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II. L'Église dégage de l'histoire la leçon morale

L'histoire serait peu de chose si elle n'était qu'un Técit. Il faut en faire un hommage à la Providence

et une leçon pour les hommes. Il faut en extraire l'idée morale. A quoi servirait de connaître le passé, si on ne saisissait pas en même temps les lois qui président à la marche des événements? Toute l'utilité de l'histoire est là.

En dehors de l'Eglise les historiens racontent les faits sans en dégager la leçon morale. Voyez les historiens anciens. Tacite, le plus profond de tous, avoue qu'il ne sait pas si les choses de la vie sont assujetties aux lois d'une immuable nécessité, ou si elles ne dépendent que du hasard. Les lois universelles qui régissent la marche du genre humain sont inconnues des païens ; au-delà de leur nation particulière, ils ne voient que barbarie et esclavage et ne saisissent jamais l'humanité dans son ensemble. C'est l'égoïsme étroit et purement national qui peint avec Salluste, médit avec Thucydide, philosophe avec Tacite, raconte avec César, harangue avec Tite-Live, dessine des portraits avec Suétone, Xénophon et Plutarque. Pour eux il n'y a point d'humanité au-delà des limites de la patrie; pour eux, la Providence, c'est le destin. Aussi sont-ils incapables de s'élever à la conception d'une histoire universelle, incapable de faire profiter la postérité des grandes leçons dupasse. Quant à. nos historiens modernes qui veulent se passer de l'Eglise, que leurs vues sont courtes, quand elles ne sont pas fausses ! Les meilleurs nous donnent la peinture des événements, et non la philosophie des faits. Ils

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font passer sous nos yeux des tableaux qui nous enivrent un instant, et non des leçons qui nous pénètrent et nous font du bien.

L'Eglise, par le moyen des écrivains qu'elle inspire et qu'elle dirige, nous fait saisir les grandes lois de l'histoire. Voici Moïse. Il se présente à nous comme le révélateur de la marche de l'histoire et le prophète des destinées des nations. Il nous montre le peuple juif préparant la venue du Messie, et tous les événements du monde convergeant vers le Rédempteur futur. Et ce que Moïse a indiqué, les Prophètes le répètent et l'expliquent ; à la lumière de la Bible, l'histoire de l'humanité nous apparaît resplendissante d'évidence. Tout est pour le Christ, le passé est son piédestal. L'avenir découle de lui : Christus heri, hodie et in sœcula. Telle est la loi centrale de l'histoire.

Avec ce lit conducteur, les historiens peuvent se mettre en marche à travers le dédale des événements. Ils ne risquent pas de s'égarer. La sainte Eglise tient le flambeau qui guide leurs pas et qui éclaire leurs investigations. Voici saint Augustin. Dans son livre de la Cité de Dieu, il fait la philosophie de l'histoire, il marque les desseins de la Providence sur le sens et le terme des grands mouvements de l'humanité. Il fonde ainsi la science historique, la science philosophique de l'histoire. Paul Orose, prêtre espagnol, son disciple, s'empare de sa méthode. Salvien compose un grand ouvrage

intitulé : de Gubernatione Dei, qui se rattache de même étroitement à la Cité de Dieu de saint Augustin ; on a appelé Salvien le Bridaine du ve siècle, et en effet il a l'impétuosité et l'éloquence de Bridaine. C'est lui qui a dit : « L'Empire romain rit et meurt, Moritur et ridet ! »

Allons donc de suite à Bossuet. Politique comme Thucydide, moral comme Xénophon, éloquent comme Tite-Live, aussi profond et aussi grand peintre que Tacite, Bossuet a, de plus, une parole grave et un ton sublime dont on ne trouve ailleurs aucun exemple. Le Discours sur l'histoire universelle est un hymne au Dieu qui du haut du ciel tient les rênes de tous les royaumes. « Bossuet, dit Chateaubriand, est plus qu'un historien, c'est un Père

de l'Eglise, c'est un prêtre inspiré, qui a souvent le rayon de feu sur le front, comme le législateur des Hébreux. Quelle revue il fait de la terre ! il est en mille lieux à la fois. Patriarche sous le palmier de Thopel, ministre à la cour de Babylone, prêtre à Memphis, législateur à Sparte, citoyen à Athènes et à Rome, il change de temps et de place à son gré, il passe avec la rapidité et la majesté des siècles. La verge de la loi à la main, avec une autorité incroyable, il chasse pêle-mêle devant lui et Juifs et Centils au tombeau ; il vient ensuite luimême, à la suite du convoi de tant de générations, et marchant appuyé surlsaïe et Jérémie, il élève ses lamentations prophétiques à travers la poudre et les

débris du genre humain. » On a tout dit sur sa pénétration. Tels chapitres sont des modèles incomparables, par exemple l'histoire de Rome, l'étude du caractère du peuple, de l'organisation de la milice, de la politique, du Sénat. La philosophie de l'histoire se trouve ainsi mise à la portée des modernes, et désormais les plus illustres représentants de cette science, Montesquieu en tête, ne font guère qu'emprunter à Bossuet sa méthode et ses enseignements.

Et en même temps que les historiens catholiques dirigés par l'Eglise dégagent la loi des événements dans l'histoire universelle, ils portent la même clairvoyance dans l'histoire d'un peuple ou d'un personnage. Ayant l'idée des ensembles, ils ont la compréhension des détails. Ils déterminent la place et la vocation providentielle d'une nation en particulier. Ils assignent à un grand personnage son rang et son action dans la mêlée générale des choses. Et il serait facile par des exemples de montrer ici la supériorité de nos écrivains catholiques. Que de vies de saints ou de héros écrites dans notre siècle sous la direction de l'Eglise, et qui sont des leçons vivantes pour qui veut les lire avec attention ! Ce ne sont pas seulement des chefs-d'œuvre de littérature. Ce sont des prédications éloquentes. La leçon morale s'en dégage presque à chaque page.

Amen!

SEPTIÈME CONFERENCE

II. — L'ÉGLISE El LES SCIENCES 1° l'église est l'amie des sciences

Messieurs,

L'Église est une grande puissance intellectuelle. Elle est la mère de la théologie, la gardienne de la philosophie, l'inspiratrice de l'éloquence et de la poésie, la maîtresse de l'histoire. Il faudrait beaucoup d'ignorance ou de mauvaise foi pour contester le bienfait de son influence sur les belleslettres. Mais, à côté des lettres, voici les sciences, qui s'appellent mathématiques, astronomie, physique, chimie, géologie, biologie. Les sciences sont aujourd'hui fort en honneur, et les progrès qu'elles ont faits dans notre siècle les ont rendues passablement orgueilleuses. Volontiers elles prendraient à l'égard de la religion des airs de dédain et d'hostilité. Etudions avec calme les rapports de l'Eglise et des sciences.

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