‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 98 sur 133 · II. Au XVIe et au XVIF siècle l'Église évangélise l'Asie · texte numérisé non relu

II. Au XVIe et au XVIF siècle l'Église évangélise l'Asie

Cinq ans après la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, en 1497, le portugais Vasco de Gama trouve la route des Indes en doublant le cap de Bonne-Espérance... et l'Inde est à peine ouverte que François-Xavier part de Rome pour la conquérir avec les instructions du pape Paul III. Là il ressuscite toutes les merveilles des premiers âges apostoliques. Il fonde des églises et des écoles, et convertit à la foi. chrétienne des populations immenses. De l'Inde il passe au Japon, et après un apostolat de deux ans et demi, en dépit des princes et des bonzes ameutés, il en fait la conquête. Il méditait encore d'évangéliser la Chine quand il mourut à l'âge de cinquante-deux ans, après avoir baptisé plus de trois cent mille intidèles. L'Eglise du Japon fut ensuite terriblement persécutée, et au commencement du xvne siècle elle vit succomber dans d'horribles supplices deux millions de martyrs.

La Chine, de son côté, ouvrait son vaste Empire à l'Évangile. Les Jésuites en 1550 y font leur entrée. Le P. Ricci, savant distingué, émerveille la Chine par ses expériences scientifiques. L'Eglise, intelligente autant que dévouée, adapte ses missionnaires aux besoins des différents peuples qu'ils doivent évangéliser. Pour le Levant, il fallait savoir le grec,

le cophte, l'arabe, le turc, et posséder quelques connaissances en médecine. L'Amérique réclamait des naturalistes. Pour l'Inde et la Chine, il fallait des astronomes, des géographes, des mathématiciens, des mécaniciens. Le Jésuite Ricci est tout cela. C'est un savant de premier ordre. Par sa science il s'ouvre un accès à Pékin et à la cour de l'Empereur, et il donne à la religion chrétienne un tel crédit, qu'on voit les mandarins ou lettrés du Céleste Empire corriger leurs tables astronomiques au collège des Jésuites.

Et pendant que l'Eglise florissait ainsi en Chine, elle continuait ses conquêtes dans les autres parties de l'Asie, à Babylone, à Smyrne, dans la Perse. L'empereur de Perse, Akbar, plaçait solennellement une image de la Vierge dans son palais, où la fête de Noël était célébrée avec magnificence comme au Vatican, et les princes de la famille impériale recevaient le baptême, portés à l'Eglise sur des éléphants blancs et reçus par les missionnaires au son des trompettes et des cymbales.

Frappée en Europe par le Protestantisme, l'Eglise se vengeait et se consolait en Amérique et en Asie par la conversion de millions d'infidèles. Sa force d'expansion rayonnait sur le monde entier.

III. Au XVIe et au XVIIe siècle l'Église évangélise l'Afrique.

L'évangélisation de l'Afrique était particulièrement difficile. Elle était sans cesse entravée par les ardeurs du climat, par la dépravation des infidèles et par les hostilités des musulmans. Cependant là encore le catholicisme était la religion progressive et conquérante. Elle entrait avec le Portugal dans les îles du Gap Vert. Elle s'établissait à Mozambique, à Quiloa, dans l'île de France, dans l'île Bourbon, sur toute la côte orientale, à Congo, à Benguela, à Loango, sur toute la côte occidentale... et sous les ordres de la Propagande, instituée par le pape Grégoire XV, on voit les enfants de saint François, de saint Ignace, de saint Dominique et de saint Vincent de Paul recevoir chacun leur part dans ce vaste héritage à conquérir, visiter, occuper ou s'abandonner tour à tour les uns aux autres les différentes missions avec la docilité du soldat, le zèle de l'apôtre et la rapidité du conquérant.

Au xvue siècle, les Jésuites entretiennent dans l'Abyssinie une mission prospère. Le héros et l'apôtre de la terre inhospitalière du Congo est le bienheureux Pierre Claver, que son dévouement incomparable a fait surnommer 1 apôtre des Nègres. Il entreprend d'arrêter le honteux trafic que l'Espagne entretenait sous le nom de traite des es-

claves. Il préludait ainsi au magnifique apostolat que devait reprendre et continuer sous nos yeux un homme véritablement prodigieux d'intelligence et d'activité, l'immortel cardinal Lavigerie. En mourant là-bas, au xvue siècle, sous les ardeurs du soleil d'Afrique, les missionnaires frayaient la route à ces religieux et à ces religieuses enseignantes et hospitalières que l'Etat français écrase ou expulse, et qui sont, à l'heure qu'il est, les moissonneurs et les moissonneuses de Dieu sur la terre d'Afrique, dans ces champs lointains où la moisson est grande, mais petit le nombre des ouvriers.

A la même époque, sous le règne de Louis XIV, des pirates barbaresques, maîtres du littoral africain, capturaient les malheureux chrétiens et les réduisaient en esclavage. Louis XIV, prenant la défense de la religion et de l'humanité, envoya ses escadres pour délivrer les captifs. Duquesne bombarda Alger, Tunis et Tripoli et délivra la Méditerranée de ces affreux corsaires. Louis XIV préludait ainsi à la France du xixe siècle qui est allée planter à Alger et à Tunis la croix de Jésus-Christ avec le drapeau national, et Duquesne préparait la route à tant d'amiraux et de généraux illustres qui, dans notre siècle, ont fait resplendir d'un si vif éclat sur la t tire d'Afrique le nom delà France et de l'Eglise.

Le Protestantisme avait ravagé l'Europe. L'Église se vengeait en Amérique, en Asie et en Afrique.

Comme une vigne dont on a coupé quelques vieux sarments, elle étendait ses branches jeunes et vigoureuses chez des peuples nouveaux. La sève de l'Evangile n'était point tarie. Elle prenait simplement un autre cours, et elle préparait à la sainte Eglise un manteau plus étendu et plus verdoyant de feuilles, de fleurs et de fruits !

Amen!

HUITIÈME CONFÉRENCE

L'Église et le Protestantisme

(suite)

Page 1