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II. Difficulté de la, loi morale

Ici encore, Messieurs, procédons par des faits plus que par des raisonnements et constatons trois phénomènes qui me semblent incontestables.

1° 77 y a du mal en nous et autour de nous. Il y a du mal en nous. 0 homme, je ne vous connais pas, et je ne serais pas capable de raconter par le défail toute votre histoire. Mais je me connais, et il y a une chose que je sais et sur laquelle je puis vous, interpeller avec toute l'autorité que donne la certitude : ô hommes, mettez la main sur votre cœur, et répondez-moi. N'est-il pas vrai qu'il y a du mal en vous? qu'il y a derrière le mur de la vie extérieure, dans la citadelle de la vie intime, des , ennemis cachés, des instincts mauvais, une racine de sensualité, d'orgueil et de cupidité. Le mal, nous le portons en nous. Il circule dans notre âme, il voyage dans nos membres, il envahit toutes nos puissances, il allume dans notre sein de vastes incendies, et les plus justes sont précisément ceux qui le sentent le mieux et en gémissent davantage. Hommes qui m'écoutez, je sais que c'est là votre histoire.

Et non seulement il y a du mal en nous, mais il y en a autour de nous. Vous voyez tous les jours la foule courir au plaisir, chercher le bien-être à

LES BIENFAITS DE L'ÉGLISE d50

tout prix, adorer le succès. Vous entendez retentir à vos oreilles les maximes commodes dont

le siècle a fait son Evangile : Jouissez, enrichissezvous, soyez heureux ici-bas ! Et vous sentez au fond de votre âme une voix secrète qui vous presse de suivre de tels exemples et d'accepter de telles maximes. Que faire entre ces attraits du dedans et ces entraînements du dehors? Sommes-nous une proie fatalement promise au mal? Non. Je constate un second phénomène.

2° Nous sommes libres entre le bien et te mal. 0 mystère ineffable! nous sommes libres entre deux attractions, entre l'attraction du bien et l'attraction du mal. Nous sommes libres. J'en atteste l'homme de bien qui se sent heureux d'avoir fait de belles actions, et le criminel qui rougit au fond de lui-même d'en avoir commis de mauvaises. J'en atteste toutes les langues qui nous parlent sans cesse d'estime et de mépris, de haine et d'amour, de vice et de vertu, de punition et de récompense. J'en atteste toutes les sociétés qui, imputant aux citoyens leurs actions, ont fait des lois pour la répression des crimes. J'en atteste votre sens inclue et votre expérience personnelle. Quel est celui d'entre vous qui ne voit dans ses souvenirs, mêlés aux jours sombres et néfastes où il a cédé aux attraits du mal et à l'orage des passions, des jours sereins et illustres où sa volonté est demeurée

maîtresse de la tentation? N'y eût-il qu'un seul de ces jours dans une vie, c'en serait assez pour prouver que ni les penchants de notre organisme, ni les violences du dehors ne peuvent produire malgré nous le vouloir et la détermination. Donc il serait faux de dire que nous sommes foncièrement et nécessairement mauvais, et il serait également faux de prétendre que nous sommes foncièrement et nécessairement bons. Ce qui est vrai, c'est que nous naissons bons et mauvais tout ensemble. Nous ne sommes ni anges ni bêtes; nous sommes tous les deux à la fois. Est-ce à dire que notre volonté est à égale distance du bien et du mal, que les deux plateaux de la balance sont égaux? Non. L'expérience nous met en présence d'un troisième phénomène.

3° Généralement nous sommes plus attirés vers le mal que vers le bien. Il y a des exceptions à la loi, mais la loi existe, et la voici : les attraits qui se disputent notre volonté ne sont pas d'égale force, et d'ordinaire l'attraction du mal est plus puissante que l'attraction du bien. Je ne parle pas des individus exceptionnels, je prends l'humanité dans son ensemble, et je dis : laissée à elle-même, à sa pente naturelle, où va-t-elle ? Hélas ! nulle discussion n'est ici possible, elle va au mal. Les grands courants delà vie humaine vont par eux-mêmes à la fausseté, au désordre, à l'abîme, à peu près comme les fleuves en suivant leur pente vont à la mer. L'histoire tout entière

nous crie quel'homme a peur du vrai parce qu'ilapeur du bien. Voyez l'enfant. Il est né d'un père et d'une mère qui sont l'incarnation vivante de la vertu ; il n'a respiré sur les lèvres maternelles que des souffles «célestes; il a été entouré des précautions les plus minutieuses... et cependant, presque dès le berceau, le voilà emporté vers le mal, vers la révolte, vers la colère, vers la domination injuste, vers le plaisir sensible... et malheur à lui s'il ne rencontre pas une main qui l'arrête, le redresse et le châtie ! Non, Messieurs, les choses ne sont pas égales entre le bien et le mal, et l'apôtre saint Paul se rencontre avec le poète Ovide pour attester que, si généreuse que soit notre nature, elle recèle des connivences plus nombreuses avec le faux et avec le mal qu'elle n'en prépare au vrai et au bien : « Video meliora proboque , détériora sequor ; Je vois le bien et je l'acclame, et cependant je fais le mal. » Voilà l'histoire humaine, voilà notre histoire à tous.

— La loi morale est ce qu'il y a au monde de plus important etde plusdifficile. Il fautla pratiquer, c'est nécessaire, mais c'est presque impossible. Qui donc va nous aider? N'y a-t-il pas ici-bas quelque part une institution providentielle destinée à secourir notre impuissance? Il y a l'Église catholique. Elle est la grande puissance moralisatrice, et la seule puissance moralisatrice suffisante. Je me fais fort de vous le prouver, et ce sera pour vous et

pour moi une nouvelle occasion de la bénir, un nouveau motif de l'aimer... Ce sera la seconde strophe de notre cantique en l'honneur de la sainte Eglise, mère et gardienne du progrès moral autant que du progrès intellectuel I

Amen!

DEUXIÈME CONFÉRENCE

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