‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 66 sur 133 · I. Le grand schisme d'Occident de 1378 à · texte numérisé non relu

I. Le grand schisme d'Occident de 1378 à

Messieurs, à juger les choses humainement, on pouvait croire à la lin du xive siècle que l'Eglise était près de sa tombe et qu'elle allait succomber. N'était-ce pas pour elle une véritable tombe que ce séjour d'Avignon, où pendant soixante-dix ans la politique et les révolutions ont enchaîné les Papes, loin do? autels des bienheureux Apôtres, du centre

LES COMBATS DE L'ÉGLISE AU MOYEN A G F. 20e?

de la catholicité et du trône élevé par les siècles aux successeurs de saint Pierre? Puis, à la suite de cette captivité de Babylone, voici le grand schisme d'Occident qui partage la chrétienté en deux obédiences. Pendant quarante ans les ténèbres s'épaississent ; il y a un Pape à Avignon et il y en a un autre à Rome; où est le vrai Pape ? Où est l'Église? Les saints se divisent. Les Conciles discutent. Le problème terrible semble être résolu, mais de nouvelles ténèbres viennent s'y mêler et le compliquent encore. A un moment donné, il y a jusqu'à trois Papes à la fois qui se proclament légitimes et qui revendiquent la souveraine autorité. Messieurs, à mon sens, c'est la période la plus triste et la plus critique delà vie de l'Eglise. Pour éloigner de nos esprits toute tentation de scandale, faisons ici trois remarques importantes :

1° Malgré le schisme qui partageait l'Eglise, le principe de l'unité était sauf. L'Eglise était en présence de deux chefs, mais tous ne reconnaissaient qu'un seul Pape. On était divisé sur la question de personne, non sur la question de principe. Si les représentants du pouvoir suprême étaient douteux, jamais l'unité de ce pouvoir ne fut mise en question. Si la juridiction souveraine s'exerçait en double, partout la bonne foi en faisait l'unité. Et ja preuve c'est que pendant toute la durée du schisme il y a eu de grands saints dans les deux obédiences. Dans les légions soumises au Pontife

romain apparaissent en Italie le bienheureux Jean de Vicence, en Hongrie saint Jean Capistran, saint Jean Népomucène en. Bohème, sainte Véronique de Milan, sainte Catherine de Sienne, sainte Brigitte, sainte Catherine de Gênes. Dans l'obédience des Papes d'Avignon nous remarquons des savants comme Pierre d'Ailly, depuis cardinal-archevêque de Cambrai, le pieux et docte Jean Gerson, auteur présumé de Y Imitation de Jésus-Christ, saint Vincent Ferrier, le zélé prédicateur de toute l'Europe. En somme, le principe de l'unité planait sur les divisions momentanées de l'Eglise, et la bonne foi neutralisait les périls du schisme ;

2° Malgré le schisme qui partageait l'Église, la doctrine ne subissait aucune atteinte. Au milieu des compétitions les plus ardentes et des anathèmes réciproques, l'erreur doctrinale n'a jamais prévalu, le dogme n'a jamais été en danger. Les Papes de Rome et les Papes d'Avignon ont également sauvegardé les principes de la foi et de la pure morale, condamné l'hérésie, et guidé le monde dans les sentiers de la justice. Chacun s'attribuait la mission exclusive de garder l'Evangile et de l'enseigner au monde ; mais personne ne chercha à le corrompre et à l'altérer. Et cela atteste une intervention spéciale de la Providence et une action miraculeuse de Dieu sur son Eglise.

3° Le grand schisme d'Occident me semble être une des preuves les plus palpables de la divinité

de l'Eglise à travers les âges. Le péril était extrême. L'Eglise était menacée dans sa propre vie. Le schisme allait la décomposer. Or, voyez, le prodige. Sur cet écueil où toute autre société eût sombré, l'Eglise catholique n'a touché que pour reprendre avec plus d'élan son glorieux voyage à travers les siècles: car jamais l'unité de l'Eglise et de son Gouvernement n'a été plus vigoureuse et plus ferme que depuis qu'elle a été tristement mise à l'épreuve. Après quarante années d'hésitations et de complications, du milieu du Concile de Constance sort enfin le Pape Martin V, unique et légitime Pontife, qui dissipe toutes les ombres, monte sur le trône de saint Pierre, et fait voir au monde l'Eglise uniliée, ratfermie et ressuscitée.

Martin V rentre dans la Ville Eternelle, où il ne rencontre que des maisons écroulées, des temples renversés, des rues désertes, des voies impraticables, une cité toute dévorée par la famine. Il se met à l'œuvre comme prince et comme évêque, et pendant dix ans il rend à Rome sa vie, sa prospérité et sa gloire... et, quand il meurt en 1431, il emporte dans la tombe les regrets de tout son peuple qui le surnomme le père de la patrie et l'ange de la paix. Cette même année vit aussi mourir un autre ange de pacification et de victoire, Jeanne d'Arc, la gloire de la France et sa Libératrice.

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