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I. L'Église préserve le progrès matériel

Le progrès matériel a donc des dangers à éviter? Oui, deux périls le menacent: l'orgueil et la corruption.

Le premier danger du progrès matériel, c'est l'orgueil. Je suis le maître du monde, s'est écrié

l'homme de ce siècle. Monté sur une nef aérienne, je me suis promené parmi les astres du firmament. J'ai attaché des ailes âmes proues aventureuses, et j'ai sillonné l'océan avec la vitesse des oiseaux marins. J'ai attelé le feu à mes chars, et ma course de l'orient à l'occident n'a laissé que la trace d'un éclair. Dieu créa les vagues furieuses, et je les dompte. Dieu créa la tempête, et je lui commande. Dieu créa les distances, et je les efface. Je tiens les éléments captifs et frémissants dans mes creusets. On s'est écrié un jour dans les hauteurs du ciel : Qui est semblable à Dieu? Je me présente, preuves en mains, pour soutenir cette concurrence, car celuilà est le maître du monde qui en fait mouvoir à son gré tous les ressorts. Ainsi parle, ou du moins ainsi pense l'homme de ce siècle, et, « si on analysait l'atmosphère intellectuelle de notre temps, dit Mgr Bougaud, on y trouverait au moins quatre cinquièmes d'orgueil. »

Gomme il est utile, Messieurs, comme il est nécessaire que l'Eglise vienne corriger ces excès, et que, nous prosternant au pied de ses autels, elle nous rappelle que le nom qui est au-dessus de tous les noms, c'est Dieu; que nous ne sommes rien et qu'il est tout; et qu'à Lui doivent remonter la raison, souffle de sa bouche, la nature, œuvre de ses mains, l'industrie, miroir de ses perfections, la science, rayon de sa lumière, le progrès enfin dont il est la source unique, le régulateur suprême, et la fin

éternelle'. Si la religion ne se lève pas au milieu de la société pour populariser ces grandes et nécessaires leçons, savez-vous où ira le progrès matériel? Il ira à l'orgueil le plus insensé,

Il ira à la corruption la plus effrénée. Voilà le second danger qui menace le progrès matériel, le danger de la jouissance indéfinie et illimitée. Maître de la nature, l'homme la travaille, l'exploite, en utilise pour lui-même et pour ses semblables toutes les énergies et tous les produits. C'est bien. Mais cependant prenez garde. Si vous appelez la jouissance et si vous chassez Dieu, qui seul pourrait la modérer et la contenir; si vous éveillez tous les appétits et si vous ôtez tous les freins ; si vous saturez un peuple de tout ce qui incline l'âme vers la terre, et si vous ie sevrez de tout ce qui relève l'esprit vers le ciel, êtes-vous bien sûrs que vous ne conduirez pas ce peuple à la décadence? Moi, je suis sûr du contraire. La jouissance sans frein c'est l'égoïsme qui n'a qu'une devise : Tout pour moi et rien pour les autres. « L'égoïste, dit Bacon, mettrait le feu à la maison de son voisin pour faire cuire un œuf. » Avec cela, essayez de faire une société je ne dis pas glorieuse, mais simplement habitable, je vous en défie bien. Dieu chassé du sein d'un peuple, il ne reste plus que la matière, et tout ce qui n'est pas elle n'est rien, tout ce qui n'est pas palpable ne vaut rien. Dieu chassé du sein d'un peuple, il ne reste plus qu'un arrivisme féroce, le mépris

du droit, l'absence de scrupules, l'amour de l'argent et de la jouissance immédiate et maximale, en un mot, le culte exclusif du bien-être. C'est un danger épouvantable.

Comme il est utile, Messieurs, comme il est nécessaire que l'Eglise vienne corriger ces excès, et que, nous élevant au-dessus de la matière, elle nous fasse entrevoir un idéal supérieur à ce qui se voit, à ce qui se touche, à ce qui se pèse, à ce qui se mange ! Séparé de la religion, le progrès matériel n'est plus qu'une grande et admirable machine qui tout à l'heure saisira par sa robe soyeuse la société magnifiquement parée et plantureusement repue, pour en broyer sous ses rouages les membres délicats. Ce n'est pas là une vaine comparaison, mais une poignante réalité. L'or, la matière, les plus ingénieuses machines ne suffisent pas à faire un peuple. La pierre angulaire de toute société et de tout siècle, c'est l'autel. L'Eglise seule est capable de sauver le progrès matériel de l'orgueil qui le pervertit et de la corruption qui le déshonore. Elle le sauve en le mettant à sa place, en le subordonnant.

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