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I. Les sources de la poésie catholique

Deux choses constituent la poésie : le fond et la forme, des idées justes et de belles expressions. La beauté de la forme ne suffit p^s à la poésie. Les

poètes, pas plus que les autres hommes, ne sont dispensés d'avoir raison et ne peuvent se passer de la vérité. Si splendide que soit leur langage, il n'est qu'une vainc et dangereuse musique, s'il se met au service de la frivolité ou de l'erreur. Saluez ici la salutaire influence de l'Eglise. Elle fournit à la poésie le fond et la forme.

Elle lui suggère des idées justes et substantielles. Le poète du bon sens, Boileau, a dit :

De la foi du chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont point susceptibles.

Boileau s'est trompé. Il est faux de dire que la mythologie païenne est plus favorable a la poésie que notre religion. La mythologie païenne se compose de contes à dormir debout. Elle est tout entière fausse. Or le beau est la splendeur du vrai, et plus il y a de vérités dans nos dogmes, dans notre morale et dans notre culte, plus notre religion est favorable au développement poétique. Et puis la mythologie païenne n'est pas seulement fausse, vide, ridicule, elle est immorale. L'Olympe d'Homère contient plus de bassesses et de vices qu'il n'en faudrait pour déshonorer à jamais la cour d'un des rois de la terre. Les dieux d'Homère sont aveugles, impuissants, voleurs, impudiques, toujours occupés à se tromper, à se quereller, à se combattre. En face de l'Olympe et du Tartare païen,

mettez le ciel et l'enfer des chrétiens, mettez notre purgatoire si terrible et si consolant tout ensemble, mettez la Vierge Marie avec les anges et les saints qui peuplent le paradis, et qui portent jusqu'au trône de Dieu les cris gémissants de l'humanité, et reconnaissez que, dépositaire du vrai et du bien, l'Eglise offre au poète une source d'inspiration bien autrement féconde et pure que toutes les fables conservées dans les traditions païennes. L'Eglise fournit à la poésie des idées justes et substantielles.

Elle lui fournit des expressions belles et sublimes. Il existe un livre que l'Eglise garde, explique et commente, qui contient à lui seul toute une littérature, et qui dans tous les genres offre des modèles parfaits parce qu'ils sont divins, un livre que tous les catholiques lisent à genoux parce qu'il garde l'empreinte de la main du Très-Haut, un livre que l'on baise avec amour parce qu'il répond à toutes les aspirations de l'âme, à tous les besoins du cœur, un livre qui a des chants de triomphe pour toutes les joies, des gémissements pour toutes les douleurs, des consolations pour toutes les infortunes, un livre enfin qui est une source intarissable de poésie : c'est la Bible, c'est-à-dire le livre par excellence de l'humanité.

Avez-vous jamais lu la Bible? Un jour Jean Racine emmena son ami La Fontaine à l'office de matines. Racine se mit à prier. Mais le fabuliste

était distrait. Racine voyant son embarras lui passa une petite Bible qu'il portait sur lui, et le hasard voulut qu'elle s'ouvrit à la ^prophétie de Baruch. La Fontaine se mit à lire, et, émerveillé par les belles choses qu'il avait jusque-là ignorées, il s'écria tout haut au grand scandale de l'assistance : « Quel génie que ce Baruch ! » Et, depuis, il ne manquait pas de dire à tous ceux qu'il rencontrait : « Avezvous lu Baruch ? C'était un grand génie ! » Lisez la Bible, Messieurs, parcourez l'Ancien Testament depuis cette solennelle parole qui ouvre le poème de de la création : « Que la lumière soit, et la lumière fut », jusqu'à ce cri touchant des Machabées prêts à s'ensevelir sous les ruines de leur patrie déshonorée : « Mourons dans notre simplicité ! » et vous serez émerveillés, et à chaque page vous rencontrerez le sublime. Vous le rencontrerez dans la page mémorable qui nous raconte la genèse de tous les êtres ; dans l'hymne nuptial qu'Adam chante à sa compagne, l'os de ses os et la chair de sa chair; dans les terreurs de Caïn, dans le récit du Déluge, dans le sacrifice d'Abraham ; dans l'histoire de Joseph, dans les scènes du Sinaï, dans la patience de Job, dans la mansuétude et le repentir de David, dans les maximes de Salomon, dans les visions des prophètes et dans les luttes des Machabées. Dans la Bible vous trouvez des accents incomparables sur Dieu, son être, son nom, ses perfections, des descriptions superbes de la création

matérielle, la peinture inimitable des grandeurs et des misères de l'âme humaine. Dans la Bible, vous trouvez, les trois genres principaux de la poésie : l'épopée, la poésie lyrique et la tragédie.

Et le Nouveau Testament, l'Evangile, les écrits des Apôtres, n'est-ce pas là encore une source abondante où la poésie peut venir s'abreuver? La plume de Moïse qui raconte la Création a pour rivale la plume des Evangélistes qui font le récit de la Rédemption. La harpe de David et des Prophètes n'est pas restée suspendue aux saules des fleuves de Babylone ; nous la retrouvons vibrante et harmonieuse dans la main des Apôtres, de Marie qui s'en est servie pour glorifier le Seigneur, du vieillard Siméon pour se réjouir du salut d'Israël, et de saint Jean pour annoncer les derniers jours du monde. Le sublime est intermittent dans l'Ancien Testament; il est partout présent dans le Nouveau. Lisez l'éternelle génération du Verbe, la naissance de Jésus-Christ, son enfance, ses vertus, ses miracles, ses paraboles, ses préceptes, ses conseils, ses consolations. Constatez ses gémissements et ses pleurs sur la ville ingrate qui le repousse : « Jérusalem, que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants autour de moi comme la poule ses poussins, et tu ne l'as pas voulu ! » Parcourez l'histoire de la Samaritaine, de la pauvre Madeleine, de la Chananécnne, la parabole de l'enfant prodigue, du mauvais riche, le récit de la mort et de la résurrection

de Lazare, le discours du Sauveur avant la dernière Cène, sa Passion, son silence devant les juges, ses dernières paroles... « L'Evangile, a-t-on dit, est la patrie du sublime. » C'est vrai. Et je voyais ces jours-ci un homme qui venait de lire les Epîtres le saint Paul., et qui en était ravi. Mais, hélas! qui connaît l'Évangile? qui connaît les Epîtres de saint Paul? Qui, parmi les gens du peuple? Personne. Qui, parmi les gens cultivés? A peu près personne. Que si les poètes qui cherchent des inspirations, de grandes pensées et de grandes images, ne veulent pas venir aux sources que l'Eglise leur présente, tant pis pour eux! Ils ressemblent à ces enfants mal élevés et boudeurs qui refusent les mets exquis de la table paternelle, et qui grignottent dans un coin un morceau de pain sec. Ce n'est pas l'Eglise qui manque à leur génie : c'est leur esprit vaniteux et mal fait qui repousse sottement les richesses de l'Eglise. Quand elle est acceptée et suivie, l'Église ouvre les ailes et exalte l'essor du ^énie. Mille et mille fois la preuve en a été faite.

IL Les chefs-d'œuvre de la poésie catholique.

Pendant trois cents ans l'Église cachée dans les catacombes donnait des martyrs; le temps et l'occasion lui manquaient pour susciter des poètes. Mais, au sortir des catacombes, les chants se réveillent de

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toutes parts, et la poésie chrétienne éclate sur les lèvres harmonieuses de saint Grégoire de Nazianze qui ressuscite l'idiome d'Homère et de Platon, de saint Ambroise qui fait de la langue latine la langue de la liturgie, de saint Augustin qui, dans ses Confessions plaintives comme une élégie, repasse avec tant de regrets les beaux jours perdus de sa vie. D'ailleurs les grands docteurs du ive siècle ne sont poètes qu'à leurs heures et accidentellement . Ils sont surtout théologiens et orateurs. Après eux nous rencontrons saint Paulin, grand seigneur gallo-romain, littérateur, homme de goût qui abandonne les muses païennes pour chanter le spiritualisme chrétien; l'espagnol Prudence qui, à l'âge de trente-sept ans, laisse les dignités et les affaires civiles pour s'adonner entièrement aux travaux de l'esprit et pour faire vibrer sur la" lyre les mystères du christianisme ; Fortunat qui, fixé à Poitiers et devenu évêque de cette ville, compose quatorze livres de poésie et en particulier l'hymne Vexilla régis. Saluons en passant le moine Alcuin qui, avant de quitter son cloître d'York pour la cour de Charlemagne, chante sur un ton attendri les charmes de sa chère et regrettée cellule ; Thomas d'Aquin dont les hymnes au Saint-Sacrement révèlent tout ensemble l'exactitude du théologien, la tendresse du saint et l'inspiration du poète ; le pape Innocent III à qui nous devons le Lies irœ, cri profond de sainte horreur et de supplication pathétique ; le Dante

dont la Divine Comédie est comme l'épopée théologique, la somme poétique du moyen âge; le Tasse dont la Jérusalem délivrée raconte magnifiquement l'histoire des Croisades. Citons encore Shakespeare et Milton qui, bien que protestants, doivent cependant à la Bible mutilée les meilleures pages de leurs œuvres ; Lope de Véga et Caldéron, fils de la catholique Espagne, qui puisèrent dans les mystères de notre foi le sujet de leurs drames fameux, et qui ont mérité d'avoir fourni au théâtre français des types accomplis de grandeurs chrétiennes et chevaleresques.

Nous arrivons ainsi au xvne siècle. Les chefsd'œuvre de la poésie catholique atteignent la perfection du genre, avec Corneille, lequel est supérieur à Eschyle, à Sophocle et à Euripide, dit M. Cousin, et avec Racine, lequel est supérieur à Virgile, dit Chateaubriand . Rien qu'à lire ces hommes on sent que le Christianisme a donné de nouvelles ailes à la poésie. Même quand ils traitent des sujets empruntés au paganisme, on sent que c'est l'Eglise qui est la mère de leurs âmes et l'institutrice de leur génie. Ils doivent à la foi catholique, jusque dans leurs compositions les plus profanes, l'élévation de l'idée, la splendeur de l'image, la sincérité du sentiment, la noblesse de l'expression, l'intérêt de l'action, avec ce je ne sais quoi d'achevé que la pensée religieuse ajoute à la beauté littéraire. Et, s'ils avaient eu le courage de s'affranchir totale-

ment des usages imposés au théâtre et de demander toutes leurs inspirations à la seule religion catholique, ils auraient couvert d'avance de leurs chants immortels les rires et les blasphèmes des impies.

Et aujourd'hui encore, est-ce que les plus beaux chants ne sont pas ceux qui ont une inspiration religieuse? Chateaubriand doit à la foi chrétienne ses beautés de premier ordre; Lamartine, son disciple, est incomparable dans ses Harmonies et ses Méditations tout imprégnées de la pensée religieuse; fils d'une sainte mère, il avait dit : « 0 Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe ! » il méritait de mourir sous la bénédiction du prêtre en baisant le Crucifix qu'il avait si magnifiquement chanté. Pareille grâce n'a pas été accordée à Victor Hugo, son rival de gloire dont la dépouille est allée dormir sans croix et sans prières sous la coupole profanée de Sainte- Geneviève ; mais, malgré les écarts de la seconde partie de sa vie, Victor Hugo doit à la foi de sa jeunesse ce qu'il a de meilleur dans son cœur, et ses premiers recueils, tout de pureté et de religion, lui assureront seuls l'immortalité qu'on a vainement demandée pour lui aux marbres du Panthéon.

Pour vous convaincre de l'influence décisive de l'Église sur la poésie, vous n'avez qu'à voir, Messieurs, dans quels abîmes de doute, de sensualisme et de désespoir sont tombés les poètes contemporains quand ils ont voulu briser sur leur lyre la% corde religieuse. Rien n'a pu combler dans leurs

fîmes le vide creusé par les croyances disparues, et leurs plus beaux vers sont ceux d'où s'échappent le cri du remords et du repentir, l'hommage plaintif à la vérité qu'ils avaient trop souvent blasphémée. Ecoutez Alfred de Musset :

Quand j'ai connu la vérité,

J'ai cru que c'était une amie;

Quand je l'ai comprise et sentie,

J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,

Et ceux qui se sont passés d'elle,

Ici-bas ont tout ignoré !

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.

Le seul bien qui me reste au monde,

Est d'avoir quelquefois pleuré!

Tel a été le grand malheur de beaucoup de poètes de notre temps. Ils n'ont pas connu la vérité catholique, et l'on pourrait leur adresser ce reproche douloureux d'Alfred de Musset, victime lui-mên'.e de l'erreur qu'il déplore chez les autres :

Pour aller jusqu'au ciel, il vous fallait des ailes. Vous aviez la raison, la foi vous a manqué !

La foi, voilà trop souvent ce qui manque aux poètes, et à ceux qui ne le sont pas : aux riches et aux pauvres, aux princes et aux peuples, aux individus, aux familles et aux sociétés. La religion ne nous menace pas, elle nous manque !

Amen!

SIXIÈME CONFERENCE

5° l'église et l'histoire

Messieurs,

Il est une science intéressante et utile entre toutes : c'est la science de l'histoire, qui, en nous racontant le passé, nous enseigne à bien employer le présent et à bien préparer l'avenir. Cette science de l'histoire, pour atteindre son but, a deux conditions à remplir : 1° Elle doit être exacte, c'est-à-dire nous retracer sincèrement et consciencieusement les faits passés ; 2° Elle doit être morale, c'est-à-dire nous donner la connaissance réfléchie des lois qui président aux événements. Je voudrais brièvement vous montrer l'influence de l'Église sur la science historique à ce double point de vue de l'exactitude et de la leçon morale.

I. L'Église impose à l'histoire l'exactitude. L'exactitude est la première condition. de la science

historique. Il est bien évident que l'historien doit être d'abord sincère et consciencieux dans le récit des faits passés. S'il nous trompe, il manque à son devoir le plus élémentaire.

En dehors de l'Eglise, l'exactitude historique est chose assez rare. Les historiens de l'antiquité ont à peu près tous le goût des amplifications oratoires et la passion des fables. Tout le monde sait que Tite-Live est l'inventeur des belles harangues qu'il met dans la bouche de ses personnages. Strabon et Quintilien ajoutaient eux-mêmes fort peu de foi aux récits des historiens d'Alexandre, et les légendes relatives à la fondation de Rome, aux aventures de Romulus et de Rémus n'ont pas plus trouvé grâce devant la critique que les détails de la guerre de Troie. Et les historiens modernes qui ont pris visà-vis de l'Eglise l'attitude de l'indifférence et de l'hostilité ont-ils le respect de la vérité historique? Hélas! la plupart du temps ils torturent et défigurent les faits, pour les accommodera un système, et, soit qu'ils racontent l'histoire de l'humanité, d'un peuple ou d'un homme, ils obéissent à une idée préconçue plutôt qu'à la préoccupation d'être sincères dans le récit des événements.

L'Eglise, parle moyen des écrivains qu'elle inspire et qu'elle dirige, nous met en possession de l'exactitude historique. L'Église veille d'abord sur les Livres de l'Ancien Testament, et sous sa garde ces sources profondes de l'histoire antique conservent

toute leur inviolabilité. Avec Moïse nous remontons jusqu'aux origines du monde. Les annales les plus anciennes des peuples païens nous ramènent tout au plus à la naissance des sociétés dont elles nous rappellent les destins. L'écrivain sacré compte sous nos yeux les générations, les siècles et les années dont se compose le passé de l'humanité; il est le dépositaire incorruptible des souvenirs les plus reculés ; il marque avec précision l'origine des grandes nations primitives ; il donne la clef de toutes les légendes que les poètes ont réunies autour du berceau des sociétés ; rien qu'au point de vue humain, il tient une place à part dans la série des annalistes anciens.

Nous arrivons aux Evangélistes et aux Apôtres. Ils sont l'exactitude même. Ils ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains les événements qu'ils racontent. Ils disent tout parle détail, même les faits qui tournent à leur confusion. Depuis dix-neuf siècles que l'on torture leurs écrits, on n'a pas pu en extraire la moindre erreur de lieu ou de date. Ils sont morts pour affirmer la sincérité et l'exactitude de leur témoignage. Il n'est pas possible d'exiger de plus nombreuses et de plus certaines garanties de vérité.

Après les Evangélistes et les Apôtres apparaissent des annalistes sérieux et graves : Eusèbe, le fondateur de l'histoire ecclésiastique, qui nous donne la vraie physionomie des deux premiers siècles du christianisme. Sa position à la cour de Constantin,

tn lui livrant toutes les sources, lui avait permis d'acquérir une vaste éruditi^i. Il est continué et imité, quoique non égalé, par Socrate et Sozomène, avocats à Gonstantinople, et par Théodoret, évêque de Cyr en Syrie. L'Église latine marche sur les traces de l'Orient. Au ive siècle, un prêtre d'Aquilée, Ru fin, donne une excellente traduction de Y Histoire ecclésiastique d'Eusèbe. Et bientôt Sulpice-Sévère compose une double histoire de l'Ancien Testament et de l'Eglise catholique poursuivie jusqu'à son époque. Ces chroniques sont courtes. Elles se ressentent de la ruine prochaine de l'Empire. Elles ont le mérite delà précision. Citons aussi les Actes des martyrs qui portent le cachet d'une incontestable sincérité et les Vies des saints composées au v° et au vie siècle, qui sont une des formes de l'histoire aux premiers temps de l'Eglise.

Voici Grégoire de Tours, témoin intelligent et attristé, un orateur intéressant de l'étrange confusion d'hommes et de choses, de crimes et de catastrophes au milieu de laquelle se poursuit la chute de la vieille civilisation romaine. Puis l'histoire se continue dansles monastèr'es. Les moines conservent les annales des nations chrétiennes. Ils se nomment Bède chez les Anglais, et chez les Français Abbon, Frodoard, Richer, Raoul Glaber, Hugues, abbé de Flavigny, et en Italie Anastase le Bibliothécaire et les moines bénédictins, et en Allemagne les moines de Saint-Gall. Tous ces auteurs nous ont laissé les

matériaux de l'histoire, plutôt que l'histoire ellemême. Mais le seul fait de conserver par l'écriture le souvenir des événements, en ces temps d'ignorance populaire, n'était-il pas déjà un service inappréciable rendu à la civilisation ?

Au xiue siècle, la science historique a de nombreux représentants. C'est le dominicain Vincent de Beauvais, lecteur et confesseur de saint Louis. C'est Guillaume, archevêque de Tyr, narrateur des Croisades, avec Villehardouin et Joinville. Avec ces deux derniers commence la série de ces mémoires qui forment une des branches les plus originales et les plus curieuses de la littérature française. Jehan de Froissart est un conteur incomparable. Philippe de Commines est le biographe très intéressant de Louis XI.

Puis, après la Renaissance et en réponse aux attaques du protestantisme, nous voyons apparaître Baronius, prêtre de l'Oratoire de Rome, qui édite les Annales ecclésiastiques , vaste compilation méthodique et raisonnée de l'histoire de l'Eglise jusqu'en 1198. Il est imité et suivi par deux Français : de Tillemont et Noël Alexandre. A la même époque, les Jésuites de Belgique, sous la direction du jésuite Bollandus, commencent la fameuse collection des Acta Sanclorum. Et les Bénédictins de Saint-Maur composent la Gallia Christiana. En présence de ces monuments immenses et magnifiques d'un travail obscur poursuivi pendant des siècles, comme eu

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présence des cathédrales du moyen âge, on est saisi d'une émotion respectueuse et sympathique. Quelle race d'hommes que ces moines, invincibles à la fatigue, indifférents à la gloire humaine, mais avides de toutes les lumières, de tous les progrès, de toutes les vertus ! Quel désintéressement, et par conséquent quelle garantie de sincérité et d'exactitude dans leurs grands travaux historiques !

Désormais les matériaux étaient amassés, et la tache des vulgarisateurs était aisée. Fleury compose son Histoire de l'Église, qui a été depuis corrigée, complétée par Rohrbacher, Darras, dom Guéranger, Hergenrœther. Et à côté de ces illustres défenseurs de la vérité historique combien de travailleurs plus obscurs, mais non moins zélés, parmi lesquels il nous plaît de citer un simple curé de campagne, l'abbé Gorini, quia réfuté d'une manière victorieuse les erreurs historiques de Thierry, de Guizot, de Thiers et de Michelet. C'est ainsi que l'Eglise-depuis dix-neuf siècles suscite des écrivains, des annalistes, des chroniqueurs, des historiens remarquables par leur sincérité et leur impartialité. Elle ne craint pas la lumière. Elle la cherche, elle la demande. Elle va plus loin encore.

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