L'ÉGLISE EST UNE GRANDE PUISSANCE MORALISATRICE
1° l'église éclaire la conscience
Messieurs,
La morale est aussi difficile que nécessaire. Qui donc nous aidera à la pratiquer? L'Eglise. L'Église est une grande puissance moralisatrice. Comment cela? C'est ce que nous allons voir en sept ou huit conférences.
D'abord l'Eglise éclaire la conscience humaine sur la loi morale, et ce premier service qu'elle nous rend est immense. On a dit que souvent le plus difficile n'est pas d'accomplir son devoir, mais de le connaître. C'est vrai. Tel est notre besoin le plus élémentaire et le plus essentiel. Nous voulons une notion de la loi morale, claire, précise, lumineuse, saisissant tous les yeux et excluant toutes les hésitations. L'Eglise nous donne cela avant tout. Elle offre à la conscience humaine une lumière intense sur l'ensemble et sur le détail du devoir, des idées morales précises, immuables et impérieuses.
I. L'Église présente à la conscience humaine des idées morales précises.
Pour avoir une notion complète de la loi morale adressez-vous à l'Eglise. La loi morale comprend trois chapitres : les devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers nous-mêmes, et les devoirs envers Dieu ne sont pas moins sacrés que les devoirs envers le prochain et envers nous-mêmes. Si vous remplissez scrupuleusement vos devoirs individuels et sociaux, et si vous refusez de rendre à Dieu les devoirs d'adoration, de reconnaissance, de prière et de culte public qui lui sont dus, j'affirme que votre morale est incomplète, puisque dans la série de vos devoirs vous oubliez la première, la plus haute et la plus sacrée de toutes les personnalités. Vous devez à Dieu l'adoration, puisqu'il est le Maître et le Créateur,... la prière, puisqu'il est le dispensateur libre et unique de tout ce dont nous avons besoin,... l'action de grâces, puisqu'il vous a tout donné, la vie, l'intelligence, la santé, vos enfants, vos biens, tout, et que d'un moment à l'autre il pourrait tout vous enlever,... le culte public entier, puisqu'il a droit à l'hommage extérieur non moins qu'à l'hommage intime de votre être. La morale comprend les devoirs envers Dieu aussi bien que les devoirs envers le prochain et envers nousmêmes. Si vous négligez les devoirs envers Dieu,
que vous reste-t-il? Les deux tiers seulement de la morale, c'est-à-dire une morale diminuée d'un tiers, une morale tronquée et méconnaissable, de même que, si vous enlevez au triangle un de ses irois côtés, vous détruisez le triangle lui-même et ne laissez à sa place que deux lignes indécises et flottantes... C'est géométrique, mathématique, rationnel. Et le grand Racine écrivant à son fils avait bien raison de lui dire : « Je me flatte, mon fils, que, faisant votre possible pour devenir un parfait honnête homme, vous conceviez qu'on ne peut l'être sans rendre à Dieu ce qu'on lui doit. » Voilà du simple bon sens. Et cependant, en dehors de l'Eglise, ce simple bon sens est absolument et universellement méconnu. A l'heure qu'il est, dans notre société française décatholicisée, il y a des milliers et des milliers d'hommes qui se proclament les plus honnêtes gens du monde sans jamais donner à Dieu ni une pensée, ni une prière, ni une génuflexion, ni un battement de leur cœur, ni un cri de leurs lèvres, ni une minute de leur vie. Ils traitent Dieu comme une quantité négligeable, et vous chercheriez vainement chez eux, je ne dis pas le remords, mais le soupçon d'un grand devoir oublié. Transfuges de la sainte Eglise, ils ont perdu la notion complète de la loi morale, ils n'ont plus d'idées morales précises sur l'ensemble de leurs devoirs.
Et de même, pour avoir une notion détaillée 'de la loi morale, adressez-vous à l'Eglise. Elle vous expose,
elle vous explique les préceptes du Décalogue, la série des obligations qu'il impose, la définition des vertus qu'il commande, l'énumération des vices qu'il pi oscrit et des passions qu'ilréprouve. L'Église n'oublie rien ni personne, et elle annonce avec limpidité la loi qui fait les époux fidèles, les enfants respectueux, les ouvriers probes et tempérants, les serviteurs dévoués à leurs maîtres, les riches bienfaisants, les pauvres résignés, les sujets obéissants sans bassesse et libres sans révolte ; la loi qui courbe l'industrie sous le joug de la bonne foi, le commerce sous les exigences d'une probité sévère. L'Église suit et dissèque la loi morale jusque dans ses conséquences les plus éloignées et dans ses racines les plus profondes. Elle condamne non seulement le meurtre, mais la colère; non seulement les actes impurs, mais le regard coupable et la pensée secrète et inavouable ; non seulement la vengeance et la haine, mais le seul désir volontaire de nuire au prochain. Y a-t-il des ténèbres dans laconscience? Le Sacrement de Pénitence les éclaircit. Là, au tribunal qui justifie ceux qui s'accusent, le chrétien reconnaît la passion naissante, le vice caché, la faiblesse inattentive, le mouvement presque inaperçu qui tourmentait son âme au milieu des embarras de sa vie; il apprend à séparer le bien du mal; il retrouve la vue ferme* de la loi et la notion exacte de son devoir. Y a-t-il des oublis? La chaire les signale. Un jour par semaine, le chrétien vient à
l'Église; il s'instruit de ses obligations; il repasse dans son esprit les préceptes du Décalogue; il fait son examen de conscience; il donne à son âme un bain de lumière. Imaginez un peuple tout entier acceptant cette discipline et y adaptant sa vie, et vous pouvez être sûrs que ce peuple conservera le sens exact de la loi morale. Il aura la notion complète et détaillée de tous ses devoirs.
Oui, mais, dites-vous, les idées morales ont bien de la peine à s'implanter dans l'humanité. Elles y sont fortement combattues. C'est vrai. Il ne suffit pas de les jeter dans le monde comme une semence qui va germer et fleurir d'elle-même. Il faut les défendre et les protéger. Et c'est ici précisément qu'apparaît une seconde et magnifique fonction de l'Eglise catholique.
II. L'Eglise présente à la conscience humaine des idées morales immuables.
Vous avez bien raison de dire, Messieurs, que la loi morale ne peut pas se défendre toute seule. Il y a en effet deux ordres d'idées : les unes flattent nos passions, et celles-là sont douées d'une force immense d'expansion ; elles débordent pour ainsi dire d'activité et de vie; les autres, au contraire, qui répriment nos passions, trouvent une difficulté extrême à se frayer un chemin; elles ne sauraient
fournir leur carrière sans l'appui d'une institution qui leur assure la stabilité. Donc la conservation et le succès des grandes idées morales exigent des institutions puissantes; et il faut bien se garder d'abandonner ces idées à la mobilité de l'esprit humain, sous peine de les voir bientôt défigurées, ou tout au moins réduites à l'impuissance et vouées à l'insuccès. Or quelle est la grande institution qui maintient la loi morale dans son intégrité et dans son inviolabilité? N'est-ce pas l'Église et seulement l'Église?
La diversité des temps et des lieux voudrait faire
fléchir la loi morale. L'Eglise est là qui prêche la même morale à Rome, à Paris, à Londres, à Moscou, à Pékin, à Philadelphie, dans les superbes cathédrales et dans les modestes sanctuaires de nos campagnes. Partout elle annonce la même morale comme partout la même foi, et les vieux catholiques de la fidèle Irlande, instruits depuis seize siècles par leurs prêtres, ne pratiquent pas un autre Décalogue que les nouveaux convertis de la Chine, à qui il est annoncé pour, la première fois.
La violence des passions humaines voudrait à son tour entamer la loi morale. Les mondains demandent grâce pour leurs plaisirs; il déplaît aux maîtres qu'on leur reproche de traiter leurs domestiques avec dédain, aux domestiques qu'on leur demande du respect et de l'affection -pour leurs maîtres ; le vindicatif, le voluptueux, l'usu-
rier entendent sauver à tout prix l'idole de leur cœur. Mais l'Eglise tient pour nulles toutes ces réclamations. Connaissez-vous un retranchement qu'elle ait opéré dans le Décaiogue? Connaissezvous une seule convoitise qu'elle ait jamais acceptée et sanctionnée ? Non. Plus d'une fois les rois, les puissants se sont levés et ont demandé des adoucissements, des concessions. Ils ont demandé grâce pour l'adultère, pour le duel, pour la tyrannie. L'Eglise a sommé les rois de respecter la sainte
institution du mariage. L'Eglise a frappé les duellistes d'excommunication. L'Eglise n'a cessé de protester contre la tyrannie, même honorée et triomphante. Fénelon reproche à Louis XIV sa passion pour les combats, Bourdaloue son adultère, Bossuet ses entreprises contre le ministère apostolique. L'Eglise a dit la vérité aux rois. Les peuples, devenus rois à leur tour, ont aussi des flatteurs qui les perdent. Qui donc plaidera devant eux la cause de la morale? Encore l'Eglise. Debout dans ses chaires, elle dit aux peuples : « La propriété est sacrée; n'y touchez pas. La débauche vous perdra ; fuyez-en la contagion et le déshonneur. Le travail est voulu de Dieu ; acceptez-le comme un devoir et une épreuve. La diversité des conditions humaines est nécessaire; respectez cette loi providentielle. L'homme n'est pas fait pour la jouissance... » L'Eglise est la gardienne de la morale; on ne peut ni la corrompre, ni l'endormir,
ni la détourner de son service. Elle garde au monde des idées morales précises et immuables. Ce n'est pas tout.
III. L'Eglise présente à la conscience humaine des idées morales impérieuses.
Ce dernier service est d'une importance souveraine. Pour exister, le vice n'a nullement besoin de prémisses dans l'esprit; enfant de la corruption du cœur, il prospère, il grandit, si illogique, si injustifiable qu'il soit. Le mal germe et pousse tout seul au fond de notre pauvre cœur. Il n'en est pas ainsi de la vertu. La vertu est une réaction du cœur contre lui-même, c'est une violence habituelle faite à nos penchants. Or, pour nous engager dans cette pénible lutte et y persévérer, pour gravir d'un pas ferme le rude sentier du devoir, il. nous faut non seulement des idées' précises et immuables, sur lesquelles notre pied ne tremble jamais; mais il nous faut des idées morales impérieuses qui nous poussent en avant et qui nous disent : « Soldat du bien, marche, marche quand môme, marche toujours ! Tu ne peux pas, tu ne dois pas reculer. » Ces idées morales impérieuses, Messieurs, c'est encore l'Église qui les propose et les impose à la conscience humaine stimulée et entraînée.
L'Eglise nous offre de puissants motifs qui poussent vers le bien. « Dieu, dit-elle, est l'auteur
de la loi morale ; la loi morale est en vous, mais elle vient de plus haut que vous ; elle vient de quelqu'un qui ne varie pas, qui, loin d'être diminué ou changé par vos caprices, les domine et les assujettit; elle vient de Dieu. Dieu, dit-elle encore, est le Législateur de la morale ; c'est Lui qui en impose l'accomplissement, qui lui donne sa force obligatoire. Dieu, dit-elle enfin, est le vengeur de la morale ; c'est Lui qui punira la prévarication et qui récompensera la fidélité. » Quels puissants motifs de fuir le mal et d'accomplir son devoir ! Un Dieu, principe et terme de la morale, un Dieu rémunérateur et vengeur, un Dieu toujours vivant, toujours présent, qui voit tout et qui juge tout, qui met dans la balance jusqu'à la bonne et la mauvaise pensée, un Dieu qui s'est fait homme et qui est mort pour expier nos fautes, un Dieu qu'il faudra recevoir demain dans un cœur pur après une confession détaillée faite au prêtre son ministre. . . des promesses magnifiques, des menaces effrayantes... est-ce que vous ne voyez pas, Messieurs, toutes les idées moralisatrices qui fermentent dans la doctrine de l'Eglise ? Elle fait appel à la crainte, à l'amour, à la reconnaissance, à la raison, au cœur, à l'intérêt. Et aux puissants motifs qui poussent l'homme vers le bien,
Elle ajoute de nobles exemples qui attirent vers le bien. L'Eglise présente à la conscience humaine la vie typique de Jésus-Christ. Elle montre Jésus-
Christ tombant des splendeurs du ciel dans les anéantissements de l'Incarnation, obéissant jusqu'à la mort de la croix, choisissant pour son partage la pauvreté, bénissant les cœurs purs, proclamant l'excellence de la chasteté, et, bien que mille fois calomnié, ne permettant pas que l'on suspectât en lui cette adorable vertu, aimant la vérité avec une sainte passion, prodigue de ses dons, faisant le bien sur son passage et donnant sa vie pour ceux quil aime, venant non pour être servi, mais pour servir les autres, acceptant tous les opprobres, broyé sur la croix, et dans sa personne adorable et meurtrie déifiant la douleur, enfin vivant et mourant pour la gloire de son Père et le salut du monde. Devinez, Messieurs, les passions qui s'apaisent, les haines qui pardonnent, les vertus qui germent, les dévouements qui se décident aux pieds du Crucifix, sous le rayonnement de Jésus- Christ, de la Vierge et des Saints ! Devant de tels exemples descendus de si haut et nous atteignant de si près, la conscience émue,, éclairée, stimulée et entraînée, sent l'impérieux besoin de s'arracher au mal et de s'engager dans les âpres sentiers du bien. L'Église est une grande puissance moralisatrice. Elle éclaire la conscience humaine. Elle nous donne des idées morales précises, immuables et impérieuses. C'est déjà splendide!
Amen!
TROISIÈME CONFERENCE
1° l'église ÉCLAIRE LA CONSCIENCE
(suite)
L'Eglise est une grande puissance moralisatrice. La morale... tout le monde la préconise. La vertu... vous voulez la voir resplendir dans la vie de votre femme et sur le front de vos enfants; vous vous indignez quand vous vous apercevez qu'on l'outrage autour de vous ; vous applaudissez au triomphe du bien et à l'humiliation du vice. Tous, vous êtes les partisans de la morale, et, en vous disant cela, je ne vous adresse pas une flatterie, je constate simplement un fait qui est l'honneur élémentaire de la nature humaine. Or l'Église est la gardienne de la morale. Elle éclaire la conscience et elle lui présente des idées morales précises, immuables et impérieuses. Ce premier service que rend l'Eglise à la conscience humaine est déjà immense. Il constitue pour l'Église une gloire et un tourment. L'Église annonce au monde une morale précise, immuable et impérieuse.