II. L'épouse amie de l'Église
L'Eglise qui protège toutes les faiblesses a étendu
sa protection sur la femme, et elle a répété sous tous les cieux cette devise célèbre qui est comme la grande charte de l'affranchissement et de la réhabilitation de l'épouse : Un seul avec une seule et pour toujours ! 0 femme, qui donc en dehors de l'Eglise a pris ta défense? Qui a souffert et combattu pour toi? Est-ce le paganisme romain? Est-ce la religion sensuelle de Mahomet? Est-ce le schisme anglican, lui qui doit son origine à un divorce invoqué par la convoitise d'un roi corrompu? Est-ce l'hérésie protestante, elle qui est entrée dans le monde par la porte d'un moine apostat, coupable d'avoir profané dans sa personne la sainteté du caractère sacerdotal par une union doublement sacrilège ? Et aujourd'hui encore, ô femme, qui donc souffre et combat pour toi? Est-ce la libre pensée qui, dans la prose et dans la poésie, dans le drame et dans le roman, dans les journaux et dans les livres de tout format et de toute nuance vilipende le mariage et préconise le libertinage sans borne ? O femmes, qui donc a eu le courage et la force de protéger votre faiblesse et votre honneur, et de passer un frein d'acier aux naseaux de la bête humaine pour la tenir çn bride? Seule l'Eglise a fait cela. Elle a fait cela malgré les menaces des peuples et la colère des rois. Elle a fait cela contre les sophismes des sages, l'éloquence des orateurs, la puissance du glaive, toutes les passions frémissantes. Et par la bouche d'un vieillard qui parfois gardait à peine un
souffle de vie, elle n'a cessé de dire à tous les pays et à tous les siècles : « Une seule avec un seul et pour toujours : voilà mon dogme. Et, pour signer ce dogme, je trouverai, s'il le faut, le sang d'un million de martyrs ! » Et, si le foyer domestique est resté pur, si la désunion n'est pas entrée dans les familles, si on n'a pas donné à une seconde épouse le droit d'en chasser la première et d'y régner à sa place, si la femme a reconquis et gardé la place qui lui revient au sanctuaire conjugal, c'est l'Église qui est responsable de ce glorieux résultat, c'est l'Eglise qu'il faut remercier et bénir. Oh! que la femme a donc raison de s'attacher à l'Eglise, qui est réellement sa rédemptrice et sa meilleure amie !
Et comme je m'explique maintenant la puissance que possède la femme et l'apostolat qu'elle exerce pour amener les âmes à la religion ! Voyez-la auprès de son mari. « C'est elle, dit Lacordaire, qui colore les événements heureux, qui embaume les revers, qui reçoit au seuil domestique ce fugitif des honneurs, tout meurtri de sa chute, ce proscrit de la pensée qui n'a remporté de la science que le martyre du doute. L'épouse chrétienne infiltre dans ces âmes brisées le détachement et la certitude. Elle ressuscite dans ces âmes le Dieu qui réjouissait leur jeunesse et ravive leur vie mourante aux sources de l'éternité. » — Et en même temps qu'elle christianise son mari, la femme chrétienne
christianise ses enfants. De sorte que, ayant reçu immensément de la religion, la femme lui rend immensément. 0 beauté du plan de Dieu ! combien d'hommes qui se seraient laissé absorber par les intérêts de la terre et auraient tout oublié, Dieu, leur âme, leur avenir éternel, s'il n'y avait eu près d'eux une épouse pieuse, pure et dévouée ! Combien qui, à l'heure dernière, quand toutes les ombres seront dissipées, diront devant leur juge, avec un cœur plein de gratitude : « Il m'est bon de n'avoir pas été seul ! » Voilà le rôle délicat, auguste, heureux et fécond de la femme. Et dès lors ne voyez-vous pas quel trouble l'irréligion apporterait à un plan si beau, quels ravages elle ferait dans F âme de la femme ? Messieurs, l'impiété de l'homme est triste ; elle est féconde en conséquences dangereuses. Mais l'impiété de la femme est horrible. La religion fait de la femme un ange ; l'impiété en fait un monstre. Si répugnant que soit ce tableau, il faut que je le mette sous vos yeux. Le phénomène est heureusement rare; cependant il existe, et il est bon de le flageller publiquement»