III. Dans Y avenir, YÈglise sera la mère et la
gardienne du progrès moral.
Vous annoncez pour l'avenir d'immenses progrès matériels. Or, plus nos progrès matériels seront intenses, et plus nous aurons besoin de l'Eglise catholique. Pourquoi? parce que l'Eglise catholique nous fait vivre de la pensée. Elle est la religion spirituelle par excellence, et par conséquent elle est le refuge contre le mal et le contrepoids nécessaire au développement de nos futurs progrès matériels. Vous étalez, et demain vous étalerez davantage encore devant moi les splendeurs du luxe, 1 appât des plaisirs, les séductions de l'or et de l'argent, les enivrements de la beauté, toutes les formes les plus inédites et les plus captivantes de la jouissance Je risque d'être ébloui par tant d'attraits, fasciné par tant de promesses, pris de vertige,- vaincu. Non. Soulevé par l'Eglise, instruit, averti, menacé et stimulé par elle, je prends mon vol, je monte
dans la lumière, je plane au-dessus de la matière. J'allais être envahi par la vie matérielle. L'Église m'emporte plus haut, dans l'azur de la vie morale. Telle sera l'histoire de demain. Sinon, attendonsnous à toutes les décadences et aux derniers abaissements. Le progrès matériel nous perdra, si l'Eglise n'est pas là pour maintenir et pour exalter le progrès moral.
Et puis, en même temps qu'il marche à un progrès illimité dans l'ordre matériel, le monde se précipite vers des nouveautés inouïes dans l'ordre politique. Il y a cent ans, Chateaubriand, traçant la dernière page du Génie du Christianisme, écrivait : « Une religion dont les préceptes sont un code de morale et de vertu est une institution qui peut suppléer à tout et devenir, entre les mains des saints et des sages, un moyen universel de félicité. Peut-être un jour les diverses formes de gouvernement paraîtront-elles indifférentes, et l'on s'en tiendra aux simples lois morales et religieuses, qui sont le fonds permanent des sociétés et le véritable gouvernement des hommes. » Or, Messieurs, ces lois morales et religieuses, qui peuvent suppléera tout et que rien ne peut remplacer, où le monde de demain ira-t-il les chercher, sinon dans les mains immaculées de la sainte Eglise catholique, sinon dans le cœur et sur les lèvres du sacerdoce catholique ? Si vous supprimez par la pensée les trente mille édifices religieux où la morale chré-
tienne est chaque dimanche enseignée, cherchez quels sont ailleurs les milieux où la voix du devoir se fasse entendre. Vous ne trouverez que les écoles et les académies. Hélas ! les écoles et les académies, quand elles ne s'appuient pas sur l'autorité de la religion, n'enseignent qu'une morale boiteuse^ incomplète et impuissante. Et puis les écoles et les académies ne s'adressent qu'à une faible minorité; c'est dans les temples que l'immense majorité de la nation reçoit l'enseignement du devoir ; c'est l'Église catholique qui est seule capable d'instruire et de moraliser la multitude et de sauver la démocratie en la modérant et en la purifiant.
Demain comme aujourd'hui et hier, dans l'avenir non moins que dans le présent et dans le passé, l'Église sera la mère et la gardienne du progrès moral. Son intervention apparaîtra plus nécessaire que jamais par suite des abus et des dangers du progrès matériel, par suite des excès et des déceptions du progrès politique. Ne dites pas que le règne de l'Église est fini ; il entre dans une nouvelle période. 11 y a encore de longs et de beaux jours pour l'Église. Plus le monde avancera en âge, et plus il aura besoin d'elle !
Amen !