‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 74 sur 133 · I. Au point de vue des principes · texte numérisé non relu

I. Au point de vue des principes

L'Eglise avait-elle le droit d'instituer de concert avec le pouvoir civil le tribunal de l'inquisition? Procédons par ordre.

1° L'Église n'a pas le droit d'imposer la vérité par la force. C'est évident. La foi n'entre pas dans l'àme par contrainte, mais bien par la persuasion. Mahomet a dit à ses sectateurs : « Crois ou meurs! »

Il a fait porter sa doctrine par des escadrons ; il a enfoncé le Coran dans le cœur de l'humanité à la pointe de l'épée. C'est une méthode atroce, honteuse. Ce n'est pas la méthode de l'Eglise. « Croire, dit saint Thomas, est une affaire de lihre détermination. » Et, de fait, l'Eglise a toujours protesté contre les violences des conquérants qui voulaient imposer de force la foi chrétienne. A une époque où des princes trop zélés voulaient contraindre les Juifs à recevoir le baptême, les Papes sont intervenus et ont arrêté ce zèle intempestif. « Rome seule, dit Voltaire, prit constamment les Juifs sous sa protection. » Voilà qui est clair. L'Eglise n'a pas le droit d'imposer la vérité par la force, et elle ne l'a jamais fait. Mais autre chose est d'imposer la vérité et de se défendre contre l'erreur. Ici vient se poser un second principe.

2° L'Église a le droit d'employer la force pour se défendre. Elle ne l'a pas toujours fait, mais elle l'a fait quelquefois, et en cela, elle a usé d'un droit naturel à tout homme et à toute société qui veut vivre, du droit de légitime défense. Pourquoi ne pourrait-elle pas, quand on l'attaque, appeler au secours et prier ses enfants de repousser l'ennemi et de sauver la foi? Quand les Donatistes terrorisaient l'Afrique par leurs violences, l'Eglise devaitelle donc s'abstenir de demander la protection impériale? Quand la France était menacée du joug de

Mahomet, l'Eglise devait-elle arrêter le bras de Charles-Martel? Du moment que l'Eglise a le droit de vivre, elle a le droit de se défendre. Allons plus loin, et précisons davantage.

3° V Eglise a le droit de punir, elle a le droit d'infliger des peines, même temporelles, à ses membres récalcitrants, qui sont pour leurs frères une pierre d'achoppement et un danger.

C'est encore un droit naturel. Est-ce que la société n'a pas le droit de faire des lois et de les sanctionner par des châtiments? Est-ce que cela n'est pas nécessaire au bon ordre et à la prospérité commune? De même l'Eglise, société parfaite, possède le droit de faire des lois et de donner à ses lois une sanction suffisante.

L'Eglise a le droit de punir, et à certaines époques ce droit naturel peut devenir un droit public. Par exemple : voilà une nation dans laquelle l'Evangile est reconnu comme la loi de l'Etat, dans laquelle l'unité de la foi est établie comme un principe fondamental, reconnu et accepté par tous. Au milieu de cette nation se lèvent des hommes qui déchirent l'Evangile et entament l'unité de la foi. Leur crime est un crime légal qui bouleverse à la fois l'Eglise et l'État. Ebranlées en même temps, la puissance ecclésiastique et la puissance séculière s'entendent pour arrêter, réprimer et punir un délit d'ordre public. L'Eglise dit à l'Etat : « Voilà des hérétiques

qui empoisonnent les âmes et qui bouleversent la société. Je te les signale. Tu as le glaive. Sers-toi du glaive pour arrêter l'erreur. » Et l'Etat répond : « C'est bien. J'en fais mon affaire. Tout attentat contre la foi est un attentat contre la société. Je vais y mettre ordre. » Ainsi était constitué le monde au moyen âge. Il était entendu dans ce temps-là que les hérétiques étaient non seulement des ennemis de la religion, mais des perturbateurs du repos public, et l'Eglise de concert avec l'Etat institua contre eux des châtiments destinés à les réprimer et à protéger du même coup la société civile et la société religieuse. Elle institua l'inquisition, tribunal mixte, dans lequel la puissance ecclésiastique avait mission d'indiquer les délinquants, et la puissance séculière la mission de les punir. Ici nous entrons sur le terrain des faits.

Page 1