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III. L'Église seule console la souffrance

Elle ne supprime pas la souffrance, mais d'abord

elle l'explique. Elle va vers l'humanité gémissante non pour la flatter, mais pour l'instruire, non pour la repaître de chimères et d'utopies, mais pour lui donner des réalités, pour lui dire : « 0 homme souffrant et meurtri, écoute. Il y a un Dieu personnel et agissant, qui s'occupe de tout, qui gouverne tout, qui s'intéresse à tout, même aux plus humbles détails de ta vie, puisqu'il ne tombe pas un cheveu de ta tête sans sa permission. Ce Dieu t'a créé pour le connaître, l'aimer, le servir et par ce moyen obtenir la vie éternelle. » Et alors cet homme relevant sa tête fatiguée dit : « Je souffre ! Je souffre dans mon corps, dans mon âme, dans ma famille ! » Et la religion lui répond : « Cette souffrance t'a été donnée comme épreuve ; il faut lutter. Elle a sans doute sa raison d'être dans les fautes du passé ; il faut t'humilier. Elle aura sa compensation dans l'avenir ; il faut espérer. Il faut souffrir avec patience, humilité, espérance, en regardant Dieu qui vous voit, vous attend et vous récompensera. »

Et, si cette doctrine paraît austère, et elle l'est en effet, l'Eglise pour la faire accepter tient en réserve de puissants moyens. Avec la lumière qui explique la douleur, elle offre à ceux qui souffrent des exemples qui la rendent supportable. Sous les yeux de l'humanité gémissante, elle étale la chaîne indéfinie des saints, nos frères, nos modèles et nos intercesseurs : Marie, la mère des douleurs, Joseph,

l'artisan de Nazareth, les apôtres, les martyrs et les vierges... immense armée de créatures humaines qui nous ont devancés dans l'épreuve et qui nous attendent dans la gloire, qui sont à l'honneur après avoir été à la peine. L'Eglise fait mieux encore. Sous les yeux de l'humanité gémissante elle étale la sanglante image du divin Crucifié. Elle vient au devant de la souffrance, non pas avec de belles phrases, mais avec une croix nue et sur cette croix il y a un Dieu ! Elle ne dit qu'un mot : Regarde. Et c'est fait. Avec des infortunes elle fait des bienheureux. Elle embaume la souffrance, elle la rend supportable, quelquefois délicieuse, en la plaçant sous le doux rayonnement de la Croix. Ah ! Messieurs, vous entendez parler à chaque instant de la question sociale. Qu'est-ce donc que la question sociale? C'est tout simplement le problème de la douleur qui n'est pas résolu. Il y a dans le monde des masses de gens qui souffrent et qui ne sont pas consolés, et qui, n'étant pas consolés, poussent des cris de haine et rugissent sous le fouet de la douleur... Voilà toute la question sociale. Pour la résoudre> bon gré malgré, il faut aller à l'Eglise, qui seule au monde est capable de nous donner la parole de vérité qui explique la souffrance, les exemples qui la rendent supportable.

Et les services qui la diminuent. Il y a ici tant à dire que je ne dirai qu'un mot. L'Eglise offre à la douleur des services dévoués et incessants. Cela

est si vrai que, quand il y a une douleur quelque part, c'est presque toujours auprès de la religion de Jésus-Christ qu'elle va d'abord et d'instinct se réfugier. Que ne fait-on pas en ce siècle pour enlever au peuple l'amour du prêtre? Eh bien! malgré ces efforts sataniques, le peuple reste attaché à son clergé. Dans ses tristesses et dans ses larmes il prend le chemin qui mène à nos demeures ; il vient verser son âme dans la nôtre ; et dans chaque paroisse le presbytère est encore la maison la plus hospitalière, la plus aimée, la plus fréquentée. L'homme qui souffre sait parfaitement où sont ses vrais amis, et il va les chercher dans le sein de TEglise catholique.

L'Eglise seule console l'humanité au milieu des épreuves de la vie, et en présence de la mort c'es* elle encore, et elle seule qui vient à notre secours, soit que nous perdions ceux que nous aimons, soit que nous-mêmes soyons saisis par le trépas. L'incrédulité n'a à nous offrir que des paroles de néant et de désespoir, et la philosophie hésitante et troublée s'avoue impuissante à nous dire le secret de la mort. L'Eglise, elle, parlant au nom du ciel, vient calmer nos anxiétés. Elle nous annonce que nos trépassés sont vivants, que nous pouvons les soulager, que nous les retrouverons un jour. Messieurs, il y a des gens qui ne veulent croire ni à Dieu, ni à Jésus-Christ, ni à aucun de nos mystères. Mais ils sont bien forcés de croire à la mort de leur

père, de leur mère, de leurs enfants. Alors la religion chrétienne vient murmurer à leurs oreilles ses paroles de vie et d'immortalité. Pendant que le vide se fait autour d'eux et que le monde n'a plus rien à leur dire, la religion chrétienne leur montre le ciel, et tout bas ils avouent qu'elle est vraiment divine, puisque seule elle a le secret de la consolation.

Et non seulement l'Église nous console de la mort de nos proches, mais elle embaume encore et elle transfigure notre propre mort. Lorsque, en 1815,' le maréchal Ney fut condamné à mort, un soldat lai dit : « Maréchal, est-ce que vous ne demandez pas un prêtre? » — « Non, dit le maréchal Ney, je ne connais pas ces gens-là. » — « Vous avez tort, maréchal, reprit le soldat; il me semble qu'au point où vous en êtes vous devriez mettre ordre à votre conscience, car vous allez bientôt paraître devant Dieu. Voulez-vous que les deux jeunes orphelins que vous laissez disent de leur glorieux père qu'il meurt en païen?» Cette parole loyale et chrétienne toucha le maréchal. Il se redressa et répondit les yeux en larmes : « Vous avez raison, mon ami.. Il ne suffit pas d'avoir promené à travers le monde les vaillantes armées de la France, mais il faut encore mourir en honnête homme ! » Un prêtre vint de Saint-Sulpice. Le maréchal s'entretint une heure avec lui, et quand le moment fatal fut venu et qu'il fallut monter en voiture : « Merci, monsieur l'abbé, dit Ney, au prêtre, vous

ni avez consolé ! Montez le premier, je serai avant vous là-haut! » Quelques instants plus tard, une voix sonore retentissait dans le parc du Luxembourg : « Soldats, frappez au cœur ! » Et l'immortel héros de la Moscowa et du Mont-Saint-Jean tombait percé de douze balles. Il était mort consolé et chrétien.

— L'Eglise seule console la souffrance. « Aussi, puis-je conclure avec Thiers, tandis que le paganisme n'a pu supporter un moment l'examen de la raison humaine, le christianisme dure après que Descartes a posé le fondement de la certitude, après que Galilée a découvert le mouvement de la terre, après que Newton a découvert l'attraction, après que Voltaire et Rousseau ont renversé les trônes. Et tous les politiques sages souhaitent qu'il dure... » Et une autre fois à la tribune française le même homme s'écriait : « Si j'avais dans mes mains les trésors de la foi, je les ouvrirais sur mon pays ! » Prêtre de Jésus-Christ, je vous présente ce trésor de la foi et je l'offre à vos âmes fatiguées et à vos cœurs meurtris. Qui que vous soyez, vous avez souffert, vous souffrez, ou vous souffrirez demain : l'Eglise seule est capable de vous consoler. Venez à elle 1

Amm!

DIXIEME CONFÉRENCE

L'Église et le progrès moral

Messieurs,

J'achève aujourd'hui le second chapitre de notre étude sur les bienfaits de l'Eglise. L'Eglise est une grande puissance intellectuelle, et nous avons constaté son influence dans l'ordre des lettres, des sciences, des arts et de l'enseignement. L'Église est une grande puissance moralisatrice et la seule puissance moralisatrice suffisante. Je n'ai plus qu'un mot à dire sur ce sujet. Dans le passé, dans le présent et dans l'avenir, l'Eglise a été, est et sera la mère et la gardienne du progrès moral.

I. Dans le passé, l'Église a été la mère et la gardienne du progrès moral.

Pouvait-il en être autrement? Elle possède et elle garde inviolablement le code complet et détaillé de la loi morale. Cette loi éternelle que Dieu a gravée

dans la conscience, avant de la graver dans les livres, à qui a-t-elle été confiée sinon à l'Église catholique? Mais parce que la loi morale est dure à la nature et difficile à observer, l'Eglise présente à la faible humanité les motifs déterminants et impérieux qui poussent à la fuite du mal et à la pratique du bien. Elle nous dit que la morale est l'expression de la volonté de Dieu, que c'est Dieu qui nous commande d'être purs, d'être justes, d'être probes, d'aimer nos frères ; elle nous montre la récompense et les châtiments de la vie future, non pour donner à l'accomplissement de la loi morale un caractère intéressé ,qui lui ferait perdre son principal mérite, mais pour soutenir la volonté contre ses propres défaillances, en alliant à l'idée de la perfection celle du bonheur. Et puis à ces puissants motifs qui poussent, l'Eglise ajoute des exemples qui entraînent. Elle suspend devant nos yeux l'image du divin Crucifié, en qui la loi morale a trouvé sa personnification la plus auguste, et, au lieu de préceptes abstraits et de sentences emphatiques, elle nous offre le précepte simple,, vivant, palpable en quelque sorte dans les exemples de cet Homme-Dieu qui, après avoir été le type le plus achevé de la vertu sur la terre, en a été le martyr. Et si tout cela ne suffit pas, l'Eglise a encore autre chose à nous donner : elle nous apporte le secours d'en haut, la force divine, la grâce qu'on obtient par la prière et qui se puise dans les sacrements. Elle nous

conduit au pied du prêtre et devant les autels ; elle nous arrache l'aveu de nos fautes et les larmes expiatrices qui les rachètent; elle nous nourrit de la chair et nous abreuve du sang du Christ ; elle nous rend une conscience régénérée et une volonté raffermie pour affronter de nouveau les luttes qu'il faut sans cesse recommencer ici-bas. Avec de tels moyens, comment l'Eglise eût-elle été stérile et impuissante pour la conquête de la perfection morale? Elle ne l'a pas été.

Depuis dix-neuf siècles l'Eglise moralise l'humanité. Le fait est impossible à nier. Les ennemis de l'Eglise eux-mêmes sont obligés de le reconnaître et de le constater. Ecoutez là-dessus Taine, qui fut un incrédule, mais qui ne fut pas un imposteur: « Aujourd'hui, dit-il, après dix-neuf siècles, le christianisme est encore l'agent spirituel le plus puissant, la grande paire d'ailes indispensables pour soulever l'homme au-dessus de la vie rampante et de ses horizons bornés, pour le conduire à travers la patience, la résignation et l'espérance, jusqu'à la sérénité, pour l'emporter par delà la tempérance, la pureté, la bonté, jusqu'au dévouement et au sacrifice. Toujours et partout depuis dix-neuf cents ans, sitôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les mœurs publiques et privées se dégradent. En Italie, pendant la Renaissance, en Angleterre sous la Restauration, en France sous la Convention et le Directoire, on a vu l'homme se faire païen

comme au ier siècle; du même coup, il se retrouvait tel qu'au temps d'Auguste et de Tibère, c'està-dire voluptueux et dur; il abusait des autres et de lui-même; l'égoïsme brutal et calculateur avait repris l'ascendant, la cruauté et la sensualité s'étalaient, la société devenait un coupe-gorge et un mauvais lieu. Quand on s'est donné ce spectacle, et de près, on peut évaluer l'apport du Christianisme dans nos sociétés modernes, ce qu'il y a introduit de pudeur, de douceur et d'humanité, ce qu'il y maintient d'honnêteté, de foi et de justice. Ni la raison philosophique, ni la culture artistique et littéraire, ni même l'honneur féodal, militaire et chevaleresque, ou un code, ou une administration, ou un gouvernement ne suffit à le suppléer dans ce service. Il n'y a que lui pour nous retenir sur notre pente fatale, pour enrayer le glissement insensible par lequel incessamment et de tout son poids originel notre race rétrograde vers ses bas-fonds, et le vieil Evangile est encore aujourd'hui le meilleur auxiliaire de l'intérêt social. » Il est difficile, Messieurs, d'avouer plus franchement et plus éloquemment l'influence moralisatrice de l'Église depuis dix-neuf siècles. Car ce vieil Evangile, dont on reconnaît la puissance et la fécondité, qui le garde, qui l'explique, qui en a fait le code des nations civilisées, qui l'a infusé dans l'âme et dans le sang de la chrétienté? Qui, sinon l'Eglise catholique? Et ce que l'Église a fait jadis elle le fait encore aujourd'hui.

LES BIENFAITS DE L'ÉGLISE 2oi

II. Dans le présent l'Église est la mère et lo. gardienne du progrès moral.

C'est facile à voir. Contemplez un peu les peuples qui abandonnent les salutaires prescriptions de l'Église. Ils retombent dans la barbarie. Voyez ce qui se passe aujourd'hui dans la Grèce, en Turquie, au nord de l'Afrique. Autrefois ces pays étaient le théâtre d'une civilisation intellectuelle et morale très avancée. Aujourd'hui ces peuples sont en pleine décadence. L'Eglise n'est plus là, et ils meurent de son absence. Il est vrai que, même sous le régime de l'Eglise catholique, nous voyons certains peuples méridionaux se mettre à l'aise avec la morale et se laisser aller à des désordres, à des licences qui nous étonnent et nous scandalisent. Réfléchissons un peu. Que serait-ce donc si ces mêmes peuples méridionaux, déjà imparfaits malgré l'influence de l'Eglise, en étaient subitement privés? Ils seraient cent fois pires, ils tomberaient au niveau des sensuels et féroces Musulmans.

D'ailleurs à quoi bon aller chercher loin la démonstration contemporaine de l'action moralisatrice de l'Eglise ! Voyez tout près de vous ces villes, ces villages où l'on fait profession d'impiété, où l'on rencontre des hommes qui se moquent superbement de ceux qui vont à la messe, de ceux qui remplissent leurs devoirs de catholiques. Est-ce que

2o2 CONFÉRENCES AUX HOMMES

dans ces villes et dans ces villages qui se vantent d'être en progrès, la moralité est bien grande ?Respecte-t-on beaucoup le bien et la réputation du prochain? Respecte-t-on la morale naturelle? Non. La corruption la plus effrénée s'y étale publiquement. Ces hommes impies, ces femmes dévergondées qui nous accusent, nous catholiques, d'être en retard, oh! ils ont bien progressé, eux, et ils sont vraiment très avancés, non pas du côté de la vertu, mais du côté du vice. Ils dédaignent les sept sacrements, mais en revanche ils cultivent soigneusement les sept péchés capitaux. Voilà leur progrès. Qu'en pensez-vous? Le progrès des impies m'inquiète, et j'ai résolu de donner ma préférence au progrès par l'Eglise et avec l'Eglisn. Ecoutez ici une parole de Michelet, elle est significative : « Nous pouvons nous enorgueillir à bon droit, ditil, de tant de progrès accomplis, et cependant le cœur se serre, quand on voit que dans ce progrès de toutes choses la force morale n'est point augmentée. » La force morale n'est point augmentée. Pourquoi? parce que nous sommes devenus moins chrétiens et moins catholiques que ne l'étaient nos pères, parce que l'Eglise n'est point respectée et obéie. La diminution de l'influence de l'Eglise dans notre siècle est la mesure exacte, mathématique de la diminution de la force morale. Les hommes de ce temps peuvent mépriser l'Eglise, la persécuter, l'exiler, essayer de l'anéantir, ils ne

peuvent pas s'en passer. La démoralisation est le châtiment de leur impiété. Dès qu'ils échappent aux étreintes du catholicisme, ils tombent dans la poussière et dans la fange. Aujourd'hui comme hier, l'Eglise est la mère et la gardienne du progrès moral. Et n'en doutez pas, ce sera demain comme aujourd'hui et comme hier.

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