I. La probité commerciale est Y âme du commerce
Que voulez- vous que devienne le commerce, si la plus stricte probité ne préside pas à toutes les transactions, si offrant une qualité rare on livre une qualité médiocre, si la balance trompe par le faux poids et le mètre par un mesurage précipité, si les meules retiennent le grain au lieu de le broyer, si des mélanges intéressés et perfides dénaturent la fabrication d'un produit, altèrent les substances les plus nécessaires à la vie et ajoutent à la matière du vol tous les dangers de l'empoisonnement? Que voulez-vous que devienne le commerce, si pour obtenir une préférence, exercer un monopole et accaparer certaines sources de la vie et de la fortune publique, on achète les consciences, on corrompt la presse, on s'assure des protecteurs puissants par des présents magnifiques? Que voulez-vous que devienne le commerce, si la Bourse
où se manie l'argent, et les marchés où s'échangent les marchandises sont des antres ténébreux livrés à la duplicité, à la fraude età l'injustice? Messieurs, si nous ne voulons pas que la société soit une forêt de Bondy et un mauvais lieu, proclamons bien haut que la probité est l'âme du commerce.
Or quel moyen avez-vous d'établir la probité commerciale? Vous avez la loi. Oui, certes la loi est une barrière contre la cupidité humaine. Elle recherche, poursuit et condamne le vol avec un zèle qu'on ne saurait trop louer. Mais, hélas! combien elle est impuissante à prévenir l'injustice et souvent même à la punir ! Elle ne prévient presque rien, et elle ne punit pas tout. Et que de fois ne la voit-on pas frapper sans pitié un malheureux qui aura volé une carotte dans le champ de son voisin, et s'arrêter devant les grands coupables, frémissante, inappliquée et vaincue? Messieurs, pour sauvegarder et maintenir la probité, il faut une puissance autre que la loi. Il faut la religion.
C'est la religion, dont l'Eglise catholique est la plus haute expression, qui juge les lois et les justices de la terre. C'est l'Église qui seule pénètre dans les consciences pour les éclairer, les régler, les redresser et les purifier. C'est l'Eglise qui, par ses tribunaux spirituels, ses sacrements et ses doctrines appelle l'improbité un vol et la restitution un devoir. C'est l'Eglise qui, tout en permettant l'intérêt légal et modéré, n'a jamais cessé de pros-
crire l'usure et l'agiotage. Messieurs, en présence de tant de fortunes solides, gigantesques, scandaleuses, réalisées par des spéculateurs et des manieurs d'argent qui dépouillent en un coup de Bourse des milliers de pauvres gens, comment voulez-vous que le peuple ne soit pas aigri et irrité? Gomment voulez-vous que le capital ne soit pas menacé et avec lui toutes les entreprises industrielles et commerciales? Si vous voulez rétablir le règne de la probité en haut, en bas, partout, revenez à la religion, revenez à l'Eglise. Plus un siècle est religieux, plus il est honnête. Plus un peuple est chrétien, plus il est probe.