinq ans, contre les effets inévitables de la terrible sentence. Dieu le punit dans sa personne, dans ses complices, dans sa race. Son empire, que ses ancêtres possédaient depuis deux siècles, après avoir été pendant vingt-trois ans d'interrègne l'objet de toutes les ambitions, passe enfin à une autre famille, à la famille de Habsbourg qui commence l'illustre maison d'Autriche. Les royaumes et les provinces qu'il avait acquis au prix de tant de

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sang et de larmes, considérés désormais comme des successions vacantes recouvrent leur indépendance ou choisissent d'autres maîtres. L'Italie respire. Le monde est sauvé. La Papauté, victorieuse de toutes les attaques, triomphe par la seule force morale des prétentions de l'empire d'Allemagne.

Saluez, Messieurs, cette grande victoire ! Appuyée sur la foi des peuples, l'Eglise a vaincu ses plus puissants ennemis. Et ce qu'elle a fait dans le passé, pourquoi ne le ferait-elle pas dans l'avenir? « L'Eglise, disait Paul Bert. est une éternelle recommenceuse ! » Xous acceptons l'épithète. Oui, nous sommes de perpétuels recommenceurs : n'allez pas croire que le monde va échapper à l'Eglise. L'Eglise n'a pas fini son œuvre. Elle la recommence toujours. Et sous une autre forme elle retrouvera demain les victoires d'hier.

Amen!

DOUZIEME CONFERENCE

L'Église et saint Louis

Messieurs,

Après avoir assisté aux luttes du sacerdoce et de l'Empire, après avoir constaté le triomphe de la Papauté sur le césarisme allemand, revenons en France et reposons nos regards sur Louis IX, un grand roi et un grand saint. Son règne a duré presque un demi-siècle, quarante-quatre ans, de 1226 à 1270. Serviteur de l'Eglise, sergent de Dieu, comme il s'appelait lui-même, Louis IX apparaît dans Thistoire comme l'idéal de la royauté chrétienne. Étudions en lui le fils, le guerrier, le législateur, l'honnête homme et le saint.

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