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DANS L'ORDRE INTELLECTUEL

LES BIENFAITS DE L'ÉGLISE. — i £

PREMIÈRE CONFÉRENCE

Les Bienfaits de l'Église

Nous avons étudié pendant une année les combats de l'Eglise. Depuis dix-neuf siècles l'Église est dans la lutte. Tour à tour ou simultanément toutes les puissances de la terre se sont liguées contre elle. Elle a vécu quand même. C'est déjà prodigieux, et un tel spectacle méritait bien de retenir notre attention pendant une année entière. Mais j'ai maintenant à vous offrir un spectacle encore plus beau et plus attachant. Comme son divin Fondateur, l'Eglise a passé ici-bas en faisant le bien : pertransiit benefaciendo. Elle mérite, à cause de ses. bienfaits, d'être aimée de tous. Pourquoi, malgré ses bienfaits, est-elle détestée de beaucoup? Je m'arrête aujourd'hui devant cette affirmation et devant cette interrogation.

I. L'Église, à cause de ses bienfaits, mérite d'être aimée de tous.

Les bienfaits de l'Eglise!... Quel sujet instructif

et réconfortant ! Quelle étude éminemment utile et opportune ! En effet que ne dit-on pas contre l'Eglise? On la charge d'accusations odieuses, on la dépeint comme une société qui ne vit que par la cruauté et l'oppression. On énumère tous les crimes commis en son nom, sous le manteau de la religion ; on fait défiler, en une procession lugubre, tous les crimes vrais ou faux qu'on lui attribue et dont on la rend injustement responsable et l'on dit : Voilà ce qu'a fait l'Église ! Sur la foi de pareils témoignages, beaucoup d'hommes égarés haïssent du fond de l'âme cette cruelle société qui s'appelle l'Eglise. Ils ne peuvent pas la regarder sans un mouvement de rage. Ils voudraient l'anéantir. Je le crois bien ! Elle leur apparaît laide, malfaisante, détestable. L'Eglise est une mère ; on leur a fait croire qu'elle était un monstre. Elle n'a que des bienfaits à verser sur le monde, et on leur a dit qu'elle était le réceptacle de tous les vices et de tous les forfaits. Je me propose de vous montrer dans l'Eglise la grande bienfaitrice de l'humanité. Je vous ferai le commentaire par les faits de la parole du philosophe et publiciste Montesquieu : « Chose étonnante! Chose admirable! La religion chrétienne, qui semble n'avoir d'objet que là félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. >; Je vous signalerai les bienfaits de l'Eglise dans l'ordre intellectuel, dans l'ordre moral, dans l'ordre matériel, dans l'ordre domestiaue, dans l'ordre social.

dans l'ordre religieux et surnaturel, et je vous dirai : Aimez l'Église !

Aimez l'Église, parce qu'elle est la mère et la gardienne du progrès intellectuel. Elle a jeté dans le monde des idées nouvelles, et elle a assaini, rectifié les idées de la philosophie antique. Elle a^ cultivé les lettres, les sciences et les arts. Elle leur a donné un essor, une splendeur incomparable. Véritable institutrice des peuples, elle a vulgarisé la lumière, et ceux qui l'accusent d'aimer les ténèbres et de favoriser l'ignorance ou ne savent pas ce qu'ils disent ou disent ce qu'ils ne croient pas; ou ils se trompent et je les plains, ou ils mentent et je les condamne.

Aimez l'Église parce qu'elle est la mère et la gardienne du progrès moral. Par la lumière qu'elle répand dans les esprits, parles consolations qu'elle otïre aux cœurs, par le secours qu'elle prête à la volonté, par la force de résistance qu'elle oppose aux passions, parla multiplicité des vertus qu'elle fait éclore, elle est la grande vitalité du monde. Les insensés qui veulent la supprimer n'ont rien pour la remplacer, rien sinon des phrases et des ruines L'Église entretient ici-bas un grand foyer qui ré chauffe les âmes : l'Évangile. Étouffez ce foyer, et le monde est glacé dans l'égoïsme.

Aimez l'Eglise parce qu'elle est la mère et la gardienne du progrès matériel. Vous avez entendu dire ou vous avez lu que l'Eglise était l'ennemie déclarée des inventions modernes, de la science appliquée à l'agriculture, à l'industrie et au commerce. Rien n'est plus injuste, rien n'est plus sot que cette imputation. Et je me fais fort de vous prouver que l'Eglise, bien loin de maudire le progrès matériel, le bénit, l'encourage et le préserve des excès et des déviations.

Aimez l'Eglise parce que, dans F ordre domestique, elle a réalisé des innovations et des prodiges que personne avant elle n'avait même soupçonnés. Elle a réhabilité l'union conjugale, en la replaçant sur ses bases primitives de l'unité et de l'indissolubilité. Elle a réhabilité l'autorité paternelle, en la consacrant et en la réglant. Elle a réhabilité la femme, l'épouse, la mère, en lui rendant au foyer la place honorable qu'elle avait perdue depuis quarante siècles. Elle a réhabilité l'enfant, en lui mettant au front une couronne d'innocence et comme un reflet de la divinité.

Aimez l'Eglise parce que, dans l'ordre social, elle a opéré des changements et accompli des progrès qui devraient soulever notre admiration et provoquer notre éternelle reconnaissance. Elle a affranchi les esclaves. Elle a ennobli le travail manuel. Elle

a modéré le pouvoir. Elle a relevé l'obéissance. Elle a créé la liberté vraie, l'égalité légitime, la fraternité sérieuse. Elle a exalté et glorifié les pauvres, les petits, les faibles; elle leur a bâti des palais, et elle a mis à leurs pieds des rois et des reines, des légions d'anges terrestres pour les honorer, les aimer et les servir.

Aimez l'Eglise parce que, dans tordre religieux et surnaturel, elle a fait des merveilles dont elle a le monopole, et qui sont à son front la marque éclatante de sa divine origine.

Elle a créé la virginité. L'Empire romain avait de la peine à trouver une douzaine de vestales. L'Eglise en a trouvé des milliers. Elle en a peuplé les solitudes. Elle en a jeté sur tous les chemins du monde, comme Dieu a jeté~ les étoiles sur tous les chemins du firmament.

Elle a créé la pauvreté volontaire. La soif de l'or dévore l'humanité. L'Eglise a offert au monde le spectacle étrange d'hommes et de femmes qui font vœu de mettre l'or et l'argent sous leurs pieds et de vivre de rien.

Elle a créé l'obéissance. Sous tous lescieux, depuis dix-neuf siècles, on a vu des milliers d'âmes librement soumises à la volonté d'un supérieur et abdiquant héroïquement leur propre personnalité.

Enfin elle a enfanté des miracles qui étincellent à toutes les pages de son histoire, et elle a produit des

millions de saints qui ont embaumé la terre du parfum de leurs vertus surhumaines.

Voilà, Messieurs, ce que je vais essayer de vous raconter. Le sujet est vaste. Mais comme il est beau ! comme il est digne de vous être présenté et capable de vous captiver et de vous faire du bien ! Puissé-je par ma bonne volonté suppléer à mon insuffisance ! Et vous, Messieurs, aidez-moi de votre attention, de votre bienveillance, de votre assiduité croissante ! Les bienfaits de l'Eglise sont admirables et sans nombre. L'Eglise, à cause de ses bienfaits, mérite d'être aimée de tous. Mais ici une question se pose qui réclame une solution immédiate.

II. Pourquoi l'Église malgré sesbienfaits est-elle détestée de beaucoup? «

Si l'Eglise est la grande bienfaitrice de l'humanité, pourquoi rencontre-t-elle tant et de si formidables ennemis? Car, ce n'est pas niable, l'Eglise sème des bienfaits, et très souvent elle ne recueille que des ingratitudes. Pourquoi? Ne vous scandalisez pas, Messieurs, de ce phénomène qui semble étrange, mais qui, hélas! n'est que trop naturel, vu la sottise et la méchanceté humaines.

La sottise humaine est sans limites. Elle est capable de dévorer les absurdités les plus mons-

trueuses. Or, bien que l'Eglise soit évidemment la plus grande bienfaitrice de l'humanité, il s'est rencontré de tout temps des milliers d'hommes qui n'ont pas su la reconnaître, qui lui ont prêté sottement des intentions qu'elle n'a pas et lui ont attribué des procédés qu'elle réprouve. Elle est mère ; ils Font regardée comme une marâtre et un -monstre, et partant de cette fausse opinion, de ce préjugé grossier, ils lui ont déclaré la guerre au lieu de lui tendre la main. Et encore, Messieurs, si l'Église ne rencontrait sur son chemin que la sottise humaine !

Mais fréquemment la sottise se complique de méchanceté, et comment venir à bout de la méchanceté humaine? Les bienfaits, loin de la désarmer, ne font que l'irriter davantage. Athènes proscrivait son plus vertueux citoyen, parce que son peuple était importuné d'entendre toujours vanter le juste Aristide. Athènes tuait la vertu même, en faisant boire la ciguë à Phocion et à Socrate. Rome accordait l'influence et les faveurs populaires aux Gracques, à Marius, à Catilina, à Clodius, à César, César le plus vicieux des Romains avant d'en être le plus grand; et Caton était réduit à se déchirer les entrailles, et Brutus tombait sur son épée en reniant la vertu. Voilà l'histoire, Messieurs. La méchanceté humaine ne peut supporter le spectacle de la vertu. Le mal est l'ennemi né du bien. Et si maintenant vous me demandez pourquoi l'Eglise,

malgré ses bienfaits, rencontre tant et de si terribles ennemis, je vous ai répondu. L'Eglise est l'incarnation, l'apparition visible du vrai et du bien sur la terre. Elle compte autant d'ennemis qu'il y a sur la terre de gens qui détestent le vrai et le bien. Les méchants ne peuvent la tolérer, parce qu'ils sentent d'instinct qu'elle les condamne. Les méchants voudraient la supprimer, lui enlever la lumière, l'air et le soleil de la liberté, parce qu'ils sentent d'instinct qu'ils ne peuvent pas lutter avec elle sur le terrain de la conscience et de l'honneur. L'Eglise les importune, les exaspère, et leur impiété voudrait anéantir le Dieu qu'ils ont quitté. L'Eglise a des mains pour bénir et pour semer les bienfaits; or ces maternelles mains, ils voudraient les enchaîner. Ils attachent donc à la croix et sa main droite et sa main gauche ; et elle, avec ses deux mains enchaînées, faisant encore ce qu'elle peut, dit à ses ennemis : u Oh ! ôtez-moi ces entraves, laissez-moi bénir et sauver l'humanité! » Et ses ennemis de lui répondre : « Non! si tu étais libre, tu serais plus forte que nous ! Si tu étais libre, tu verserais tes bienfaits sur le monde, et le monde conquis, charmé, viendrait à toi ! Non, tu ne seras pas libre! » Ne vous étonnez pas, Messieurs, que l'Eglise ait des ennemis. C'est sa gloire et c'est son tourment, et jusqu'à la fin des temps elle doit subir ce tourment et boire à ce calice de gloire.

Pour vous, Messieurs, en présence des bienfaits de l'Eglise, vous ne serez ni des aveugles ni des ingrats. Vous saluerez avec amour la divine bienfaitrice de l'humanité. Vous vous grouperez autour d'elle avec empressement. Vous lui ferez une ceinture d'honneur de vos sympathies et de vos respects. Vous et moi, nous chanterons ensemble les bienfaits et les gloires de la sainte Eglise catholique, et nous serons ses enfants très fiers, très reconnaissants et inaltérablement dévoués !

Amen I

DEUXIÈME CONFÉRENCE

Les Bienfaits de l'Église dans l'ordre intellectuel

/ — U ÉGLISE ET LES LETTRES 1° l'église et la théologie

Messieurs,

Nous allons étudier ensemble les bienfaits de l'Église, et d'abord les bienfaits de l'Eglise dans Tordre intellectuel à l'égard des lettres, des sciences et des arts. Ce premier chapitre, à lui seul, exigerait plusieurs volumes. Je tâcherai de le condenser en quelques conférences. Aujourd'hui, je vous montrerai l'Église jetant dans le monde des idées nouveiles, de grandes idées, comme une semence destinée à féconder, à peupler, à enrichir l'intelligence humaine. Quelles sont ces idées? où sont-elles? Elles constituent une science dont l'ancien monde ne connaissait pas même le nom, la science théologique. L'Eglise a créé la théologie.

L'Église a popularisé la théologie. Voyons cela.

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