‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 94 sur 133 · I. Les péripéties du concile de Trente · texte numérisé non relu

I. Les péripéties du concile de Trente

De concert avec l'empereur Charles-Quint, le pape Paul III convoque un concile destiné à mettre une digue au torrent déchaîné sur l'Europe par Luther et Calvin. L'ouverture en eut lieu en 1545 dans la ville de Trente, située entre l'Allemagne et l'Italie. Il dura dix-huit ans, de 1545 à 1563, sous quatre Souverains Pontifes. Réuni en 1545, interrompu en 1547, transporté de Trente à Bologne, ramené de Bologne à Trente, il venait de se réunir en 1551 lorsqu'il fallut le dissoudre à la hâte. Trente mille protestants armés marchaient sur la ville de Trente, mettant tout à feu et à sang et annonçant hautement le projet d'en finir avec l'Eglise, en exterminant les Pères du Concile.

Mais bientôt Pie IV monte sur le trône de Saint- Pierre. Il appelle auprès de lui son neveu, Charles Borromée, cardinal archevêque de Milan, et le concile de Trente va reprendre et achever son œuvre. Le Pape hésite. Il y a tant de difficultés! Les rois opposent tant d'obstacles ! Les Evêques effrayés demandent un ajournement. Charles Borromée ne se laisse point abattre. Il insiste, il presse, il supplie. De Rome, il inspire et il dirige tout. Il

désigne les présidents du concile; il envoie le programme des travaux ; il souligne les questions importantes ; il revoit et fait revoir sous ses yeux les décisions, avant de les soumettre à l'approbation du Pape. Bref, il est l'àme de l'auguste assemblée, et au bout de deux années de travaux et d'efforts son audace est couronnée de succès. Dans les affaires de l'Eglise, c'est toujours la sainteté qui a le dernier mot. Charles Borromée n'était pas seulement un grand seigneur, un docte prélat, un administrateur de haute valeur, il était un vrai saint. Il fut puissant sur le cœur de Dieu et en même temps sur la volonté des hommes. Le concile est achevé. Les Evêques s'embrassent en pleurant; les acclamations retentissent de toutes parts. C'étaient les cris de joie de l'humanité chrétienne arrachée à un des plus épouvantables périls qu'elle ait jamais courus. C'était la conclusion de cette grande œuvre de la réforme catholique, si différente de celle qu'inaugura Luther, et contre laquelle les portes de l'enfer s" acharnaient depuis dix-huit ans.

1 1 . Les travaux du conciie de Trente.

Les travaux du concile de Trente méritent notre attention et notre reconnaissance, car nous en vivons encore aujourd'hui. C'est une reconstruction monumentale de l'enseignement traditionnel et de

l'antique discipline de l'Eglise. Luther avait tout ébranlé. Le concile de Trente restaure tout.

Il restaure d'abord la doctrine par des décrets admirables de plénitude et de précision sur l'Ecriture Sainte et la tradition, sur le péché originel, sur la justification, sur les sacrements et, en particulier, sur l'Eucharistie et la messe, sur la Pénitence et rExtrème-Onction, sur l'Ordre et le Mariage, sur le Purgatoire et les Indulgences, sur le culte des Saints, sur la vénération des Reliques et des Images. Le concile de Trente ne fait pas de dogmes nouveaux; il venge les dogmes anciens, il les afiirme, les précise, et les élève au-dessus des orages de l'erreur qui a vainement essayé de les défigurer, de les amoindrir et de les renverser.

Puis le saint concile restaure en même temps la discipline par des décrets admirables de sagesse et d'opportunité, qui s'adaptent merveilleusement aux besoins des temps nouveaux et aux transformations sociales. Rien n'est oublié. Là sont arrêtées ces mesures décisives et toutes-puissantes sur la réformation du sacerdoce, l'entrée dans les saints ordres, les mœurs du clergé, la résidence des Evêques, la régénération des Ordres religieux. Là est établie la Congrégation de l'Index pour l'examen et la condamnation des mauvais livres, si funestes à la fo; et aux mœurs. Là est décrétée la revision de lu liturgie romaine, missel et bréviaire, destinée à devenir la liturgie unique de l'Eglise. Là est voté

cet incomparable décret sur la fondation des séminaires dont les évoques disaient que, n'eussent-ils fait que cela, ils se croiraient amplement dédommagés de tous leurs travaux. Les séminaires, Messieurs, c'est en effet le berceau du sacerdoce et l'espoir de la Sainte Eglise. Les séminaires, c'est le salut du clergé, et par là même le salut du catholicisme. Il y a bien des épreuves dans la vie du prêtre : un lourd poids de responsabilité; des amertumes, des déceptions quelquefois bien pénibles, et des labeurs toujours très usants. Mais lame qui a goûté une fois, dans la paix radieuse de sa jeunesse, les ineffables joies du sacerdoce, en garde à jamais un souvenir qui la protège et un parfum qui la sauve. Et dans la vie de l'Eglise aussi il y a des heures difficiles, des luttes atroces, des tempêtes qui semblent tout déraciner, des défaites après lesquelles il semble que tout est perdu. Mais non. L'Eglise regarde du côté de ses séminaires ; elle y voit une jeunesse pure, intelligente et radieuse : <( Mes iils, s'écrie-t-elle, levez-vous. Venez sur les remparts de la cité sainte. Descendez dans la mêlée, combattez les grands combats du Vrai et du Bien! » Et des séminaires sortent sans cesse de nouvelles recrues qui rajeunissent l'Eglise et qui sauvent le monde. Tels sont les séminaires. L'impiété ne les aime pas, et voudrait bien les tarir. Mais l'Eglise les a institués, et ils Vivront autant qu'elle. Nous les devons au concile de Trente. Ce seul détail

400 CONFKRENCES AUX HOMMES

vous fait toucher du doigt l'importance du saint concile.

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