‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 61 sur 133 · III. Le Législateur · texte numérisé non relu

III. Le Législateur

Il travaille à. l'unité nationale par une série de mesures qui attestent son intelligence des besoins du temps. Il apaise les guerres féodales en établissant une trêve de quarante jours entre les seigneurs belligérants, en augmentant le nombre des cas royaux dans lesquels on pouvait invoquer directement le jugement du souverain, en instituant des communes ou villes royales qui relevaient de sa couronne et augmentaient le prestige et la puissance de la royauté. Quatre-vingts seigneurs avaient droit de monnayage dans leurs domaines ; Louis IX fixe la valeur des monnaies de chacun d'eux, et fait partout donner cours à la sienne. De tout temps les Juifs ont été un danger, et le pouvoir a le droit et le devoir de protéger l'unité de la nation contre les envahissements judaïques ; d'un seul coup Louis IX fait saisir et jeter en prison 150 banquiers et négociants juifs qui prêtent de l'argent à un taux usuraire

Et en même temps qu'il affermit et protège l'unité nationale, il s'efforce d'établir partout le règne de la loi. Aux principes arbitraires delà législation féodale, il substitue le texte précis de la loi romaine avec le recueil des Pandectes de Justinien récemment découvert et aussitôt mis en vigueur dans le rovaume. 11 promulgue des ordonnances restées justement célèbres et qui renferment des lois sages et utiles contre la vénalité de la justice, l'avidité des créanciers, la contrainte par corps et les gains usuraires. Il va plus loin. Il rend personnellement la justice à ceux qui recourent à lui, tant à la porte de son palais que sous l'arbre de Vincennes. Et, les demandes étant trop nombreuses, il les fait examiner et expédier par les plus hauts personnages de sa suite. Il appelle autour de lui des légistes, et il constitue une ébauche de Parlement ou cour de justice. C'est lui qui le premier donne à la France une loi écrite et codifiée, et une magistrature qui applique la loi et la fait respecter.

Il se préoccupe des intérêts populaires. A force de parler de la question ouvrière, Messieurs, notre siècle s'imagine l'avoir inventée. Soyons modestes. Nos pères du xin* siècle y ont pensé avant nous, Louis IX institue et règle les corporations, secondé en cela par Etienne Boileau, l'intègre et vigoureux prévôt des marchands de Paris, dont le Livre des métiers renferme des prescriptions si utiles et des indications si curieuses sur la société du temps.

Oh! que je voudrais avoir le temps de vous parler de l'organisation du travail au xme siècle ; des splendides corporations avec leurs quatre classes harmonieusement étagées l'une au-dessus de l'autre, les jurés, les maîtres, les compagnons et les apprentis ; des métiers jadis si méprisés et promenant enfin au soleil leurs bannières entre les magistrats de la cité et les prêtres de la sainte Eglise! Nous reviendrons là-dessus, Messieurs. Sachez seulement pour aujourd'hui que la gloire de ce grand mouvement doit être attribuée à l'Eglise et à Louis IX.

Et que n'a pas fait ce grand roi pour les lettres et, pour les arts? Nous le voyons invitant à sa table saint Thomas d'Aquin, et encourageant les travaux de ce puissant génie, instituant les Universités pour l'instruction des classes élevées et créant des écoles gratuites pour les classes populaires. Déjà Charlemagne s'était préoccupé de l'instruction du peuple. Louis IX continua et perfectionna son œuvre, et, en homme intelligent qu'il était, il ne se contenta pas de jeter à l'enfant du peuple un peu de lecture, d'écriture et de calcul... pâture insuffisante... Il ne sépare pas la science de la religion. C'est à lui que nous devons l'hôpital des Quinze-Vingts destiné à recevoir 300 aveugles revenus de la Croisade, la Sainte-Chapelle, ce bijou de l'architecture gothique, où fut déposée la couronne d'épines rapportée de Terre Sainte, et qu'on ad-

mire encore à Paris, près du Palais de Justice, à cette époque le palais des rois, et la Sorbonne enfin qui devint le siège de la célèbre faculté de Théologie, concile perpétuel des Gaules.

En résumé, sous l'impulsion de ce grand législateur, tout marche, tout monte, tout est en progrès: l'unité nationale, la justice, les intérêts populaires, les lettres, les arts, et tous ces progrès sont vivifiés parla religion qui les inspire et les dirige. Qu'étaitce donc que Louis IX? Plus qu'un guerrier et un législateur. C'était un honnête homme et un saint.

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