II. L'Église fortifie la volonté humaine
L'Église éclaire la conscience, et, en donnant à l'homme la lumière qui indique le devoir et les motifs puissants qui poussent à l'accomplir, elle
agit déjà sur la volonté d'une manière indirecte, mais très réelle et très eflicace. Cependant, pour faire le bien et éviter le mal, il ne suffit pas de voir et de vouloir ; il faut pouvoir. L'Eglise intervient et elle suggère à la volonté humaine des possibilités, des énergies, des puissances très particulières. L'Eglise a reçu en dépôt la grâce et les sacrements, et elle les distribue par le canal du sacerdoce. Or, par la grâce, par les sacrements et par le sacerdoce, l'Eglise journellement tend la main à la volonté humaine qui n'en peut plus ; elle lui donne la faculté et le pouvoir de réaliser ce qui ne serait que de vagues désirs et d'inutiles aspirations. Ce ne sont pas là, Messieurs, des affirmations chimériques. Veuillez m' entendre attentivement jusqu'au bout. Je ne désespère pas de vous convaincre. Je viens de nommer la grâce d'abord. Pour triompher de cette puissance désordonnée et presque tatale qui se nomme la passion, il ne suffit pas des leviers plus ou moins aléatoires de la morale indépendante ; il faut dans la volonté humaine un accroissement surhumain ; cet accroissement surhumain, nous le nommons la grâce. D'où vientelle? De Dieu seul. Où agit-elle? Dans les profondeurs de l'âme, sur la volonté. J'entends ici le génie matérialiste de notre époque m'interpeller du fond de ses laboratoires et me dire : Qu'est-ce que la grâce? Quel est ce moteur latent qui échappe aux constatations scientifiques et que les lois nié-
caniques ne règlent pas? Quelle est cette force dont la source et la direction sont cachées dans le ciel, dont les ressorts ne furent jamais vus sur la terre et dont le calibre n'est point mathématiquement déterminé? Qu'est-ce que la grâce et existe-t-clle seulement? — Messieurs, il est facile de répondre aux explorateurs exclusifs de la matière et de leur prouver, par des faits, que la grâce est une réalité et que par elle le niveau de la moralité catholique dépasse de beaucoup le niveau de la moralité païenne ou simplement philosophique; nous n'avons qu'à leur montrer les vertus des saints, les vocations exceptionnelles et la vie des chrétiens ordinaires et à leur dire : Regardez ! Par l'abus de sa liberté, l'homme tombe plus bas que lui-même; par le secours de la grâce, l'homme se relève jusqu'à Dieu. La grâce est une réalité; elle descend du cœur de Dieu, et elle décuple les forces de la volonté humaine. Et la grâce, comment arrive-t-elle à la volonté humaine? Par d'innombrables débouchés, par la prière, par le jeûne, par l'aumône, par les bonnes œuvres, enfin par les sacre?nenls. Vous auriez tort, Messieurs, de traiter à la légère ces pratiques divinement moralisatrices qu'on appelle les sacrements. Les sacrements ne sont pas un cérémonial purement extérieur et superficiel; ils sont un des principes les plus puissants de la moralité chrétienne, et, à passions égales, tout homme muni de ce viatique divin pratique plus de vertus qu'un chrétien
de pure spéculation. Qui nous dira, par exemple, tout ce que la volonté humaine trouve de force dans la Pénitence et dans l'Eucharistie? «Tous les êtres de la création, dit le curé d'Ars, ont besoin de se nourrir pour vivre. Il faut aussi que l'âme se nourrisse. Lorsque Dieu voulut donner une nourriture à l'àme humaine pour la soutenir dans le -pèlerinage de la vie, il promena ses regards sur la création et ne trouva rien qui fût digne d'elle. Alors il se replia sur lui-même et résolut de se donner. 0 âme de l'homme, que tu es grande, puisqu'il n'y a que Dieu qui puisse te contenter ! » Ce ne sont pas là, Messieurs, de vaines paroles, ce sont des faits. Les sacrements ont journellement une double efficacité pratique : ils conservent et ils restaurent la moralité.
En mettant la force de Dieu dans l'àme humaine, les sacrements conservent l'innocence. En dehors des observances sacramentelles qui attiédissent les passions du jeune âge, pas de fleur à nos foyers qui ne se flétrisse, pas de chasteté qui ne soit eniamée. Partout où il y a une innocence demeurée intacte, ce n'est pas un pédant sceptique, c'est un ministre de la grâce chrétienne qui est le chérubin préposé à la garde de ce nouvel Eden ; partout où de tels ministres sont absents, on ne voit que des Rachels refusant d'être consolées parce que leurs fils sont perdus pour la vertu.
En mettant la force de Dieu dans l'âme humaine,
les sacrements, non seulement conservent, mais restaurent l'innocence. Comment restaurer une âme qui a défailli? Il est facile de déchoir, mais il n'est pas facile de remonter les abîmes descendus. Tomber est une faiblesse de nature, mais se relever est un triomphe qui la dépasse. Et ce triomphe on ne peut le remporter qu'avec la grâce de Dieu. Voici un homme tombé, écrasé sous le poids de sa faute. D'autres disserteront sur ses ruines, avec les sacrements nous les ferons, palpiter. D'autres lui expliqueront le mouvement, avec les sacrements nous nous chargeons de le lui donner. La volonté humaine, destituée d'un auxiliaire surnaturel, est incapable de revenir spontanément et seule du mal au bien. Cet auxiliaire surnaturel, ce sont les sacrements qui tantôt conservent et tantôt restaurent la moralité.
Le catholicisme qui garde intact le dépôt des sacrements est la religion qui obtient le plus de sacrifices de la volonté humaine. Le schisme grec, qui les défigure, vient après. Le protestantisme, qui en renie la plus grande partie, s'avance un degré plus bas. Le rationalisme, qui n'en connaît aucun, a beau se placer à l'avant-garde du mouvement intellectuel; il est le plus attardé des symboles sur le chemin de la vraie moralité. Que si vous objectez ici la correction, la pureté plus ou moins authentique de certaines populations russes ou anglicanes, je vous ferai remarquer trois choses : 1° cette
sévérité des mœurs moscovites ou protestantes est très contestable; 2° s'il y a dans le schisme et dans riiérésie des vertus sérieuses, ces vertus sérieuses sont dues à la portion de sève chrétienne qui reste encore dans le schisme et dans l'hérésie ; 3° quand on compare les peuples catholiques aux peuples schismatiques et hérétiques, il faut tenir compte, pour apprécier leur moralité respective, des conditions climatériques et autres qui influencent ces différents peuples. Il est évident, par exemple, que la moralité n'est pas également réalisable sous le ciel de la Sibérie ou de l'Allemagne, et sous les zones ardentes de l'Espagne et de l'Italie. Vous prétendez que les sacrements ne corrigent pas les mœurs des catholiques méridionaux. Que serait-ce donc si ces mêmes catholiques, déjà imparfaits malgré ces secours divins, en étaient subitement privés ?
La volonté humaine est faible. L'Eglise la fortifie au moyen de la grâce et des sacrements, et elle distribue la grâce et les sacrements par le sacerdoce. Je devrais ici vous parler de l'action moralisatrice du clergé. C'est une étude qui exige du temps et sur laquelle je me propose de revenir plus tard. J'en ai dit assez aujourd'hui pour vous permettre d'admirer et de bénir l'Eglise catholique. Elle éclaire la conscience et elle fortifie la volonté. Gloire à elle l
CINQUIÈME CONFERENCE
3° l'église TRANSFORME LA VIE
• Messieurs,
L'Église est une grande puissance moralisatrice. Elle éclaire la conscience, elle fortifie la volonté, et enfin elle transforme la vie. On juge l'arbre par ses fruits. Apprenons à connaître l'Eglise en constatant les fruits de vertu dont elle est la mère. Faisons ensemble cette étude très intéressante et très instructive.