I. L'agriculture repose sur la, bénédiction de Dieu
Est-ce que ce n'est pas clair comme le jour? Quand l'homme s'est épuisé sur le sillon, quand il a versé ses sueurs, ses larmes et le sang de ses membres, il faut qu'il se résigne et qu'il attende... qu'il attende quoi ? La pluie, la rosée, le vent, la chaleur, le soleil, c'est-à-dire Dieu, car tous ces éléments ne sont que des causes secondes qui dépendent uniquement de la cause première qui est Dieu. Vous tenez un des manches de la charrue, c'est Dieu qui tient l'autre. Bon gré mal gré vous labourez ensemble. Chose remarquable, les plantes les plus sublimes et les plus nécessaires sont justement les plus exposées. Dieu a fait la fleur du blé d'une délicatesse si exquise que le moindre coup de froid la fait pencher languissante sur sa tige. Et quand la vigne a donné sa fleur et que ses grappes vermeilles semblent impatientes du pressoir, que faut-il pour tout détruire? Un coup de grêle. La gelée, la sécheresse, la grêle sont là suspendues sur le blé et la vigne, comme l'épée de Damoclès toujours prête à tomber et à tout perdre. Chassez Dieu de partout, si vous le pouvez, mais je vous défends bien de le chasser de la vie agricole.
C'est pourtant ce qu'essaie de faire l'irréligion, et, en se livrant à cette entreprise insensée et coupable, qui consiste à éliminer Dieu et à le supprimer,
autant que faire se peut, elle provoque sa vengeance et elle éloigne ses bénédictions. Ici, Messieurs, je ne fais point de mysticisme; j'ai la prétention de vous tenir le langage du bon sens le plus élémentaire, et ce que je viens d'avancer je le prouve par un seul exemple. Parmi les lois de Dieu, il y en a une qui semble plus sacrée que les autres et dont il punit plus rigoureusement dès ce monde la violation, c'est la loi du dimanche. Eh bien, pensez-vous que la violation publique et universelle de cette loi divine dans nos campagnes passera inaperçue et impunie? Non. Dieu oublié, désobéi et méprisé n'aura pas de peine à prendre sa revanche et il la prendra. Il stérilisera le sol et les sueurs de l'homme, il appellera de l'étranger des produits surabondants qu'essaieront vainement d'arrêter à la frontière des droits compensateurs ; ou bien encore, tirant du carquois de sa justice les fléaux dévastateurs, il les chargera d'aller punir l'agriculture prévaricatrice. L'irréligion éloigne de l'agriculture le premier élément de sa prospérité, la bénédiction de Dieu. Et je ne crains pas de l'affirmer, moins nos campagnes seront chrétiennes et plus elles seront malheureuses. Elles en font l'expérience depuis vingt ans. La misère s'y est accrue en proportion de l'irréligion. Le retour à l'Eglise catholique sera pour elles la promesse et la garantie de la bénédiction de Dieu. — Et puis sur quoi encore repose l'agriculture?