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DANS L'ORDRE MORAL

PREMIERE CONFÉRENCE

Importance et difficulté de la loi morale

Messieurs,

L'Eglise est la mère et la gardienne du progrès intellectuel. C'est suffisamment et surabondamment prouvé.

Mais l'intelligence n'est pas tout l'homme; elle n'en est pas même la moitié. Dans l'homme, il y a la conscience, le cœur, la volonté, l'âme... et toute influence qui ne va pas jusque-là, jusqu'à l'àme, est une influence incomplète et à peu près stérile.

Or, l'Eglise, qui agit si puissamment sur l'esprit, agit-elle également sur le cœur, sur la volonté, sur la conscience, sur l'àme? Oui. L'Eglise est une grande puissance moralisatrice, elle est la mère et la gardienne du progrès moral. Et, pour vous faire apprécier ses immenses bienfaits dans cette seconde sphère, il faut que je vous persuade fortement de l'importance et des difficultés de la loi morale. La loi morale consiste à éviter le mal et à faire le

bien. Est-ce important cela? oui. Est-ce facile? non.

♦I. Importance de la loi morale.

Oui, Messieurs, il est important, il est nécessaire de pratiquer la loi morale, c'est-à-dire d'éviter le mal et de faire le bien.

1° Attention ! Vous êtes mortels, vous vivez aujourd'hui, mais demain vous ne serez plus. Que faut-il pour vous tuer ? une fenêtre entrouverte, une porte qu'on n'a pas fermée, une voiture qui verse, un train qui déraille, une goutte de sang qui se trompe de chemin dans votre tête ou dans votre poitrine. Je salue le médecin, je le respecte, j'admire son dévouement, et, quand je suis malade, je l'appelle auprès de mon lit de souffrance, et je bénis sa main compatissante, intelligente et secourable ; mais je constate son impuissance, je constate que depuis six mille ans la science n'a pas su ajouter un jour de plus à notre vie, ni un pouce à notre taille, ni ôter une ride à notre front. Vous êtes mortels, Messieurs, et demain, penchés sur votre dépouille inanimée, vos parents, vos amis, vos voisins diront avec stupeur: « Il n'est plus! n

Vous ne serez plus sur la terre. Où serez-vous donc? Vous serez devant Dieu. Et à ce moment su-

prème, alors que toutes les choses d'ici-bas seront supprimées pour vous, est-ce que Dieu vous demandera si vous avez eu beaucoup de science? Est-ce que Dieu pèsera les livres que vous aurez lus ou composés? Est-ce que Dieu cherchera à discerner sur vos fronts les vains titres de savants, de littérateurs, de physiciens, de philosophes, d'économistes, d'académiciens? Allons donc! Dieu pèsera vos œuvres, et non vos talents. Dieu voudra savoir si vous avez été bons fils, bons époux, bons pères, bons citoyens, bons chrétiens. Dieu vous demandera si vous avez eu, non pas beaucoup de science, mais beaucoup de vertu. Et devant sa justice, dans sa balance impartiale et infaillible, le valet de ferme qui aura observé les commandements vaudra mieux et pèsera davantage que l'académicien qui se présentera au jugement la têle pleine des connaissances les plus variées et les mains vides de bonnes œuvres. Voilà la vérité, Messieurs. A la lumière de vos destinées éternelles et à la lumière du simple bon sens, la vertu vaut mieux que la science, et l'observation de la loi morale est d'une importance décisive!

2° Maintenant je descends de ces hauteurs, j'ouvre la porte de votre foyer, je vous montre votre chère famille et je vous dis : « Ne trouvez-vo'us pas qu'il va pour vos enfants quelque chose de meilleur que l'instruction? A quoi leur servirait de savoir

lire s'ils ne lisent que de mauvais livres? A quoi leur servirait de savoir écrire, si leur main coupable devait un jour rédiger des faux? A quoi leur servirait de savoir calculer, si le calcul devenait pour eux un instrument de fraudes, de gains illicites et de procès injustes? A* quoi leur servirait de savoir chanter, si la musique était l'humble servante de leurs mauvaises passions et de leurs penchants honteux? A quoi leur servirait d'avoir leur certificat d'études, s'ils n'étaient pas respectueux, obéissants, dévoués? A quoi leur servirait d'être bacheliers, licenciés et docteurs, s'ils étaient incapables de pratiquer la probité, la charité, le désintéressement? A quoi leur servirait d'avoir la science qui est bonne, s'ils n'avaient pas la vertu qui est meilleure encore, la vertu sans laquelle la science n'est plus qu'un vain simulacre et un puissant moyen de corruption? » J'en appelle à votre cœur, à votre intelligence paternelle, et votre intelligence, votre cœur proclament avec moi que l'observation de la loi morale est d'une importance décisive.

3° Après avoir jeté un regard sur le foyer, je contemple la société et j'admire dans son sein la gloire des lettres, des sciences et des arts, la puissance des loi 3 et des armées, le perfectionnement des méthodes et des machines, l'accroissement de la production et de la richesse, et j'ai la prétention de n'être dépassé par personne dans l'admiration

sincère que je professe pour les progrès matériels et scientifiques de notre siècle. Mais, de bonne foi, est-ce là toute la fortune, tout le patrimoine d'un peuple? Comptez- vous pour rien la probité, la modération des désirs, l'esprit d'abnégation et de sacrifice, le feu sacré du dévouement, la pratique de la chasteté qui est un des principes les plus féconds de la beauté et de l'énergie des corps, et l'horreur de la volupté qui est presque toujours pour ceux qu'elle a touchés un vêtement de feu et comme une robe empoisonnée qui dévore et consume même les hercules? Pensez-vous que vous aurez jamais un peuple fort, prospère, honorable et respecté, si la vertu ne coule pas dans son âme comme le sang dans ses veines ? Messieurs, pour la santé et la bonne constitution d'un peuple, tous les progrès matériels et scientifiques ne valent pas une vertu, une idée morale, une bonne pensée, un sentiment élevé, une parole d'amour qui console et qui fortifie ! Si la loi morale n'est pas observée, c'en est fait de vos âmes pour l'éternité, c'en est fait de vos foyers désolés et déshonorés, c'en est fait d'un peuple, d'un siècle entier, et le chapitre de la décadence commence pour ne plus finir. Dans votre âme et conscience vous ne pouvez pas dire le contraire... il faut pratiquer la loi morale. C'est nécessaire. Est-ce facile? Est-il facile d'éviter le mal et de faire le bien ? Non.

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