III. Les bienfaits de la richesse de l'Église
Il y a des riches égoïstes qui se parquent dans leur opulence, qui en vivent et qui en ramassent pour eux seuls jusqu'aux dernières miettes. Telle ne fut point l'Eglise. Avec sa richesse elle a accompli des œuvres dont l'humanité tout entière a recueilli le bénéfice.
Avec son argent elle a accompli les œuvres de Dieu. Elle a construit des temples par milliers. Elle en a couvert le sol comme d'un blanc manteau. Et non seulement elle a élevé des temples, mais elle les a ornés avec une magnificence qui fait aujourd'hui encore notre admiration. Elle a jeté sur ces lemples la riche parure des verrières, des fresque?, des sculptures, des tableaux, de l'or,
de l'argent et des pierreries. Presque toutes nos belles cathédrales datent du moyen âge. Avouez, Messieurs, que de pareils chefs-d'œuvre attestent non seulement la foi et le bon goût de nos pères, mais encore une dépense extraordinaire de force et d'argent. Quand je pense qu'on a englouti plus de cinquante millions pour faire le grand opéra, c'est-àdire un monument absolument lourd et écrasé, je me demande, ce qu'a bien pu coûter la cathédrale de Chartres, ou Notre-Dame de Paris, ou la Sainte Chapelle, ces monuments d'une solidité et d'une sveltesse incomparable ! C'est l'Eglise qui a fait cela. L: Eglise était riche; mais reconnaissez qu'elle employait bien son argent.
Avec son argent elle a accompli les œuvres de la civilisation. Dans des siècles où l'on ne possédait encore ni les ressources de l'industrie, ni les relations du commerce, ni les instruments de force et de précision que la science moderne met tous les jours aux mains du travailleur, ni les moyens de s'instruire qui abondent aujourd'hui avec la presse, elle a fait dans l'ordre matériel et intellectuel des miracles qui étonnent nos bras aidés de tant de machines, et notre esprit agrandi par tant de découvertes. Elle a bâti des ponts, desséché les lacs, défriché les forêts, creusé les canaux, assaini les plaines et prodigué les leçons, les exemples et les instruments du travail agricole. Elle a cultivé presque seule les lettres, les sciences et les arts.
LES COMBATS DE L'ÉGLISE t>U .MOYEN AGE 321
Elle a copié les manuscrits. Elle a composé des livres et amassé des bibliothèques. Elle a construit des Ecoles et des Universités. En Allemagne, en France en Italie, en Espagne, en Angleterre elle a fondé les trois huitièmes des villes et des bourgs qui y fleurissent aujourd'hui. Elle a ouvert en même temps des ateliers et des écoles. En un mot l'Eglise, avec son argent, a frayé partout la route au travail, à l'industrie, au commerce; elle a répandu l'instruction ; elle a accompli magnifiquement les œuvres de la civilisation. Aujourd'hui quand on veut faire quelque chose de grand, on s'adresse à l'Etat, et l'Etat mettant la main dans la poche des contribuables leur arrache violemment l'argent dont il a besoin. Jadis l'Eglise était riche; mais, quand elle faisait des œuvres coûteuses, elle ne dépensait pas l'argent des autres, elle dépensait son propre argent.
C'est encore de cette noble façon qu'elle accomplissait les œuvres de la charité. Elle assistait les pauvres. Elle leur bâtissait des palais. D'où viennent nos hospices, nos hôtels-Dieu? C'est l'Eglise qui les a construits avec leurs vastes proportions satisfaisantes pour le goût, avec leurs cours plantées d'arbres et ornées de statues, avec leurs jardins semés de fleurs. Elle les a bâtis pour les orphelins sans nom, pour les vieillards sans famille, pour les malades sans consolation et sans secours. On les lui a pris. Mais leur origine n'est pas
contestable. Ils sont l'émanation de l'Eglise catholique. Vous avez entendu dire ou vous avez lu que l'Eglise au moyen âge ne concourait pas aux charges publiques, qu'elle possédait tout et qu'elle ne donnait rien. Repoussez énergiquement une pareille calomnie! Oui, l'Eglise a été riche. Mais, l'histoire l'affirme et les monuments du passé le proclament bien haut, avec sa richesse l'Église a couvert le monde d'immenses bienfaits.
Amen!
DIX-SEPTIEME CONFERENCE
La vie de l'Église au moyen âge
(suite)