‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 63 sur 133 · V. Le Saint · texte numérisé non relu

V. Le Saint

Il y en a qui disent : « Je n'ai pas de religion, mais je suis un honnête homme, et cela me suffit. » Halte là ! « Je me flatte, écrivait Racine à son iils, que, faisant votre possible pour devenir un parfait honnête homme, vous concevrez qu'on ne peut l'être, sans rendre à Dieu ce qu'on lui doit. » Les simples vertus naturelles sont nécessaires, Messieurs, mais: 1° elles renferment essentiellement les devoirs envers Dieu, et 2° elles ne sont possibles qu'avec la foi. Demandez-le au roi Louis IX. Il pratique l'honnêteté, le respect de sa parole, la véracité, la délicatesse... pourquoi? Parce qu'il est chrétien, parce qu'il est pieux, parce qu'il est saint.

Quelle vie que la sienne ! Rappelez-vous sa piété ardente, ses prières extatiques, ses longues oraisons du jour et de la nuit trempées de larmes, ses jeûnes

et ses pénitences, et l'héroïsme de sachante envers les pauvres, les vieillards, les lépreux, les pestiférés! Sa piété ne consiste pas seulement en pratiques extérieures. Elle jaillit du cœur et consiste surtout dans l'amour de Dieu et dans la sanctification intérieure de l'àme.

La sainteté de Louis IX est si vraie et si communicative, qu'elle rayonne dans son entourage, dans son peuple, dans son siècle. Jamais époque peutêtre ne fut marquée par la floraison de tant de saints. Citons auprès du roi : Marguerite de Provence, sa vertueuse épouse, morte au couvent de Sainte- Claire, qu'elle avait fondé à Paris ; sainte Isabelle de France, sœur du monarque, religieuse de Longchamps. Puis dans les autres cours royales, en Espagne, saint Ferdinand, sainte Elisabeth de Portugal; — en Pologne, sainte Cunégonde ; — en Hongrie, cette radieuse et douce Elisabeth qui remplit toute l'Allemagne du parfum de ses vertus.

Mais la sainteté de Louis IX éclate surtout dans sa mort, à Tunis. 11 se dépouilla de sa pourpre, se fit étendre sur un lit de cendres et, ajoutant à toutes les épreuves d'un soleil ardent, d'un sol embrasé et d'une peste affreuse les rigueurs volontaires de la pénitence, il expira vraiment couché sur la croix, les yeux au ciel, le cœur tourné vers son peuple, laissant déborder de ses lèvres ces pathétiques exhortations que l'histoire a recueillies, et qu'il légua à son fils comme le testament de sa grande àme et

comme le mémento de toute sa postérité. « Beau fils, la première chose que je t'enseigne, c'est que tu aimes Dieu. Puis aie le cœur doux et pitoyable pour les pauvres, pour les faibles. Maintiens les bonnes coutumes du royaume et détruis les mauvaises. Ne convoite pas le bien de ton peuple, et ne le charge pas d'impôts ni de tailles. Aie soin d'avoir en ta compagnie des gens prud'hommes et loyaux. Sois loyal et roide pour rendre la justice à tes sujets, sans tourner à droite ni à gauche ; mais aide et soutiens la querelle du pauvre jusqu'à ce que la vérité soit éclaircie... Cher Fils, n'oublie jamais le Pape dé Rome, et viens-lui en aide dans toutes ses nécessités ! »

En résumé, aucun roi ne fut plus digne que saint Louis de l'admiration des hommes. Seul de toute sa race il obtint de l'Eglise les honneurs de la canonisation.

Puissions-nous vivre et mourir comme lui !

Amen!

TREIZIÈME CONFÉRENCE

L'Église au XIVe siècle

Messieurs,

Les combats de l'Eglise au moyen Age sont gigantesques. J'ai essayé de vous en offrir un tableau succinct. Elle a lutté d'abord contre les Barbares, puis contre les Musulmans, et enfin contre les Empereurs d'Allemagne. Au xme siècle elle est à l'apogée de sa puissance et de sa splendeur, et je vous l'ai montrée inspirant notre grand roi saint Louis, et par lui, avec lui, accomplissant des merveilles. Mais pour l'Eglise comme pour l'humanité il est écrit : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton iront », et à cette nouvelle mère du genre humain, Dîéu a dit comme à la première : « Tu enfanteras dans la douleur! » Après saint Louis l'Eglise reprend donc son bâton de voyage, elle se remet en route, elle poursuit son sillon et elle y verse encore ses sueurs et ses larmes Aujourd'hui je vous invite à la contempler au xiv° siècle, et, ne pouvant pas vous raconter dans le détail cette période mouvementée,

je me contenterai de vous signaler deux faits principaux : 1° la lutte de Boniface VIII et de Philippe le Bel ; 2° le séjour des Papes à Avignon.

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