‹ L'église et son œuvreChapitre 23 sur 98 · II . C'est sa gloire · texte numérisé non relu

II . C'est sa gloire

L'Église prêche la morale, et une morale incorruptible... Tant mieux! Je n'ai jamais entendu reprocher à une colonne d'être immobile. Que deviendrait l'édifice, si la colonne bougeait? Pourquoi donc reprocheriez-vous à l'Eglise d'être immobile, et combien cette immobilité ne vous est-elle pas salutaire? Où en serions-nous, s'il y avait des tremblements de la vérité et de la morale, comme il y a des tremblements de terre? Cent et cent fois on a vu les lois changer, l'opinion séduite, la conscience aveuglée, l'honneur lui-même défaillir, et parmi tant d'apostasies et de ruines l'Église garde

inviolablement la morale aussi bien que le dogme. Tant mieux pour vous !

Et tant mieux pour elle ! admirez-la dans son attitude. Jamais elle ne pactise avec les mauvaises passions. Fallût-il perdre un royaume, elle ne supprime pas une syllabe de sa doctrine morale. C'est sa gloire sans pareille, c'est son honneur incommunicable. Oui, l'Eglise a l'incomparable honneur de prêcher une morale parfaite. « L'esprit humain, dit Thiers, a pu avoir des démêlés avec elle sur son dogme, jamais sur sa morale. » Et cet incomparable honneur de prêcher une morale parfaite lui en attire un autre, qui en est la conséquence glorieuse et douloureuse tout ensemble, celui d'ameuter contre elle tous les mauvais instincts de la nature humaine. L'Eglise catholique a ce privilège unique d'exciter les colères de l'athée, de l'injuste, du voluptueux, de tout homme en un mot qui outrage ici-bas par sa parole, par sa plume ou par ses œuvres la vérité, le droit, la morale, la vertu, c'est-à-dire Dieu lui-même. La cause du bien, la cause même de Dieu est identifiée dans le monde avec celle de l'Eglise, et nos adversaires le prouvent mieux encore que nous par T indifférence et le dédain avec lesquels ils traitent la parole du ministre protestant ou du philosophe, pour réserver à la seule parole du Pape, des évêques et des prêtres, à la seule parole de l'Eglise leur haine, leurs objections les plus perfides et leurs coups

les plus retentissants. L'Église prêche la morale, et une morale incorruptible. Tant mieux pour elle et tant mieux pour vous, Messieurs !

Tenez. Faisons une hypothèse irréalisable. Supposons que l'Église lâche la morale, qu'elle supprime seulement toutes les questions de probité et de chasteté. Supposons que l'Église cesse de prêcher une morale précise, immuable et impérieuse. Tant pis! Sans do-ute, ce jour-là, elle retrouverait une certaine popularité auprès des passions humaines, heureuses de lui avoir enfin fermé la bouche, heureuses de ne plus l'entendre les contredire et les condamner. Tous ceux qui aujourd'hui l'accusent d'intolérance et d'exagération deviendraient ses admirateurs et célébreraient à l'envi sa prudence, sa modération, son libéralisme. Mais, ce jour-là, vous, Messieurs, vous mépriseriez l'Église catholique, et vous auriez raison, vous lui diriez et à juste titre : « 0 Église, tu as laissé tomber de tes mains les Tables de la Loi morale ; sentinelle infidèle à ta mission, tu as cessé de monter la garde sur les frontières sacrées du bien et du mal. 0 Église, tu n'as plus de raison d'être ici-bas, et je te méprise! » Oui, Messieurs, le jour où, pour gagner l'amitié du monde, nous sacrifierions les droits de la vertu ; le jour où nos lèvres timides et profanées cesseraient de prononcer les mots divins de justice, de charité, de pureté ; le jour où le courage nous manquerait pour flétrir le blas-

LES BIENFAITS DE L'ÉGLISE J8i

phème, le parjure, le vol, l'impudicité, le vice, vous, Messieurs, qui êtes honnêtes, qui avez l'estime et l'amour de tout ce qui est bien et la sainte horreur de tout ce qui est mal, vous vous lèveriez pour nous maudire, et vous secoueriez la poussière de vos pieds sur un sacerdoce qui ne serait plus digne de vous parler, qui n'oserait môme plus vous regarder en face !

Ne craignez rien. Cette extrémité honteuse pour nous et désastreuse pour vous n'arrivera pas. Dût-elle amasser sur sa tête jusqu'à la fin du monde les malédictions croissantes des passions et les violences conjurées de la brutalité et de l'hypocrisie, jusqu'à la fin du monde l'Église catholique prêchera la morale, et une morale précise, immuable et impérieuse, une morale incorruptible. C'est son tourment et c'est sa gloire.

— En terminant, Messieurs, je veux vous raconter une histoire. Vous la connaissez déjà, mais elle est si instructive et elle revient si bien à mon sujet que je ne puis résister au désir de vous la redire. Il y avait à Athènes une loi singulière qui permettait d'exiler pour dix ans un citoyen, quoiqu'il n'eût commis aucun crime, mais par cela seul que Ton craignait qu'il n'acquît une trop grande influence dans la République. C'est ce que l'on appelait l'ostracisme, d'un mot grec qui signifie coquille, parce que le peuple assemblé pronon-

çait cette étrange sentence, en votant au moyen de coquilles sur lesquelles chacun inscrivait son avis. Or, un jour que les citoyens étaient réunis pour uécider du sort du vertueux Aristide, un habitant de la campagne, qui ne l'avait jamais vu, lui demanda à lui-même d'écrire sur sa coquille un vote de bannissement. « Quel mal t'a donc fait cet homme? » lui demanda Aristide. — « Aucun, répondit l'Athénien, je ne le connais même pas! Mais je m'ennuie de toujours l'entendre appeler le Juste. » Ainsi, dans cette ville ingrate et légère, on condamnait un citoyen même pour sa vertu. Messieurs, beaucoup d'hommes de ce siècle, campagnards ou citadins, votent sans sourciller l'exil ou la mort de l'Église, et quand on leur demande : « Quel mal vous a-t-elle fait ? » ils sont obligés de répondre : « Aucun, nous ne la connaissons même pas ; mais nous sommes ennuyés de toujours l'entendre nous prêcher la vérité et la vertu ! » L'Eglise, Messieurs, est une grande puissance moralisatrice. A cause de cela le monde la maudit, à cause de cela je vous invite à la bénir, à la remercier et à la chanter !

Amen!

QUATRIÈME CONFÉRENCE

2° l'église FORTIFIE LA VOLONTÉ

Messieurs,

L'Eglise est une grande puissance moralisatrice. Elle éclaire la conscience. Elle prêche la morale, et une morale précise, immuable et impérieuse, une morale incorruptible. C'est déjà beaucoup. Mais c'est insuffisant. Car, une fois qu'on connaît son devoir, il faut le pratiquer, et là commencent les grosses difficultés. L'Eglise peut-elle quelque chose contre ces difficultés? Elle éclaire la conscience. A-t-elle un peu de force à donner à la volonté? Oui. En présence du mal à éviter et du bien à accomplir, la volonté humaine est faible, et l'Eglise fortifie la volonté humaine.

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