I. Ce que la, mère de famille doit à l'Église
Elle lui doit un trône et une auréole : un trône qui la relève et une auréole qui la transfigure. La femme païenne était une esclave ; la femme
chrétienne est une reine. L'Eglise a ouvert sous les yeux du monde régénéré la Bible, depuis la Genèse jusqu'aux Épîtres de saint Paul, et elle a fait lire aux enfants les textes qui leur recommandent le respect de leur mère. La Genèse en effet ne met pas de différence entre le respect dû au père et le respect dû à la mère; à ce double respect, elle promet la même récompense; aux enfants qui seraient assez dénaturés pour frapper ou maudire les auteurs de leurs jours, elle décerne le même châtiment, c'est-à-dire la peine de mort. Le livre des Proverbes dit : « Quand ta mère aura vieilli, quand le sceptre du commandement sera devenu plus faible en ses mains, que ce ne soit pas pour toi une raison de la mépriser, mais un double motif de respect ; Ne contemnas cum senuerit mater tua. » Et l'Ecriture ajoute encore : « N'oublie pas les larmes de ta mère, Gemitus matris tuse ne obliviscaris. L'œil qui aura regardé sa mère avec mépris, qu'il soit privé de lumière, qu'il soit arraché par les corbeaux du torrent, et que les oiseaux de proie le dévorent. » Et ailleurs : « Maledictio matins eradicat fundamenta ; La malédiction
d'une mère est la perdition des enfants. » L'Eglise commente, appuie et développe tous ces enseignements si précis et si beaux, et elle ne cesse de revendiquer pour la mère de famille la place réservée et le siège d'honneur qui lui revient au foyer domestique.
Elle met sous ses pieds un trône qui la relève et sur sa tête une auréole qui la transfigure. Comment cela? Vous allez voir. A qui devons-nous le Christ, notre Sauveur, notre Seigneur et notre Dieu? à qui ? à une mère, et à la plus pure, à la plus sainte, à la plus tendre des mères. Nous le devons au Fiat delà Vierge Marie. Quelle merveille ! Quand le Seigneur voulut venir ici-bas, il se créa une mère, et, pour se la créer, il recueillit dans la nature tout ce qu'elle possédait de sourire et de grâce ; il recueillit dans les anges tout ce qu'ils avaient de pureté et d'amour; et, pour conférer à cette créature exquise ce je ne sais quoi d'achevé que la douleur donne toujours aux plus sublimes figures, il mit des larmes dans ses yeux, et, nous la montrant au pied d'une croix, il dit : Ecce mater; Voici la femme, voici la mère par excellence î A partir de ce jour-là, Messieurs, la mère de famille a été transfigurée et comme déifiée. Le culte de Marie s'étendit peu à peu à tout son sexe. Habitué à se mettre à genoux devant l'image et l'autel de la mère de Dieu, l'homme ne fut plus étonné de voir une auréole au front de sa mère, et il n'eut plus de répugnance
à la vénérer comme une créature supérieure. Nous sommes au moyen âge. C'est l'époque où le culte de Marie est à son apogée ; c'est aussi l'époque où le culte maternel fleurit au plus haut point; c'est l'époque où saint Louis associe dans son cœur et sur ses lèvres les trois noms de « Dieu, la France et Marguerite ». C'est l'époque où plusieurs fondateurs d'Ordres se soumettent, eux et leurs religieux, à l'autorité d'une abbesse, en l'honneur de Marie. C'est l'époque où le bienheureux Henri de Suzo, rencontrant une femme, dans la rue la plus malpropre de la ville, se met aussitôt dans la boue pour la laisser passer sur le seul endroit sec qu'il y avait. « Mon Père, que faites-vous? lui dit l'humble passante, vous êtes prêtre et religieux; pourquoi me céder le pas à moi qui ne suis qu'une pauvre femme? — Ma sœur, répondit le frère Henri, j'ai l'habitude d'honorer et de vénérer toutes les femmes, parce qu'elles rappellent à mon cœur la puissante Reine du ciel, la Mère de mon Dieu, envers qui j'ai tant d'obligations! »
Les femmes et les mères chrétiennes doivent
beaucoup à l'Eglise. Grâce à l'Eglise, elles occupent dans le monde une place respectée et importante. Elles régnent par l'ascendant de l'exemple, par la douceur des insinuations, par l'apostolat du sacrifice et des bienfaits. Qu'il s'agisse de l'univers, d'un empire ou d'une âme, leur influence est réelle, puissante, incontestable. Elles ont beaucoup reçu
de la sainte Eglise ; et elles lui ont aussi beaucoup donné.