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II. — LES CHEFS DE L'INDUSTRIE

Messieurs,

L'Eglise approuve et stimule les inventions de l'industrie. Aujourd'hui, considérons dans l'industrie les chefs qui la dirigent et voyons comment l'intervention de l'Eglise leur est utile et nécessaire. Les chefs de l'industrie sont en présence de deux objectifs bien distincts : une maison à faire prospérer, des ouvriers à employer et à conduire ; et voici les deux grandes leçons que la religion leur inculque : 1° dans la direction de vos affaires, soyez actifs et modérés; 2° à l'égard de vos ouvriers soyez justes et charitables. Nous entrons en plein dans la question sociale. Nous allons voir que l'Eglise seule peut en donner la solution.

I. L'activité et la, modération dans la direction de leurs affaires.

Telle est la première chose que l'Eglise demande aux chefs de l'industrie.

L'Eglise est raisonnable et intelligente, et le premier mot qu'elle adresse aux chefs d'industrie est celui-ci: Travaillez! Oui, l'industriel doit travailler : 1° c'est son devoir. Car la loi du travail est universelle, elle atteint le riche aussi bien que le pauvre, et la vraie piété consiste moins dans la longueur des oraisons, que dans une application constante aux obligations de son état. L'industriel doit travailler : 2° c'est son droit. Car il a une intelligence et une volonté, il a une fortune et une situation acquise qui sont à lui et dont il a, par conséquent, la libre disposition. Laissez donc la source jaillir et le fleuve couler pour le plus grand bien des vallées et des plaines qui vont être arrosées et fécondées. L'industriel doit travailler : 3° c'est l'intérêt de tous. Je souhaite aux riches des sillons plus vastes encore, le blé sera plus abondant pour le pauvre ; des prairies plus fertiles, il multipliera pour le pauvre les animaux qui le servent, et la chair qui le nourrit. Je souhaite aux industriels des tissages et des filatures encore plus perfectionnés qui abaisseront le prix des vêtements et mettront à la portée de tout le monde le drap et le mérinos. Je souhaite à tous les métiers une prospérité grandissante, de sorte que le travail abonde pour tous les ouvriers, de sorte que, en produisant plus vite et à meilleur marché, nous puissions, du même coup, enrichir la nation et éclipser les peuples rivaux. L'industrie, loin de nuire à l'homme et à

la société, en est la gloire, la parure et la richesse. Qu'importe que la vanité et la corruption en abusent? Allons-nous maudire l'arbre et le condamner au feu, parce qu'on y cueille des fruits de mort aussi bien que des fruits de vie? On abuse de tout. On abuse des lettres, des sciences et des arts. On abuse de la santé, on abuse du vin, qui est le royal breuvage de l'homme, et, pour quelques-uns, le moyen de se dégrader et de s'abrutir. On abuse de l'industrie. Est-ce une raison de la proscrire? Non. C'est simplement un motif de la conduire avec prudence et discrétion. Aussi l'Eglise, inspirée de Dieu et guidée parla foi, après avoir dit aux chefs d'industrie : Travaillez ! leur adresse une seconde parole.

Elle leur dit : modération! Subordonnez votre travail au salut de votre âme, à la loi de Dieu et aux besoins de vos ouvriers. Tels sont les grands principes qui doivent éclairer et diriger l'industriel chrétien.

Au milieu des vastes machines qu'il met en mouvement et des spéculations nouvelles qu'il projette de jour en jour, il se possède, il se contient, il se modère, et il n'oublie point le salut de son âme. Pourquoi sommes-nous sur la terre ? Anaxagore répondait : « Pour contempler le soleil. » Socrate répondait : « Pour apprendre à mourir. » Épicure répondait : « Pour goûter des plaisirs. » Zenon répondait : « Pour braver des douleurs. » Et beaucoup d'hommes qui ne sont pas des philosophes

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et encore moins des chrétiens répondent : « Pour gagner de l'argent. » Eh bien, non, ce n'est pas cela. Nous sommes sur la terre pour faire notre salut, pour sauver notre âme. «Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme?» A quoi bon monopoliser une fortune dont le principal eiîet, après votre mort, sera de vous faire oublier? A quoi bon brasser des affaires, et leur sacrifier l'affaire unique et essentielle qui est l'éternité? Ce serait jeter l'or et ramasser des cailloux. L'industriel chrétien, au sein de sa vie laborieuse, se rappelle qu'il a une âme à sauver, encore plus qu'une fortune à gagner.

Et alors il accommode sa vie, ses entreprises, ses labeurs aux exigences de la loi de Dieu. Tout en s'efforçant de préparer à ses vieux jours une large aisance et à ses enfants une situation équivalente et même supérieure à la sienne, tout en travaillant à perfectionner son outillage et ses produits, à suivre et même à dépasser ses rivaux dans la même industrie, il a bien soin de respecter les règles de la probité la plus sévère ; il observe le repos du dimanche; il évite le luxe exagéré qui n'aurait d'autre but que de satisfaire ses passions et de les aiguiser sans cesse ; il se tient à distance de l'orgueil et de la volupté, qui sont les deux grandes tentations de la richesse ; entouré de toutes les faveurs du bien-être, il les subit plus qu'il n'y attache son cœur

Admirez, Messieurs, l'influence de l'Eglise. Elle protège nos manufactures en les couvrant du signe de la croix. Elle sauve l'industrie en la christianisant. Elle ne détruit rien, elle règle et sanctifie tout. Elle a civilisé la 'barbarie féodale sans faire verser une goutte de sang, sans incendier un seul château ; elle peut seule corriger sans violence les écarts de l'industrialisme, le sauver de ses excès en lui imprimant une direction conforme à la loi divine et au vœu de l'humanité. Elle agit sur les chefs d'industrie, et, après leur avoir demandé l'activité et la modération dans le maniement de leurs affaires, elle leur inspire et leur demande

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