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II. Ce que l'Église doit à la mère de famille

Parcourons brièvement Y histoire de dix-neuf siècles. Elle est toute remplie des influences maternelles.

A qui l'Eglise est-elle redevable de son plus grand génie et de son plus grand docteur, du grand évêque d'Hippone, l'immortel auteur de la Cité de Dieu, le docteur de la grâce, le fléau des hérésies et l'oracle des conciles? A qui l'Église est-elle redevable de ce grand homme et de ce grand saint, dont il suffit de dire, pour faire son éloge, qu'il surpassa saint Ambroise, son maître, et qu'il fut maître à son tour de saint Thomas et de Bossuet? C'est à une mère chrétienne, c'est à sainte Monique, que l'Eglise est redevable de saint Augustin.

A qui la France doit-elle le plus grand et le plus saint de ses rois, le glorieux vainqueur de Taillebourg et de Damiette, et le vaincu plus glorieux encore de la Massoure, qui jusque dans les fers dominait ses vainqueurs? A qui la France doit-elle ce Louis IX qu'on ne sait où le plus admirer, ou bien à l'hospice des Quinze-Vingts lavant lui-même les pieds des aveugles et des infirmes, ou bien à la Sainte-Chapelle, nouveau

Godefroi de Bouillon, déposant sa couronne d'or devant la couronne d'épines du souverain Roi du Ciel, ou bien sous le chêne de Vincennes, assis sur un humble tertre et entouré de pauvres, de veuves €t d'orphelins pour leur rendre la justice? A qui la France doit-elle le plus grand et le plus saint de ses rois ? C'est à une mère chrétienne, c'est à Blanche de Castille, que nous devons saint Louis.

Allez où vous voudrez, en Angleterre et en France, dans les terres du Nouveau Monde comme dans les terres de l'Ancien Continent, partout où vous trouverez une œuvre grande et sublime comme le christianisme, ne demandez pas qui a planté et qui a fait germer cette nation chrétienne : vous trouverez toujours qu'elle a pris naissance dans le cœur d'une mère. C'est à la reine Berthe que l'Angleterre doit d'être devenue l'île des saints, et c'est à sainte Clotilde que nous devons d'être aujourd'hui des chrétiens en même temps que des Français.

Il est raconté que le philosophe païen Libanius, en voyant la jeune mère de saint Jean Chrysostome restée veuve à vingt ans et si dévouée à son fils, s'écriait : « 0 Dieu, quelles femmes, quelles mères parmi ces chrétiens ! » Oui, l'histoire est toute pleine et toute resplendissante de la beauté grave et douce des mères chrétiennes. Et cette exquise beauté morale n'est point éteinte ni à jamais ensevelie dans l'histoire. Pour la retrouver,

pas n'est besoin de remonter jusqu'au xme ou au xive siècle de noire ère. De ces mères que la religion du Christ idéalise et transfigure et qui à leur tour sont les servantes et les apôtres de la religion du Christ, il y en a parmi nous, dans l'ombre, une foule inconnue, immense... et c'est là ce qui nous sauve!

Il y en a dans l'opulence et il y en a sous le chaume, et comment raconter tout ce que le foyer domestique leur doit d'innocence, de préservation, de vertu conservée ou reconquise? Les influences maternelles ravissent le ciel, embaument la terre, sanctifient nos demeures humaines.

A qui l'homme naissant serait-il confié ? Quelle est la main assez délicate, assez ingénieuse, assez tendre pour assouplir cette bête fauve qui vient de naître entre le bien et le mal, qui pourra être un scélérat ou un saint? Ne cherchons pas si loin. C'est la mère qui reçoit l'enfant, qui le façonne, qui le moralise, qui le christianise. Quel est le premier regard que rencontre cet enfant? Le regard pur et pieux d'une chrétienne. Quelle est la première parole qu'il entend? La parole ardente de sa mère. Comment l'Evangile arrive-t-il à son âme? Parle canal de l'amour maternel. Le prêtre ne viendra que plus tard. La mère précède le prêtre.

L'enfance disparaît bien vite, et la jeunesse s'annonce avec ses instincts de liberté. Toute auto-

rite pèse au jeune homme comme un joug. Une seule autorité demeure, sinon intacte, du moins respectée. « Nous entendons encore la vérité, dit Lacordaire, de la bouche d'une mère aimée de Dieu ; son regard n'a pas perdu toute autorité ; son reproche n'est pas sans aiguillon pour causer le remords, et, quand elle est tout à fait désarmée, ses larmes lui restent comme un dernier commandement auquel nous ne résistons pas. Elle se fraye à notre insu des passages qui conduisent aux endroits les plus secrets de notre cœur, et nous sommes étonnés de l'y trouver au moment où nous nous croyons seuls. » Telle est, Messieurs, la puissance singulière d'une mère chrétienne. Jusque dans les bagnes, les hommes perdus de crimes et d'honneur, les hommes les plus durs, aux instincts les plus farouches, retrouvent un battement dans leur cœur et une larme dans leurs yeux au souvenir de leur mère. Ce souvenir survit à tout; c'est la dernière ruine du cœur.

Oh! l'amour d'une mère! amour que nul n'oublie 1 Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie! Table toujours servie au paternel foyer! Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier!

Telle est l'influence de la mère formée à l'école de la religion. Ayant beaucoup reçu de la sainte Eglise catholique, elle lui rend beaucoup, Elle met le christianisme à son foyer. Ce n'est pas assez dire !

Elle met le christianisme dans la société tout entière. C'est à elle, à la mère chrétienne, semée comme le sel sur la surface du monde, que l'Europe doit ses enfants plus nobles, plus beaux, plus purs, plus délicats, plus fiers, plus grands que ne les vit jamais l'antiquité. C'est à elle, à la mère chrétienne, que l'Eglise catholique doit pour une large part son expansion et sa popularité !

Amen!

NEUVIÈME CONFÉRENCE

L'enfant dans le paganisme et dans l'Évangile

Messieurs,

L'Eglise est la grande bienfaitrice de l'humanité dans l'ordre domestique. Elle a réhabilité l'union conjugale, le chef de la famille, la femme. Elle a réhabilité l'enfant. Pour aujourd'hui, nous allons considérer l'enfant dans le paganisme et dans l'Évangile. C'est une étude préliminaire indispensable.

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