II. L'agriculture repose sur le principe de la, propriété
Qui de vous, Messieurs, contestera la nécessité du droit de propriété pour le progrès des cultures? Si la propriété est déclarée commune à tous, si la vendange et la moisson n'appartiennent point au vigneron et au laboureur qui les ont arrosées de leurs sueurs, mais à la collectivité qui s'en empare comme d'une proie, si le bien légitimement acquis ne peut être transmis à une postérité aimée qui agrandira encore le champ paternel, personne ne voudra plus travailler. A quoi bon creuser des puits, faire des drainages, planter des arbres, greffer des vignes, à quoi bon défricher, labourer, améliorer le sol, à quoi bon suer et amasser, si les produits de mon travail ne sont ni pour moi ni pour mes enfants? Le droit à la propriété individuelle est la condition essentielle du travail agricole. C'est l'évidence même.
Or, ce droit de propriété, nécessaire au progrès agricole, l'irréligion l'attaque, l'ébranlé, le renverse, ou le défend mal. Les mêmes hommes qui font profession d'impiété se déclarent les ennemis de la propriété privée. J.-J. Rousseau, Proudhon et nos socialistes d'aujourd'hui mènent de front la guerre à la religion et la guerre aux propriétaires. Proudhon qui a dit : u Dieu, c'est le mal! » n'a pas tardé à
ajouter : « La propriété, c'est le vol! » Et les révolutionnaires les plus avancés et les plus sincères ont une formule qui en dit long dans sa brièveté et dont les deux termes sont solidaires : « Ni Dieu ni maître! » C'est logique. Si Dieu n'existe pas ou s'il n'a pas de droits, pourquoi un homme, mon égal par nature, aurait-il sur moi des droits quelconques? S'il n'y a pas d'autorité dans le ciel, comment y aurait-il des autorités sur la terre? Dieu détrôné, toutes les supériorités sociales n'ont plus de raison d'être. Elles sont un contre-sens, une usurpation, un scandale, et la propriété, piédestal insolent qui élève l'homme au-dessus de ses semblables, doit être abolie au nom de la sainte et universelle égalité. Messieurs, essayez tant que vous voudrez de vous passer de la religion pour défendre votre bourse, votre champ, votre maison, vous n'y arriverez jamais. La base du droit de propriété, ce n'est ni le travail tout seul, ni l'hérédité toute seule, ni l'État tout seul; c'est la volonté de Dieu imposant à l'homme le respect de ses semblables et protégeant le bien d'autrui. L'irréligion qui supprime Dieu, supprime par là même le droit de propriété, et enlève ainsi à l'agriculture le second élément de sa prospérité. 0 hommes qui cultivez la terre, vous voulez pouvoir dire du champ arrosé de vos sueurs : Ce champ est à moi ! et vous avez raison. Mais, si vous pensez que votre droit est garanti par le seul fait de votre travail et sans aucune intervention de
Dieu, vous avez tort et vous vous trompez ! Revenez à l'Eglise catholique qui, en sauvant les droits de Dieu, sauve en même temps les droits de la propriété privée. Encore un mot.