I. VÈglise a créé la. théologie
Pour vous faire comprendre ce qu'est la théologie, je vous prie de remarquer qu'elle vaut les autres sciences et qu'elle les dépasse.
1° La théologie vaut les autres sciences, les sciences profanes et purement humaines. Je ne vous en donnerai que deux preuves qui sont topiques.
— Savez-vous comhien il faut de temps pour faire un théologien passable? — Cinq ans. Tous les jours l'Eglise prend des jeunes gens qui en valent d'autres et qui généralement même sont les premiers de leur classe, les plus forts en latin et en grec, les meilleurs par la culture littéraire. Elle les enferme dans ses grands séminaires, c'est-à-dire dans des maisons de silence, de prière et de travail, c'està-dire dans le milieu le plus favorable au développement des facultés intellectuelles. Elle dit au jeune lévite : « Souviens-toi que les lèvres du prêtre sont les gardiennes de la science. Mais pour cela il faut étudier, il faut travailler! » Et pendant cinq ans elle les tient plongés dans les sources vives de la théologie. Pour faire un officier, un magistrat, un avocat, un professeur, un médecin, un industriel, il faut moins de temps que pour faire un théologien. Avouez qu'il y a là quelque chose qui en vaut la peine, une science qui vaut toutes les autres sciences.
— Ci si cinq années sont nécessaires pour faire un théologien passable, la vie tout entière suffit à peine pour faire un théologien éminent. Quels hommes que les grands théologiens! Pauvrement logés, pauvrement vêtus, pauvrement nourris, ils étudient. Ils n'ont pas peur des livres ingrats, encombrants et volumineux qui découragent notre légèreté. Ils les entassent dans de savantes bibliothèques, les prennent l'un après l'autre, les ouvrent, les consultent, les annotent, en épuisent les sens cachés, les frappent cent fois, mille fois, hier, aujourd'hui et toujours du marteau de la réflexion, pour en faire jaillir des étincelles inconnues et des rayons inédits. L'impiété déclare et voudrait prouver que l'Église estime institution ténébreuse, constamment occupée à abêtir l'esprit humain. L'impiété menteuse et injuste nous calomnie, et à ses clameurs qui ne prouvent rien j'oppose des noms qui disent tout: Irénée, Justin, Tertullien, Origène, Cyprien, Ambroise, Augustin, Jérôme, Léon, Basile, Grégoire, Hilaire, Chrysostome, Anselme, Thomas, Bonaventure, Bossuet, Fénelon, Liguori, Lacordaire,Monsabré. Tous ces hommes-là sont des théologiens, et, mis dans la balance, ils égalent et surpassent souvent en puissance intellectuelle les auteurs profanes auxquels nous prodiguons notre facile admiration. S'ils n'ont pas toujours la splendeur de la forme, ils ont au moins ce qui vaut cent fois mieux, la rectitude, la ri-
chesse et la grandeur des idées. Lisez ces hommes et reconnaissez que la théologie est une science qui vaut les autres sciences. Ce n'est pas assez dire,
2° La théologie dépasse les autres sciences, les sciences profanes et purement humaines. Elle les dépasse en profondeur, en largeur et en hauteur.
Les sciences profanes vont s'alimenter à des sources que vous connaissez et qui s'appellent la raison, la nature, le genre humain. Pour devenir savant, je me consulte moi-même, j 'observe la création, et enfin j'interroge mes semblables vivants ou disparus. La théologie, comme les autres sciences, plonge ses racines dans la raison, dans la nature et dans le genre humain. Mais elle va plus avant; ses sources sont bien autrement profondes. Elle a pour se nourrir mieux que la parole de l'homme ; elle a la parole de Dieu contenue dans l'Écriture Sainte et dans la Tradition. Et ne craignez pas que la théologie corrompe ces deux sources et en extraie des sens et des idées qui n'y sont pas. L'Eglise est là. Elle veille sur les sources de la Révélation. Elle en garantit l'authenticité, l'intégrité, l'inviolabilité. Le théologien peut nager dans cet océan; l'Eglise, si je puis ainsi dire, le tient par la main, lui signalant les points cardinaux, les coins obscurs et les sentiers libres, les routes par où il faut passer et les abîmes qu'il faut éviter.
Quelle immense étendue que celle dans laquelle se meut la théologie! Elle va de Dieu à l'atome, en passant par l'ange et par l'homme, et elle étudie successivement ou simultanément le monde divin, le monde angélique, le monde humain, le monde matériel dans les rapports multiples, profonds, mystérieux qui les unissent. C'est immense! — Et puis, au sein de l'œuvre de Dieu, naît, par le jeu de la liberté créée, l'œuvre de l'homme, c'est-àdire un mélange de vérité et d'erreur, de bien et de mal qui constitue l'histoire humaine. C'est immense ! — Et puis ce mal introduit sur la terre, Dieu seul peut le guérir, et, pour arriver à ce but, il institue une série de moyens qui forme une création nouvelle au sein de la première. C'est immense! — A la différence des sciences profanes qui se cantonnent dans une spécialité et qui n'en sortent pas, la théologie, comme une mer sans rivages, parcourt toutes les sphères, va d^ Dieu à l'atome, se meut du fini à l'infini.
Elle dépasse toutes les autres sciences en profondeur, en largeur... et en hauteur. Elle en est la maîtresse et la reine. Elle les corrige et elle les gouverne. Elle les élève et elle les complète. Toutes ont besoin d'elle pour ne pas s'égarer. Toutes ont besoin d'elle pour arriver à la lumière totale. Philosophes, historiens, physiciens, politiques, économistes, littérateurs, avocats, médecins, savants de tout genre et de toute valeur,
agitez-vous dans la sphère de vos spécialités; demandez aux Instituts des mentions honorables, des prix et des couronnes ; faites-vous dans l'opinion une place honorable et une réputation incontestée... Tout cela est bien, mais tout cela ne suffit pas. Si on veut être une grande intelligence, une intelligence complète, si on. veut marcher sûrement et aller loin et monter haut, il faut faire un peu de théologie, il faut boire au moins quelques gorgées à la coupe divine de la théologie. Ah! nos grands ancêtres le savaient bien! Ils avaient une stature intellectuelle plus imposante que la nôtre, parce qu'ils étaient plus théologiens que nous, qui ne le sommes pas du tout. Rappelez-vous Condé : « Ce n'était pas seulement la guerre qui lui donnait de l'éclat, dit Bossuet. Son grand'génie embrassait tout, l'antique comme le moderne, l'histoire, la philosophie, la théologie la plus sublime... » Bossuet en savait quelque chose ; car soutenant à vingt ans sa thèse de théologie au collège de Navarre, Condé, à qui il l'avait dédiée, entre tout à coup dans la salle. Bossuet, sans se troubler, salue et félicite le vainqueur de Rocroi. Et le grand Condé, à ce qu'il a dit luimême plusieurs fois, fut tenté d'attaquer Bossuet et de lui disputer les lauriers même de la théologie. Vous le voyez. Le vainqueur de Rocroi, de Fribourg, de Nordlingue, de Dunkerque était un théologien. Il n'en valait que mieux... Honneur à la théologie, Messieurs, et honneur à l'Église qui a
LBS BIENFAITS DE l/ÉGLISE. — 1-2
créé la science théologique! L'Eglise a fait quelque chose de plus merveilleux encore.