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II. L'Église a popularisé la théologie

Je dis que cela est merveilleux. Rien de pareil ne s'est vu dans l'ancien monde, et en dehors de l'Église rien de pareil ne se vit dans le monde nouveau. Les sages de l'antiquité avaient deux doctrines : l'une ésotérique, intérieure, mystérieuse, l'autre exotérique, extérieure et populaire. Ils gardaient pour eux le monopole des idées supérieures, et ils laissaient la masse se repaître de grossiers mensonges et de fables puériles. Et c'est encore la méthode de nos sages contemporains, malgré le grand bruit qu'ils font de leur apostolat auprès des classes populaires. Ils ont pour le menu peuple le dédain le plus transcendant. Il répugne à ces beaux esprits de livrer leurs élucubrations superbes aux malentendus de la foule. « L'humanité se composant de quelques individus exceptionnels, disentils, pourvu que ce petit nombre puisse se développer librement, il s'occupera peu de savoir comment le reste proportionne Dieu à sa hauteur. » Qui donc a prononcé cette parole méprisante pour le reste de l'humanité, c'est-à-dire pour la grande masse populaire? Qui? Un homme que nos contemporains ont adoré bêtement pendant quarante ans, Renan.

Renan, d'ailleurs, n'est pas plus cynique que Voltaire, lequel écrivait à son ami Damilaville : « Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu'il soit instruit, il n'est pas digne de l'être. » Et encore : « Il est essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. » Et encore : « Le laboureur- ne mérite pas d'être instruit, c'est bien assez pour lui de manier le hoyau, le rabot et la lime. » Et encore : « Ce n'est pas le manœuvre qu'il faut instruire, mais le bon bourgeois. » Voilà, Messieurs, ce que pensent et disent les sinistres farceurs qu'on est convenu d'appeler les grands hommes. Ils ont pour le peuple un mépris souverain.

Et l'Eglise? L'Eglise, elle, ne connaît pas ces procédés prétentieux et outrageants. La science théologique, c'est-à-dire ce qu'il y a de meilleur, de plus élevé, de plus profond, l'Eglise la prodigue à tous. Pour 40 ou 50 centimes et souvent pour rien, le peuple peut avoir en mains sa théologie et se faire à lui-même l'honneur et le plaisir de l'apprendre par cœur. Toutes les grandes vérités théologiques sont résumées ou exposées dans le catéchisme. « Il y a un petit livre, dit JoufTroy, qu'on fait apprendre aux enfants et sur lequel on les interroge à l'église. Lisez ce petit livre, vous y trouverez une solution de toutes les questions : origine du monde, origine de l'espèce, questions de races, destinée de l'homme en cette vie et en l'autre, rapports de l'homme avec Dieu, devoirs de l'homme

envers ses semblables, droits de l'homme sur la création, l'enfant chrétien n'ignore rien. Et quand il sera grand, il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique, sur le droit des gens ; car tout cela sort, tout cela découle avec clarté et comme de soi-même du christianisme. Voilà ce que j'appelle une grande religion : je la reconnais à ce signe qu'elle ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent l'humanité.» Messieurs,, ne méprisez pas le catéchisme. Le catéchisme est une force. Vous en doutez? Rappelezvous l'histoire d'hier. Est-ce que nous n'avons pas vu la puissance publique se mettre en mouvement contre ce modeste livre? Est-ce que des flots de paroles n'ont pas coulé pour le submerger? Est-ce que des lois n'ont pas été faites pour l'empêcher d'entrer dans les écoles et pour l'en faire sortir? Comprenez par là que le catéchisme est quelque chose de grand, quelque chose de fort, quelque chose qui compte. Puisque toutes lès hypocrisies et toutes les violences se concertent pour déchirer les pages du catéchisme, il nous est facile de conclure que le Gatéchisme mérite toute notre attention et tous nos respects. Et puis consultez vos souvenirs. Rappelez-vous ces simples et admirables définitions de Dieu, de la Création, de la Trinité, de l'Incarnation, de la Rédemption, de la prière, des sacrements, des fins dernières. Quel magnifique assemblage .d'idées profondes, sous des formules claires

et précises! La vérité religieuse, la vérité théologique est là opulente et totale, et elle est toute moulue, prête à être mangée, accessible et friable comme le pain sur nos tables, appropriée aux plus simples intelligences et digne des intelligences les plus hautes.

Saluez, Messieurs, la puissance intellectuelle de l'Église ! Elle a jeté dans le monde de grandes idées, des idées nouvelles. Et ces idées elle ne les a point données en partage seulement aux grands esprits, mais elle les a semées d'une main prodigue dans toutes les âmes, et « tel paysan, dit Lacordaire, qui coupait le bois dans la forêt de Versailles, avait sur les choses divines des illuminations aussi profondes que celles de Bossuet, étonnant de son éloquence et de sa doctrine la cour de Louis XIV ». L'Eglise a créé la théologie. Elle a fait plus et mieux : elle a popularisé la théologie, et, j'ose l'affirmer, cette œuvre de vulgarisation est un des plus beaux diamants de sa couronne royale !

Amenl

TROISIEME CONFERENCE

2° l'église ET LA PHILOSOPHIE

Messieurs,

L'Église est une grande puissance intellectuelle. Elle a jeté dans le monde des idées nouvelles. Elle a créé et popularisé la théologie. Mais, au-dessous de la théologie, il y a une science humaine, qui a sa source non plus dans la parole de Dieu, mais dans la raison, science orgueilleuse et cependant impuissante par elle-même à suivre son chemin et à aller jusqu'au bout de ses principes : c'est la philosophie. L'Eglise a rendu de grands services à la philosophie : elle en a été la gardienne et la propagatrice : elle Fa protégée et vulgarisée.

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