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I. L'Église a protégé la Philosophie

Abandonnés à eux-mêmes, les philosophes ignorent bien des choses. Ils posent plus de problèmes qu'ils ne donnent de solutions. Ils sont

muets sur une masse de questions fondamentales qui importent souverainement à la moralité et à la direction de la vie. Qui a fait ce inonde? Le dogme de la création leur échappe. Pourquoi le péché? Le dogme de la faute originelle leur échappe. Quelle est la nature et la vie de Dieu? Ils ne peuvent pas pénétrer l'essence divine. Qu'y a-t-il après la vie présente? Ils prouvent tant hien que mal l'immortalité de l'âme, mais ils ne sont pas capables de vous dire si, après cette vie, notre àme immortelle est réservée à de nouvelles épreuves, ou si son sort est fixé définitivement. Ils nous offrent des conjectures, et non des réponses catégoriques. Je n'en finirais pas, si je voulais énumérer toutes les ignorances de la philosophie.

EKpuis, quand les philosophes veulent dogmatiser, très souvent ils se trompent. Voyez les sages de l'antiquité. Ils se sont évanouis dans leurs pensées. Ils ont humilié la majesté divine en la confondant avec ce qui passe et ce qui meurt, avec la nature inerte et la vile matière ; ils ont imaginé un Dieu sans entrailles, sans providence et sans personnalité ; ils ont noyé l'origine du monde dans une éternité problématique ; ils nous ont fait sortir d'un germe méprisable; ils ont fait peser sur le monde les mains brutales de la fatalité ; ils ont prêché ou le néant, ou le paradis grossier des sens, ou les transmigrations insensées de la métempsycose ; ils ont divisé la race humaine en castes ennemies

et déclaré solennellement que les esclaves n'étaient pas des hommes. Et les philosophes contemporains? De deux choses l'une : ou bien ils ont accepté la direction de l'Église, ou bien ils Font repoussée. Disciples de l'Église, ils ont marché droit dans le chemin du vrai. Transfuges de l'Eglise, ils ont bronché, et ils n'ont pas été plus heureux que leurs grands ancêtres de l'ère païenne. Ils ont fait de grands pas, mais en dehors de la voie : magni passus, sed extra viam!

Abandonnés à eux-mêmes, ne sachant plus où donner de la tête, les philosophes finissent par douter h peu près de tout et par écrire un peut-être sur le tombeau de la vérité. Peut-être... c'est le dernier mot de Socrate chez les Grecs et de Pline chez les Romains, et c'est aussi le dernier mot de nos modernes philosophes. Que croyez-vous? Rien, répondent-ils, et, fermant les yeux, ils s'endorment dans le scepticisme universel. 0 Église catholique, soleil de la raison humaine, lève-toi et viens dissiper les ignorances, redresser les erreurs, fixer les hésitations des philosophes!

L'Église est la gardienne de la philosophie. Elle la protège. Elle lui donne d'abord la rectitude. Elle s'approche du philosophe et elle lui dit : « Tu veux voir clair? Sois pur. » Parole profonde, Messieurs, car trop souvent c'est le cœur qui fait mal à la tête, ce sont les passions qui obscurcissent l'intelligence, et, le vrai étant placé sur le même som-

met que le bien, on ne peut atteindre le vrai que si en même temps on aspire au bien. — L'Eglise s'approche du philosophe et elle lui dit : « Tu veux voir clair? Sois humble. » Parole profonde, Messieurs. On raconte qu'un grand et pieux prédicateur du moyen âge rencontra un jour sur sa route un jeune homme sorti récemment des écoles, et qui, pour lui montrer sa pénétration d'esprit, se mit à disserter subtilement sur Dieu. Le vieillard l'écouta quelque temps en silence, puis plaçant la main sur son épaule : « Lève les yeux, lui dit-il, et regarde le soleil! » Le jeune homme tourna ses regards en haut, mais, aveuglé par cette lumière éblouissante, il dut courber la tête. « Insensé, lui dit le vieillard, tu ne peux regarderie soleil visible, et tu veux pénétrer Dieu qui est le soleil des âmes? » Il disait vrai. L'orgueil veut voir Dieu face à face, et son éclat l'aveugle. L'humilité s'incline devant lui et voit son sentier tout inondé par sa lumière. — Enfin, l'Eglise s'approche du philosophe, et après lui avoir dit : « Sois pur, sois humble ! » elle ajoute : « Tu veux voir clair? Suis-moi. » Et, en effet, sous la direction de l'Eglise, il n'y a pas d'écart possible. L'Eglise donne la rectitude à la philosophie.

Elle lui donne la certitude sur Dieu, sur l'âme, sur la vie future, sur le péché, la douleur et la mort, sur le droit et le devoir, sur toutes les grandes questions qui intéressent la vie humaine. Presque à la veille de mourir, un philosophe rationaliste,

Cousin, disait : « Nous autres philosophes, nous naviguons au hasard, sujets à l'égarement, exposés au naufrage. La philosophie est un voyage d'exploration, hardi, aventureux, à la recherche de l'inconnu, à la recherche de l'infini, mais dans lequel nous ne savons souvent où prendre terre. Vous, catholiques, vous avez la boussole, la carte du pays, les étoiles, le pilote, le port. » L'Eglise donne à la philosophie la certitude et la rectitude. Elle l'empêche de s'égarer. Elle fixe ses hésitations.

Enfin, elle comble ses lacunes et elle lui donne la plénitude du vrai. En 1865, à la tribune du Corps législatif, M. Thiers, après avoir énuméré les services rendus à la science par l'Eglise, ajoutait malicieusement : « Le catholicisme n'empêche de penser que ceux qui n'étaient pas faits pour penser. » On ne saurait mieux dire. Non seulement l'Eglise n'arrête pas l'essor de la pensée humaine, mais elle provoque et exalte cet essor. Nos penseurs catholiques sont infiniment plus nombreux que les sages de l'antiquité, et, tandis que chez ces derniers vous constatez à côté d'intuitions superbes et de magnifiques éclairs des défaillances lamentables et de monstrueuses erreurs, vous admirez chez nos penseurs chrétiens une surélévation«éclatante de l'esprit humain, une envergure illimitée, une plénitude intellectuelle qui ne laisse aucun problème sans solution. Que si nos philosophes n'ont pas toujours la même splendeur littéraire que les philosophes de

la Grèce et de Rome, cela tient à ce qu'ils ont vécu dans des siècles de décadence, et leur infériorité au point de vue de la forme ne sert qu'à mieux faire ressortir leur supériorité sous le rapport de la doctrine.

En somme, la philosophie, depuis dix-neuf siècles, est redevable à l'Eglise de ses meilleures conquêtes. Elle vit de toutes les données fondamentales à jamais acquises à la raison publique par les enseignements si précis, si lumineux, si profonds de la Révélation. Elle est" imbibée, pénétrée, enrichie des secours inaperçus, mais immenses du christianisme, qui nous environne de toutes parts et nous illumine sans même que nous y pensions. 0 philosophes, si vous êtes plus éclairés que Socrate, Aristote et Platon, n'imputez pas à votre raison une supériorité qui ne vient pas d'elle. Vos doctrines, que vous dites émaner de la nature, ne sont qu'un écho de l'Evangile, et vos écrits portent l'empreinte de la sainte Eglise catholique qui a sauvé la philosophie en lui assurant la rectitude dans la recherche du vrai, la certitude dans la découverte du vrai et la plénitude dans la possession du vrai !

Et puis voici bien autre chose : éducatrice universelle, l'Eglise a porté la philosophie jusque dans les rangs de l'immense multitude.

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