III. L'ouvrier aujourd'hui
Hélas! le plus souvent il est affranchi des croyances et des pratiques religieuses. On lui a dit : « Laisse là le temple catholique avec ses vitraux, ses chasubles d'or et ses fêtes ; tout cela était bon pour les peuples enfants. Il te faut autre chose, plus et mieux. » Il a obéi.
Et d'abord le voilà sans dimanche. Sous prétexte de liberté, le voilà réduit au sort de l'esclave antique ou du galérien, condamné à traîner à perpétuité le boulet des travaux forcés. Sous peine de renvoi, sous peine de mourir de faim, il faut qu'il travaille six jours et encore le septième jour, et cela d'un bout de Tannée à l'autre. Autrefois il avait son dimanche et ses fêtes religieuses ; il a perdu tout cela. C'est déjà un immense malheur. Ce n'est pas tout.
Autrefois, il avait sa confrérie et sa corporation. Aujourd'hui, il est isolé. Jadis, pour se défendre «contre la toute-puissance de l'Etat, contre les injustices de ses maîlres, il avait les statuts et règlements de sa corporation. Regardez-le à l'heure
actuelle. Après cent ans d'individualisme, c'est à peine si on vient de lui rendre une petite parcelle du droit d'association. 11 a presque perdu l'habitude d'user de ce droit et d'en user pour son bien, et les syndicats ouvriers qui viennent de naître ont encore du chemin à faire avant de procurer aux travailleurs les avantages, les secours des anciennes corporations. Tant que ces syndicats ne seront pas pénétrés de l'esprit chrétien, ils seront incapables de réhabiliter la classe ouvrière.
Séparé de l'Eglise, l'ouvrier d'aujourd'hui est exposé à la dégradation. Les incrédules disent : La religion abrutit les hommes. Et moi je dis : C'est l'incrédulité qui nous abrutit, puisqu'elle fait de nous des brutes à l'origine, des brutes pendant la vie, des brutes à la mort. Qu'est-ce que l'homme? L'incrédule répond : Un singe perfectionné. Comment l'homme doit-il vivre? L'incrédule répond: Il doit chercher les jouissances et les satisfactions des sens. Or c'est là précisément la vie de la brute. Quelle est la destinée de l'homme? L'incrédule répond : Il doit, comme les animaux, retourner au néant. L'incrédulité fait de nous des brutes. Jetez de telles doctrines dans un peuple, et vous recueillerez chez ce peuple la déraison, les utopies révolutionnaires, l'ignorance de la justice et des vérités essentielles de la morale, en un mot la dégradation et l'abrutissement progressif. A mesure qu'il se sépare de l'Église, l'ouvrier compromet son corps,
son âme, sa famille, son pays; il voit décroître et empirer sa situation matérielle, morale, domestique et sociale.
— Messieurs, l'on se demande à qui appartiendra l'avenir. Je dis que l'avenir appartiendra à l'Eglise, Elle est — en effet — la grande bienfaitrice du peuple. Le peuple finira par le comprendre. Il reviendra repentant, converti, joyeux à sa divine amie, et la démocratie reconnaissante donnera à l'Eglise une splendeur que ne lui ont pas donnée les rois. Quand le monde du travail verra enfin que l'Eglise n'est pas seulement la reine du monde surnaturel et la. reine de la morale, mais qu'elle possède aussi avec le dévouement et le sacrifice, la clef de toutes les questions économiques, des améliorations sociales et des progrès de l'industrie, le monde du travail reviendra à l'Eglise et lui rendra une popularité plus belle et plus éclatante que celle des jours antiques. Voilà l'avenir. Mais cet avenir ne se fera pas tout seul. C'est à nous qu'il appartient de l'ébaucher et de le préparer, et c'est à Dieu qu'il appartient de le faire éclore sous la double rosée de notre prière et de nos sueurs. Donc, mettonsnous à genoux et prions; levons-nous et agissons l
Amen I
TREIZIÈME CONFERENCE III. — L'Église et le Commerce
Messieurs,
L'Eglise est la bienfaitrice de l'agriculture et de l'industrie. Disons un mot de son influence sur le commerce.
L'agriculture produit la plupart des matières premières; l'industrie les transforme et les adapte à nos besoins ; le commerce les échange et les fait circuler d'homme à homme et de peuple à peuple. Rien de plus légitime que le commerce et rien de plus nécessaire. Chacun est incapable de pourvoir à tous ses besoins personnels ; par le commerce, nous recevons des autres ce qui nous manque, en leur donnant ce que nous avons en trop. Le commerce est une nécessité providentielle. Il oblige le Nord et le Midi à se visiter, à se connaître et à s'aimer, et les diverses nations à se rapprocher, à s'entr'aider, à vivre dans l'union d'une fraternité universelle. En enserrant les hommes de toutes les professions et de tous les climats dans la communauté des intérêts matériels, le commerce leur rappelle leur
communauté d'origine et de destinée, et il prépare ainsi l'union des intelligences et des cœurs. Le commerce est légitime, nécessaire et voulu de Dieu. Bien loin qu'elle le condamne, l'Église l'approuve, le favorise et le soutient. Gomment cela? C'est ce que nous allons voir.