II. Le séjour des Papes à AWg-non
Le séjour des Papes à Avignon a duré soixantedouze ans. de Clément V en 1305 à Gréguire XI en 1377. C'est ce que l'on a appelé la captivité de Babylone.
Clément V, français d'origine, archevêque de Bordeaux, se fait couronner Pape à Lyon. On raconte que, le jour de cette cérémonie, une muraille du lieu saint s'écroula, blessa le roi de France, écrasa le duc de Bretagne, et renversa le Pontife, dont la
tiare tomba à terre. Présages sinistres! En effet la dignité pontificale recevait un coup terrible en ce moment qui semblait sépare? le présent du passé, le successeur de saint Pierre du tombeau de saint Pierre. La Papauté s'installe à Avignon. C'était une épreuve et un malheur pour l'Église. Car ce séjour des Papes à Avignon pendant soixante-douze ans a préparé le grand schisme d'Occident; il a fait du Pape l'homme d'une seule nation et diminué d'autant son influence sur les autres ; il a placé les Souverains Pontifes sous la main des rois dé France. Cependant cet exil de la Papauté s'explique par les nécessités sociales de l'époque. L'Italie était en feu, partagée entre les Guelfes et les Gibelins, et ces rivalités sanglantes mettaient en péril la liberté des Pontifes. A Rome, la révolution était en permanence. A Avignon, on avait la paix. D'ailleurs serait-ce à nous, Français, de nous plaindre de l'honneur que les Papes ont fait à la France en prenant chez elle l'hospitalité? Et ces Papes, français d'origine, n'ont-ils pas honoré le Saint-Siège, bien mérité de la patrie et fait bonne figure dans l'histoire? Jean XXïi fut un savant canoniste. Benoit XII protégea les études et ouvrit l'Université de Paris aux écoliers du monde entier. Clément VI fut admirable de charité dans la peste qui désola la Fiance en 1348. Innocent VI et Urbain V furent • e grands réformateurs. Tous ces Papes, légitimement élus, non seulement ont conservé intact le
dépôt de la foi, mais ont mené une vie irréprochable, et leurs œuvres fécondes honorent la France dont ils étaient les fils et l'Eglise dont ils étaient les chefs.
Pendant cette période de soixante-douze ans eurent lieu beaucoup d'événements, que je n'ai que le temps de vous indiquer : l'apparition du Dante et de Pétrarque ; l'influence extraordinaire de Nicolas Rienzi qui prend naissance dans la maison d'un porteur d'eau de Rome, et qui, en l'absence des Papes, devient le tribun et le maître absolu de la Ville Éternelle ; enfin, la condamnation des Templiers, qui est restée pour les historiens un problème impossible à résoudre... Ce qui est certain, c'est qu'ils étaient complètement déchus de leur institution primitive ; amollis par la richesse et par le luxe, ils étaient devenus une espèce de société secrète, où se retrouvaient les impiétés et les infamies des anciens gnostiques.
Veuve de la Papauté et en proie à toutes les factions, la ville de Rome réclamait ses Pontifes. Ce fut une femme, une humble religieuse, qui négocia ot détermina le retour des Papes dans la Ville Éternelle. Catherine de Sienne, à l'âge de vingt ans, a pris l'habit des Sœurs de la Pénitence de Saint Dominique. Enfermée dans le cloître, elle ne songe qu'à se mortifier et à prier. Mais le monde catholique est malade, et Dieu va se servir de Catherine pour le guérir. C'est arrivé plus d'une fois dans
l'histoire. Plus d'une fois Dieu sVst servi d'une humble vierge pour obtenir les résultats les plus grandioses. Plus d'une fois Dieu s'est servi de la lémme pour sauver l'homme. Elegitea quœnon sunt. Le pape Grégoire XI vient de succéder à Clément VI, et son désir est de rétablir la Papauté à Rome, sur son siège naturel. Mais la République de Florence s'y oppose. Grégoire XI, mettant la force au service du droit, prend à sa solde une armée de dix mille Bretons qui se répand comme un torrent dans toutes les villes de la République florentine. La Seigneurie de Florence songe à demander la paix, et c'est Catherine, l'humble vierge de Sienne, qui sert d'intermédiaire entre le troupeau et le pasteur. L'humble religieuse sort de son cloître, se rend à Avignon, et à genoux devant le Souverain Pontife : <( De la part de Jésus-Christ crucifié, lui dit-elle, je vous affirme qu'il vous faut partir le plus tôt possible. » Et sa prière, plus puissante que celle des rois, est couronnée de succès. Grégoire XI fait son entrée à Rome, au milieu d'un peuple ivre de joie qui jette des fleurs sur son passage !
Amen !
QUATORZIÈME CONFÉRENCE
L'Église au XVe siècle
Achevons aujourd'hui l'histoire des combats de l'Église au moyen âge. Dans le xve siècle qui termine le cycle du moyen âge et qui prélude aux temps modernes, trois grands faits sollicitent notre attention : le grand schisme d'Occident, la délivrance de la France par Jeanne d'Arc et la prise de Gonstantinople par les Turcs en 1453.