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III. L'Église a créé une éloquence populaire

C'est là une particularité glorieuse qui n'appartient qu'à elle. La tribune et le barreau ne s'adressent qu'à certaines catégories. La chaire s'adresse à tous.

Le peuple a ^besoin d'éloquence. Il a besoin des enivrements de la parole ; il a des entrailles à émouvoir, des endroits de son cœur où la vérité dort, et où l'éloquence doit la surprendre et l'éveil-

1er en sursaut. Ne me dites pas que le peuple est incapable de reconnaître et de goûter les beautés de la parole, c'est faux. Il a reçu de Dieu le don d'être ému par un verbe éloquent. « Au pied de l'agora d'Athènes, dit Lacordaire, comme au pied de la tribune de Rome, le peuple écoutait la voix de ses orateurs, et ses applaudissements avec son silence témoignaient du goût qui rattache toute âme humaine au plus simple comme au plus profond des arts. » Or qui parlera au peuple? l'Eglise.

L'Église abreuve le peuple d'éloquence. Elle veut que les multitudes soient évangélisées, pauperes evangelizantur, que les foules soient enseignées. Dans la semaine elle réserve un jour, le dimanche, et elle veut que ce jour-là la masse de l'humanité soit arrachée au travail matériel et appliquée à la culture de la vie intellectuelle. Rien qu'en France elle dresse plus de quarante mille chaires d'où la vérité descend sur le peuple.

Et dans ces chaires apparaît un homme, le prêtre, qui est par excellence Y orateur populaire, car : 1 ° La plupart du temps il vient du peuple ; donc il le connaît, il sait ses souffrances, ses besoins, ses aspirations, il sait à quel endroit du cœur il faut le frapper et le saisir ; 2° Il aime son troupeau, si petit que soit ce troupeau. Il sait ce que valent les âmes, qu'il n'y a pas de petite assemblée parmi les âmes, qu'une âme est à elle seule un grand peuple. Et comme le Christ, son maître, il a une

prédilection particulière pour les petits, pour les opprimés, pour les déshérités de la famille universelle ; 3° Et non seulement il aime les hommes, mais il aime la vérité, il la possède et il a mission de la donner à tous. Le génie est nécessaire à l'éloquence humaine ; il ne l'est pas à l'éloquence divine. La foi et l'amour n'ont pas besoin de génie; ils parlent et toute la terre les reconnaît. Voilà le prêtre, même dans le plus obscur village. Il n'a besoin ni d'une voix sonore, ni d'une action savante, ni d'une composition habile. Il prend dans l'Evangile et dans son cœur la vérité, et il la jette palpitante à la multitude affamée du pain de la parole, et ces simples mots : Dieu, jugement, éternité, jetés au hasard et sans suite sous les voûtes d'une église, retentissent profondément dans la conscience et y font naître de salutaires pensées et de grands sentiments. Le prêtre a ce privilège de captiver l'attention de la multitude, de la réunir à jour fixe autour de sa chaire, de lui tenir le langage de la raison et de la foi et d'en obtenir la conviction et la persuasion. Il y a des éloquences humaines qui réussissent à remuer violemment les masses, à les ameuter les unes contre les autres, à les passionner pour l'erreur et pour le mal. Gloire à l'éloquence divine et populaire de l'Eglise ! Elle éclaire le peuple, elle le discipline, elle lui donne la sagesse en compagnie de la science, elle lui inspire l'amour de l'ordre, elle en obtient des vertus.

Je sais bien que X éloquence catholique n'a pas tout le succès qu elle pourrait et qu'elle devrait avoir. J'aperçois, dans nos villes et dans nos campagnes, des masses profondes qui se tiennent à distance de l'Église, du prêtre, de la parole évangélique. Mais à qui la faute ? Est-ce nous, ministres de Dieu, qui repoussons les auditeurs ou refusons de les appeler? Non. Nous demandons au contraire qu'on laisse le peuple venir à nous ; nous demandons qu'on lui donne son dimanche pour qu'il ait la possibilité de venir, et qu'on lui donne l'exemple pour qu'il ait la volonté de venir. Messieurs, la parole de l'Eglise est nécessaire au monde. Soyez avides de l'entendre, et amenez avec vous au pied de la chaire tant de chrétiens baptisés, à qui la divine parole est d'autant plus utile et indispensable qu'ils en sentent moins le besoin.

Amen J

CINQUIÈME CONFÉRENCE

4° l'église ET LA POÉSIE

Messieurs,

L'Eglise est une grande puissance intellectuelle. Elle est la mère de la théologie, la gardienne de la philosophie, l'amie de l'éloquence. Or, auprès des théologiens, des philosophes et des orateurs apparaissent les poètes. L'Eglise est-elle étrangère à la poésie? Vous trouverez la réponse complète et brillante à cette question dans le Génie du Christianisme de Chateaubriand. Pour lors, je me contenterai de vous proposer là-dessus quelques réflexions succinctes, et je vous signalerai simplement les sources et les chefs-d'œuvre de la poésie catholique.

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